Philip Long et sa famille s’installent à Clair
Ce sujet a toujours été passionnant dans notre famille. Mgr Lang nous a offert une vision incroyablement poétique et pleine d’espoir de cet événement familial important. Il apparaît dans deux parties de son livre sur Philip Long : la première est un récit à la première personne, qui décrit comment Philip Long et ses fils ont exploré le pays et finalement trouvé la « terre promise » où notre famille allait s’établir ; la seconde, moins émotionnelle, identifie des raisons solides expliquant la nécessité de ce déménagement et le choix de cette terre en particulier.
Nous n’analyserons ni ne soutiendrons la première version des événements relatée par Mgr Lang. Cependant, nous la trouvons fascinante et souhaitons en reproduire un extrait significatif pour le plaisir de la lecture. Nous le présentons ici dans sa version originale française.
Mgr Lang a émis l’hypothèse que plusieurs raisons pouvaient expliquer ce déménagement :
Philip et sa famille se sentaient peut-être mal à l’aise de vivre dans la région après les fameuses accusations de 1816 ;
Philip, et par conséquent ses fils, éprouvaient des difficultés à obtenir des titres de propriété pour les terrains autour du lac ;
Les terres de Clair et ses environs abritaient de vastes forêts vierges et une ressource précieuse : de grands pins blancs. Cet atout a pu attirer le père et surtout ses fils dans leur recherche d’un nouveau lieu de vie.
Bien que Mgr Lang n’évoque pas ce point, il mentionne le différend frontalier et son impact sur la famille. Ce différend a conduit l’État du Massachusetts (Maine) à envoyer deux arpenteurs, Deane et Kavanagh, afin de recenser les personnes déjà installées et de tenter de les convaincre d’accepter la juridiction américaine.
La décision de quitter le lac Témiscouata fut déterminante pour la famille, car ses trois fils adultes l’ont rejoint presque en même temps, et au moins deux d’entre eux se sont profondément enracinés dans la région. L’examen des raisons pour lesquelles cela aurait pu être nécessaire plutôt qu’opportuniste constitue, selon nous, une partie importante de notre étude de la vie de Philippe et Marie-Julie.
Geographie
Il nous semble important de présenter au lecteur un aperçu des lieux concernés, car il est désormais bien établi que les gens voyageaient très régulièrement entre tous les endroits situés entre Long’s Landing Place et la colonie de Madawaska. Les déplacements entre Long’s Place et d’autres secteurs de la région, comme le long de la rivière Saint-François, du lac Long ou en remontant la rivière Saint-Jean, étaient également bien connus des habitants de l’époque. Voici des extraits de la carte de Bouchette pour donner au lecteur une idée de la façon dont les gens percevaient la région à cette époque.

Figure 144 – Carte topographique de Bouchette – Vue du village indien (aujourd’hui Edmundston) – Remarquez l’emplacement de l’hôtel de Simon Hebert

Figure 145 – Carte topographique de Bouchette – Section du lac Meriamticook (Baker Brook) et des lacs qui y sont reliés, y compris les portages vers le lac Long

Figure 146 – Carte topographique de Bouchette – Montrant Clair (à l’extrême droite, là où Fish et St John se rejoignent) jusqu’à la confluence de la rivière St Francis et de St John.

Figure 147 – Carte topographique de Bouchette – Coupe montrant Clair sur le bord gauche (l’imprimeur a malheureusement coupé la rivière Fish exactement à Clair !) avec vue sur Baker Brook et Indian Village à l’emplacement actuel d’Edmundston

Figure 148 – Bouchette – Carte topographique – Coupe montrant le nord du Maine actuel, la rivière Saint-Jean et Clair

Figure 149 – Joseph Bouchette – Plan de la route entre Rivière du Loup et Halifax (section mettant en évidence Portage et les environs de Clair)
Nous reviendrons plus loin dans ce chapitre sur l’entrevue de Jean-Baptiste Long, recueillie par Deane et Kavanagh, et sur sa vision de la géographie de la région, notamment la fréquence de leurs traversées annuelles du Portage. Ceci renforce l’hypothèse que cette région était bien connue, que sa valeur l’était également, et qu’un événement a réellement empêché ou retardé son établissement, contrairement aux années 1820 ou 1830. C’est du moins une hypothèse que nous examinerons.
L’évaluation de Mgr Lang constitue un point de départ précieux. Nous pensons toutefois qu’un scénario alternatif et plus complet peut être proposé afin d’apporter des connaissances et des informations susceptibles de mieux expliquer les raisons profondes qui ont pu rendre nécessaire un déplacement aussi radical vers Clair. Nous examinerons ce scénario dans la section suivante.
Un scénario alternatif pour expliquer le déplacement vers Clair
Mgr. La première raison invoquée par Lang aurait facilement pu contribuer à la décision de Philip et de sa famille de s’installer à Clair. Les troubles de 1816 ont probablement eu un impact sur la famille, sur la réputation de Philip et sur l’opinion que les habitants non anglais pouvaient avoir de cet ancien fonctionnaire. Il est difficile d’évaluer l’importance de cette explication, car Philip et sa famille sont restés sur place pendant près de treize ans – une période suffisamment longue pour que les relations entre les habitants s’enveniment.
Nous pensons que trois raisons fondamentales ont convergé à cette époque pour les pousser à prendre la décision radicale de quitter Long’s Landing Place, devenu l’une des haltes les plus connues des voyageurs entre Rivière-du-Loup et Fredericton, et de recommencer à zéro sur le territoire encore vierge de Clair. Ces trois facteurs sont énumérés ci-dessous et seront analysés en détail dans les pages suivantes :
Le gouvernement avait constamment négligé le bien-être des familles stationnées le long du Portage, et le rapport du capitaine xxx sur les modifications apportées à l’itinéraire du Portage aurait convaincu les populations riveraines que leur avenir était loin d’être assuré et qu’en réalité, elles risquaient de devenir un fardeau inutile pour le gouvernement qui les avait placées là et les avait fondamentalement laissées sans soutien.
Les modifications apportées à la protection des réserves du clergé ont permis à des terres auparavant inaccessibles à la colonisation de le devenir soudainement, pour les personnes concernées. Ainsi, des terres situées dans et autour du territoire contesté du Haut-Saint-Jean ont été mises à la disposition des colons.
Les fils de Philip Long ne pouvaient espérer obtenir de terres autour du lac Témiscouata (comme l’a justement souligné Mgr Lang), ce qui a dû peser lourdement sur eux au moment de fonder leur famille. Philip était très âgé et, face au déclin du soutien gouvernemental, ses fils auraient sans doute obtenu gain de cause pour commencer à chercher leurs propres terres.
Finalement, le territoire contesté attirait de plus en plus l’attention du gouvernement. Avec l’ouverture des réserves et la volonté affichée de placer des colons britanniques plutôt que des sympathisants de la République américaine sur ces terres, l’établissement d’un serviteur loyal du gouvernement, un soldat fidèle connu des hauts fonctionnaires depuis des décennies, à un endroit qui, encore aujourd’hui, est le seul le long du Saint-Jean où une rivière permet la navigation vers des lacs et des territoires importants de ce qui est aujourd’hui le nord du comté d’Aroostook, mais qui constitue en réalité le cœur du territoire contesté entre la Grande-Bretagne et l’Amérique, devait être une occasion trop belle pour que Philip Long et le gouvernement la laissent passer.
À titre d’exemple, citons Marie-Victorin, …portage du Témiscouata, p. x :
« Si l’entretien et la sécurité de la route précouvraient à bon droit l’autorité militaire, sa défense commençait aussi à s’imposer. » Cette même année, 1829, le lieutenant Ingalls est envoyé sur le Lac, « au pied du Portage, pour y construire un fortin de bois rond, ainsi que les locaux nécessaires pour le baraquement des troupes. Cet officier s’adresse à son chef, Charles Gore, une mémoire intitule : Quelques remarques sur le lac Témiscouata. J’en détache quelques passages.
Les seuls habitants actuellement sur le lac sont quatre familles au pied du Portage et une famille six milles plus bas. Sur les rives du Madawaska, on aperçoit parfois quelques clairières établies.
Un site a été fixé sur lequel des casernes en rondins sont actuellement érigées sur un plat sablonneux surélevé, de 80 à 90 pieds au-dessus du lac et à environ 100 mètres au nord du chemin Portage.
Rapport Munro, page 30, John Munro, agent des propriétaires dans son rapport à Pour Son Excellence le général Haldimand, • Commandant en chef au Canada et à ses frontières
Non . 9.—DESCRIPTIO N DE LA RIVIÈRE PAR LE CAPITAINE MUNRO. JOHN’S ET LE TERRE DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE AINSI QUE LA NOUVELLE ROUTE DE KAMOURASKA AU LAC TEMISCOUATA. (Archives canadiennes, Série B, vol. 169, page 72.)
(Extrait du rapport de 1891 qui recense plusieurs observations : « Aucune rivière ni aucun cours d’eau n’atteint la région avant le lac Timisquata, à cinq lieues de la nouvelle route. En remontant les terres de Meadwaska, les terres sont très élevées de part et d’autre, mais derrière ces hautes terres se trouve une belle région. Les terres autour du lac Timisquata sont très mauvaises, à l’exception de quelques endroits sur la rive ouest et près du poste de poste d’où l’on accède à la nouvelle route menant au fleuve Saint-Laurent. J’étais plus sélectif en avançant sur la nouvelle route. Je vais maintenant commencer au fleuve Saint-Laurent. La nouvelle route pénètre dans les bois à environ cinq lieues en aval de la Kamouraska. De cet endroit jusqu’à la rivière du Loup, les terres sont très indifférentes. Près de la route, sur la rive sud de la rivière du Loup, il y a quelques bonnes terres. Environ une lieue plus loin se trouve la Petite rivière du Loup où j’ai trouvé un coin de bonne prairie. ») Terre. La rive nord de la rivière Verte, sur environ deux kilomètres et demi, est une très bonne terre.
N° 5. — REMARQUES CONCERNANT LA RIVIÈRE MADAWASKA. (Archives canadiennes, série B, vol. 169, page 123). La rivière serpente entre montagnes et collines. Celles visibles depuis la rivière ne sont qu’indiquées sur le croquis ; les autres, plus éloignées, apparaissent parfois dans les plus longs tronçons de ses méandres. Toutes ces montagnes sont à l’origine de ses courbes. Elle est généralement peu profonde, ne dépassant pas 23 centimètres par endroits, et n’est navigable que pour de petits bateaux. Un Indien (qui parlait assez bien français) m’a dit que la faille, dans sa partie inférieure près de la rivière Saint-Jean, est toujours navigable pour un canot en bouleau chargé à quatre personnes. Les navigateurs expérimentés les hissent souvent à l’aide de perches, mais la plupart du temps, ils transportent le canot et sa cargaison par-dessus le rocher. Ce dernier, constitué d’une roche bleue en forme de plateau, pourrait facilement être rendu navigable grâce à des écluses. Cependant, sans écluse, le niveau de la rivière baisserait et la rivière deviendrait moins navigable. Actuellement, à l’est, le rocher est à plus de la moitié de sa longueur, et à peu près autant à l’ouest. Un peu plus bas que le précédent, il retient l’eau, ou du moins la barre. Au printemps, lorsque la rivière Saint-Jean déferle, ces rochers sont entièrement recouverts et aucune chute d’eau n’apparaît. Les hauts-fonds de cette rivière sont causés soit par des pierres rondes et instables, soit par de gros graviers, soit par une pierre plate usée, communément appelée galets. Les berges à l’embouchure mesurent environ 4,5 à 6 mètres de haut, mais varient considérablement plus haut, comme c’est souvent le cas pour les rivières : d’un côté, elles sont hautes, de l’autre, elles sont basses. Par endroits, elles ne dépassent pas 1,2 à 1,5 mètre (et je crois qu’elles sont submergées au printemps), tandis qu’à l’autre bout, elles atteignent 7,5 à 9 mètres. Les arbres sont généralement des conifères comme le cèdre blanc, l’épinette simple et l’épinette double, le sapin baumier, quelques pins blancs et rouges, quelques bouleaux blancs et noirs, quelques ormes et moins de frênes, pour la plupart indiqués sur le croquis.
N° 7. — REMARQUES SUR LE LAC TIMISQUATA : À son embouchure dans la rivière Madawaska, le lac doit être peu profond en raison de la rapidité du courant. Sa largeur maximale n’excède pas un mille et demi par endroits, et elle reste trop importante pour être navigable en tout temps sans danger avec les petits canoës qui y sont utilisés. Il serait donc nécessaire de l’étudier afin de déterminer si, pour faciliter le commerce et la communication, il ne serait pas nécessaire de disposer de plus grands navires pour la traverser, ainsi que d’une maison à l’embouchure de la rivière, où l’on s’arrête généralement lorsque le vent souffle fort, qu’il vienne de l’ouest ou de l’est. En effet, le faible tirant d’eau de la rivière Madawaska impose l’utilisation d’embarcations petites et plates (de la taille d’un bateau à cinq hommes de Schenectady). Ainsi, le lac pourrait accueillir une sorte de bateau à fond plat et ponté, à condition que la rivière et la baie offrent un abri et un accès sûr par grand vent. Quoi qu’il en soit, il est indispensable qu’une personne vive à chaque extrémité de la partie du lac située entre le lieu de transbordement actuel et la source de la rivière Madawaska. Si les lieux du croquis marqués de la lettre A, ou la rivière B dans la baie C, étaient situés de manière à permettre la construction d’une bonne route pour y accéder, ou pour l’un ou l’autre, ce serait préférable à l’emplacement actuel où le terrain est très sablonneux, aride et de mauvaise qualité, avec seulement quelques pins brûlés. Les deux premiers lieux présentent quant à eux de l’herbe naturelle, le premier à l’endroit dégagé où les Français avaient une maison en pierre, et le second au fond de la baie C, près de la rivière B. Le foin semble être une ressource précieuse pour les chevaux qui s’installent au lac, pour ceux qui viennent du fleuve Saint-Laurent. (page 124).
N° 8. — REMARQUES CONCERNANT LA NOUVELLE ROUTE VERS LE LAC (TIMISQUATA) : De nombreux travaux ont été réalisés sur ladite route, compte tenu des difficultés liées à son tracé et à son balisage dans un épais fourré d’arbres et de sous-bois. Le moment étant venu de faire un effort pour…
Il est nécessaire d’en faire un relevé précis afin de rectifier tous les détours inutiles et de la faire contourner les collines et les montagnes pour éviter les grandes montées et descentes abruptes. Il faut également que les chemins forestiers soient en ligne droite, de sorte que les chariots puissent se voir et s’arrêter aux endroits prévus à cet effet (suffisamment larges pour que deux chariots puissent se croiser). De nombreuses portions du chemin actuel sont humides et ressemblent à des marécages, malgré d’importantes variations de pente. L’eau est retenue par les racines des arbres ; il est donc indispensable de creuser, à proximité du chemin, une sorte de fossé ou de drain pour évacuer l’eau. J’admets que cela demandera beaucoup de travail, mais moins que de construire ou de recouvrir le chemin de rondins, et ce sera durable une fois terminé. Je crois que la meilleure solution serait d’empiler le bois abattu sur le chemin en grands tas et de le brûler. Il existe également de nombreux endroits qui ressemblent à des marécages, bien que la route longe un terrain en pente, comme en témoigne le mouvement de l’eau qui la traverse. Ce terrain est également maintenu en place par un grand nombre de racines d’arbres. Il convient donc de creuser un fossé du côté de la pente et de le traverser sur une certaine distance afin d’éviter que l’eau ne s’y accumule. Dans les deux cas, toute la terre devrait être jetée sur la route, qui sera moins fréquentée et aura le temps de se tasser et de combler les profonds trous entre les rochers et la chaussée. De nombreuses montées de collines et de montagnes devraient être facilitées par des virages et des lacets pour les chevaux et les voitures, la route actuelle étant réservée aux piétons. Certaines montées et descentes sont presque impraticables pour un cheval chargé, et encore moins pour une charrette. Il faudrait examiner les zones marécageuses afin de voir s’il est possible d’évacuer l’eau ou de contourner la route. J’ai constaté que la route est généralement rocailleuse et que, par conséquent, l’eau n’est pas assez profonde pour qu’un cheval ou un homme puisse y passer. Un nivellement sera un instrument très utile pour la construction de la route, car celle-ci dépend grandement de l’écoulement de l’eau vers les parties basses. Le sol est généralement composé de terre végétale ou de terre noire, mais très mince, recouvrant à peine les pierres par endroits, voire pas du tout par endroits, comme ce que les Canadiens appellent le Lieux des Boches. Il me semble que ces terres, peu profondes et rocheuses, n’offrent guère de perspectives encourageantes pour l’installation de colons. Par conséquent, pour le bien de la communication et du commerce (si le gouvernement le juge opportun), il convient de construire des maisons et de défricher des terres à certaines distances, car aucun homme pauvre ne peut le faire, et aucun homme aisé ne s’installera sur des terres médiocres, loin de l’Église ou de la société. Le type d’arbres produits est indiqué sur le croquis, à partir duquel les connaisseurs pourront juger de la qualité du sol. La rivière des Loups devrait avoir un embarcadère constitué de trois arbres creux comme des canoës, un pour le cheval et deux pour la charrette, afin qu’ils puissent y entrer, avec un passeur pour la traverser, car je ne pense pas qu’il soit très facile de construire un pont pour pouvoir y rester longtemps, compte tenu de sa largeur et de sa rapidité. La montée au début de la route depuis le fleuve Saint-Laurent devrait être facilitée en serpentant sur la montagne. Cette communication entre le fleuve Saint-Laurent et le fleuve Saint-Jean, rendue pratique et facile, outre son usage public, est de la plus haute importance pour ceux qui s’installent dans la partie supérieure du fleuve mentionné précédemment, où l’on m’a dit qu’un boisseau de sel se vendait trois dollars, ce qui, dans cette province, ou au Québec, ne coûtait que deux shillings, les autres nécessités de la vie étant proportionnelles. La nation ne perdra rien si le commerce se poursuit dans une province plutôt que dans une autre, lorsqu’une partie de la communauté en tire un grand profit, je veux dire les colons installés sur la rivière Saint-Jean ou ses affluents. Comme M. Renaud m’a dit que les ponts sur la rivière Sud sont en agitation, je n’ai donc pu faire aucune remarque concernant la route du Cap à Québec (page 126). De la rivière
Lorsque vous arrivez aux Grandes Chutes, vous trouverez un portage sur environ un mille. La pente y est très raide avant d’atteindre la hauteur voulue, dans son état naturel actuel. Vingt hommes aménageront une route carrossable en une semaine sur ce portage, car son tracé est rocailleux. Ce portage ne doit jamais être concédé à un particulier, car cela nuirait à la sécurité publique. En amont des Chutes, vous entrez dans une zone d’eau calme et navigable jusqu’à Batteaux, puis vous rejoignez la rivière Madawaska. Vous y trouverez une crête rocheuse qui, au printemps, est submergée et peut être franchie sans difficulté, vous permettant ainsi de remonter la rivière et le lac jusqu’au poste de poste situé au portage. Cependant, lorsque le niveau de l’eau baisse, vous serez obligé de porter vos embarcations ou canoës et leur chargement au-dessus des rochers. Six mineurs peuvent dégager cette zone en une semaine afin de garantir un passage libre en tout temps pour les canoës et les petites embarcations. Le climat sur la rivière Saint-Jean est semblable à celui de Montréal et du lac Champlain. Lorsque j’ai quitté les Kamouraskas le 16 juillet, le blé n’était pas encore à son deuxième épi. Le 22 juillet, lorsque je suis arrivé aux premiers villages sur les rives du fleuve Saint-Jean, le blé était en fleurs. Le 10 octobre, lorsque je suis retourné voir les mêmes habitants sur les rives du Saint-Jean, leur blé et leur sorgho étaient dans leurs granges. Le 25 octobre, lorsque je suis arrivé aux Kamouraskas, plusieurs habitants avaient encore leur blé et leur avoine dans les champs, et certains n’avaient pas encore été récoltés. J’ai l’impression, après avoir discuté avec plusieurs personnes qui ont remonté et descendu le fleuve Saint-Jean, qu’elles ignorent encore la qualité de la terre, car elles n’ont jamais exploré plus loin que les rives du fleuve. Il est vrai que le long de la rivière Madawaska, et des Grandes Chutes jusqu’à la rivière Jacquet, les terres sont élevées sur les rives, couvertes de cèdres, de pruches et d’épinettes. Mais si l’on regarde vers l’arrière, on découvre de bonnes terres où des milliers d’habitants pourraient s’installer.
La rivière Saint-Jean regorge de poissons de toutes sortes, comme le saumon, l’esturgeon, l’achigan, la truite, etc., surtout jusqu’aux chutes, et en amont, la truite y est abondante. Les rives de la rivière en amont des chutes sont couvertes d’herbes sauvages qui seront d’une grande aide aux colons à leurs débuts. Les habitants qui s’installeront sur la rivière Saint-Jean auront du poisson et de la viande de cerf tous les jours de l’année, sans grande difficulté. Environ 60 familles indiennes vivent le long de ces rivières et se déplacent d’une rivière à l’autre, transportant dans leurs canots l’écorce dont elles couvrent leurs huttes. Elles campent rarement dans les bois, mais toujours sur des promontoires afin d’observer les cerfs (très nombreux) lorsqu’ils viennent se nourrir et s’abreuver au bord de l’eau. Lors de mon passage en octobre, la plupart des Indiens se déplaçaient vers l’est, craignant l’arrivée massive de troupes provinciales et de colons sur la rivière. Lorsqu’ils tuent plus de cerfs qu’ils n’en auront besoin, ils les découpent en quartiers et les jettent dans la rivière afin que ceux qui en ont besoin puissent les trouver. M. William Davison, de la rivière Saint-Jean, a pêché cette saison sur la rivière Mirramichi, dans la baie des Chaleurs, où il a salé 500 barils de saumon. S’il avait été approvisionné en sel et en tonneaux, il aurait pu saler 500 tiers de bar et d’autres poissons. Il possède trois goélettes qui pêchent la morue dans la baie des Chaleurs. Il se rend de l’extrémité aval de Maugerville, sur le fleuve Saint-Jean, à la baie des Chaleurs en quatre jours en canoë. Il a engagé 50 familles de réfugiés pour s’installer sur la rivière Mirramichee et Restiguish l’été prochain. Le capitaine Sherlock d’Halifax m’a assuré avoir effectué trois voyages sur la rivière Mirramichee cet été, qu’il avait remonté cette rivière sur 70 milles avec un navire de 300 tonnes (terres magnifiques, climat identique à celui du fleuve Saint-Jean). Il dit n’avoir jamais vu une telle quantité de poissons. Sur le fleuve Saint-Jean se trouvent les plus beaux mâts et espars que j’aie jamais vus. J’en ai vu à Fort Howe pour plus de six mille livres. Deux navires étaient en train de charger lorsque j’ai quitté cet endroit. Je suppose qu’il y avait des mâts… Il y a suffisamment de bois pour charger dix navires. Je constate des conditions dérisoires concernant les concessions de terres pour la Nouvelle-Écosse; aucune réserve n’a été faite pour préserver les pins pour la Marine royale. Les propriétaires vendent les pins sur pied à huit dollars l’arbre. Ce sera la ruine des réfugiés, dont beaucoup s’installent à Fort How et sur la côte, car ils ne pourront y trouver que le bois qu’ils achètent ou transportent de loin. Ils auraient mieux fait d’aller dans les bois. JOHN MUNRO, agent des propriétaires. Pour Son Excellence le général Haldimand, commandant en chef du Canada et de ses frontières.
La conclusion, du moins pour l’auteur de ces lignes, est que des forces se sont mobilisées non seulement pour rendre ce déménagement plus intéressant, mais aussi que Philip et ses fils ont probablement été autorisés à s’installer sur une parcelle de terre à Clair, d’une valeur stratégique et militaire indéniable pour le gouvernement en place. Ces terres réservées auraient été obtenues pour Philip à titre de récompense et comme une tactique militaire habile dans le cadre du conflit plus large entre les deux pays.
Examinons les éléments de preuve relatifs à ce scénario.
Le gouvernement néglige le Portage et les familles vivant le long de cette voie de communication.
Nive Voisine – Thèse
Nous recommandons au lecteur l’excellent ouvrage de l’abbé Nive Voisine, intitulé « Le Chemin du Portage », qui retrace l’histoire du Portage du Canada et aborde à plusieurs reprises des informations cruciales pour comprendre notre ancêtre. Le texte est disponible sur le site web GenWeb Philip Long.
D’après Voisine, nous apprenons que le gouvernement a négligé le Portage pendant des décennies. De nombreuses tentatives et rapports furent publiés entre 1784 et 1829 afin d’établir un modèle de soutien gouvernemental durable pour le portage et l’ensemble des voies de communication. Cependant, les rapports Finlay, Bouchette et Elliott ne suffirent pas à susciter un intérêt continu pour cet itinéraire. La guerre d’Indépendance contre les colonies américaines et l’interruption subséquente du courrier avec la Grande-Bretagne constituèrent le premier facteur incitant à la création d’une véritable ligne de communication. Le poste de Philip Long fut établi en 1809 à l’extrémité du lac Témiscouata, suite à la recommandation de Finlay en 1787. D’autres soldats furent également installés après que la guerre de 1812 eut incité le gouvernement à sortir de sa torpeur, mais les rapports d’Elliott de 1823 et 1829 démontrent que le nombre de soldats et de leurs familles vivant le long de la ligne de communication diminuait progressivement. En 1823, après dix ans d’efforts, il ne restait plus que huit familles le long de cette ligne, contre dix-neuf en 1819. En fait, en 1819, l’armée avait cessé de placer des soldats le long de la route.
Une des recommandations essentielles d’Elliott consistait à rétablir la distribution de rations aux familles qui jouaient un rôle si crucial en soutenant les voyageurs et en assurant la liaison entre les différentes stations. Cette pratique cessa en 1826 ! On pense que presque toutes les familles quittèrent la région par la suite, y compris Philip Long, qui percevait un salaire de la caisse militaire depuis 1809, mais qui, compte tenu du contexte, dut prendre la décision, en toute conscience, de tout quitter et de refaire sa vie ailleurs.
Le major Elliott nous apporte la preuve la plus convaincante à l’appui de cette thèse. Citons son rapport de 1823 :



Changements dans les règles régissant les réserves ecclésiastiques
Il est nécessaire de présenter la question des réserves ecclésiastiques au lecteur, et l’ouvrage de William Smith est à cet égard d’une grande importance.
Extrait de « L’évolution du gouvernement au Canada » de William Smith (1928) :
« La question des réserves ecclésiastiques, qui était au cœur des nouvelles agitations, avait toujours été source de mécontentement depuis la création de la province. Les communautés agricoles considéraient les réserves comme des obstacles à la colonisation, mais les acceptaient comme faisant partie des nombreuses difficultés que les pionniers devaient surmonter ou contourner.
En tant que source de revenus, les réserves n’ont suscité qu’un intérêt modéré. »n until 1827. The financial product from them was negligible. In 1822, thirty years after the Reserves were first offered to settlers, the total receipts were only 261 pounds; and for the ten years ending 1831, they were less than 400 pounds a year. Under the Constitutional Act the Reserves could not be sold. they could only be leased. the amount due on the leases were about three times the actual receipts, but no more could be collected except by legal process…
De ce point de vue, les réserves ne présentaient donc, à cette époque, aucun attrait particulier. La première à remettre en question le droit exclusif de l’Église d’Angleterre aux revenus des réserves fut l’Église d’Écosse au Canada. En 1819, la première fut tirée de sa torpeur par l’avis des juristes de la Couronne selon lequel rien dans la Loi constitutionnelle n’empêchait l’Église écossaise de participer à ces revenus.
Quatre ans plus tard, en 1823, l’Église écossaise revendiqua formellement ce droit, avec le soutien de…
p. 150
« À un égard important, la situation s’était considérablement améliorée. L’autorisation de vendre les réserves, conjuguée à la loi de 1827 et aux instructions du secrétaire colonial ordonnant la mise sur le marché immédiate des parcelles de terre qui avaient constitué un obstacle à l’établissement de communautés, avait si bien atteint son objectif que Colborne put annoncer en 1832 que ces réserves ne représentaient plus un frein à la colonisation et que la possibilité, offerte aux colons les plus pauvres, de louer leurs terres lorsqu’ils n’avaient pas les moyens de les acheter, s’avérait un avantage certain.»
La pertinence des réserves du clergé pour notre récit repose sur une hypothèse de l’auteur : les terres de Clair et de ses environs, en particulier celles situées à l’embouchure du ruisseau Lang, à l’embouchure de la rivière Fish et sur le fleuve Saint-Jean, étaient toutes couvertes de pins blancs géants, une ressource extrêmement précieuse puisque ces arbres étaient protégés directement par la Couronne en tant que ressource stratégique pour la construction des mâts des voiliers – base de la puissance impériale de l’époque.
Il ne fait aucun doute à mes yeux que si ces arbres étaient effectivement présents à l’époque – et un siècle d’exploitation forestière et des décennies de scieries le long du fleuve Saint-Jean en témoignent –, la Couronne aurait protégé ces terres des droits d’occupation traditionnels. Imaginons un Klondike à plus petite échelle : peut-on concevoir qu’un colon puisse simplement s’installer sur ces terres et s’accaparer toutes ces ressources essentielles sans l’autorisation du gouvernement ? Cela nous paraît extrêmement improbable.
Notre scénario exige de démontrer que les terres de Clair faisaient partie des réserves de la Couronne. À ce jour, nous n’avons trouvé aucune preuve permettant de confirmer cette hypothèse, ni que ces terres faisaient partie des réserves du clergé. Toutefois, l’essor démographique qui a suivi le fleuve Saint-Jean à cette époque n’est certainement pas le fruit du hasard. Les modifications apportées à la législation régissant les réserves du clergé ont peut-être permis à un plus grand nombre de colons d’espérer obtenir des droits d’occupation le long de la rivière, et pourraient avoir constitué un autre élément clé de la décision qui a conduit Philip et ses fils à s’établir à l’embouchure de la rivière Fish (en fait, en face du confluent de ces deux rivières). Nous ne pouvons croire qu’il s’agisse d’un hasard, ni que des parcelles importantes des terres finalement revendiquées et concédées à proximité de ces parcelles aient en réalité été attribuées à des anglophones et non à des Canadiens français ou à des Acadiens.
Le scénario le plus probable est que le gouvernement ait freiné la colonisation de ces terres, notamment parce qu’elles faisaient partie des parcelles promises à l’Église, c’est-à-dire l’Église d’Angleterre (Église anglicane), ou du moins considérées comme des terres de la Couronne. Les modifications législatives auraient permis d’y installer des colons, et cet homme aurait été autorisé à s’établir sur d’anciennes réserves ecclésiastiques protégées en raison de sa religion, de son service militaire et de sa longue loyauté envers la Couronne. Ces qualités faisaient de lui le candidat idéal pour fonder une colonie, avec ses fils et leurs familles, dans un lieu stratégique, militaire et économique de premier choix.
Certaines informations pourraient toutefois contredire cette hypothèse. Deane et Kavanagh, dans leur célèbre rapport de 1831, ont décrit toutes les essences de bois disponibles dans la région. Voici leur description :
« Croissance. L’érable à sucre, le bouleau, le frêne, l’orme et le baume de Galaad constituent les feuillus ; le pin, le cèdre, le sapin, l’épinette, le hackmidack et, de temps à autre, quelques pruches éparses forment les résineux. En aval du Saint-Jean, on trouve très peu de pins. Il y a du pin sur la Madawaska, mais en faible quantité, ainsi que sur la Marumticook et sur le Saint-François, particulièrement sur les rives est et sud, où l’on dit qu’il y en a en grande quantité. On en trouve également en grande quantité sur la rivière Noire, le bras sud-ouest et le Saint-Jean principal. On en trouve aussi en grande quantité sur l’Alligash. Il y a par endroits de vastes peuplements de pins, mais le plus souvent, ils sont mêlés à des feuillus. Les plus beaux pins se trouvent à plusieurs kilomètres en amont des chutes, ainsi que sur la rivière Fish et les lacs, où l’on trouve une quantité considérable de pins, la plupart étant dispersés et mêlés à d’autres essences.« Bois dur. »[i]
« Intrusions. Avant 1827, de grandes quantités de bois de pin furent construites près de la ligne plein nord de la rivière Sainte-Croix, à son confluent avec le Saint-Jean, sur les rivières Madawaska et Fish, et près de la rivière Saint-François, ainsi qu’à d’autres endroits. Des scieries, munies de permis britanniques, y furent érigées. Les Britanniques y débitaient des planches qui étaient ensuite transportées par voie fluviale jusqu’au marché. Depuis lors, nous n’avons pas eu connaissance de permis britanniques pour l’exploitation forestière sur notre territoire. Les colons ont continué à couper du bois. Dans une scierie, ils produisaient entre quatre et cinq cent mille planches par an, et dans une autre, entre un et deux cent mille. La quasi-totalité de ce bois a été consommée par la colonie et a été coupée sur les terres de l’État. »[ii]
Cependant, plus loin dans le rapport, Deane et Kavanagh mentionnent une rencontre avec un certain Nadeau :
« Louis Nadeau nous a informés qu’il connaissait bien la rivière Saint-François. Il dit que là… » On trouve une grande quantité de bois de pin sur cette rivière, principalement sur sa rive est. À environ deux kilomètres et demi de son embouchure, de larges affleurements rocheux bordent ses rives, offrant un bon accès aux moulins. La rivière est navigable de son embouchure jusqu’au pont du Grand Portage, à environ 27 kilomètres du Saint-Laurent. Ces informations concordent avec celles que nous avons recueillies auprès d’autres sources. [iii]
Les recherches se poursuivent afin de déterminer la nature des terres sur lesquelles Philip et sa famille se sont installés à partir de 1827.
Difficultés d’établissement des titres de propriété sur les terres entourant le lac Témiscouata
Ce fut certainement une raison majeure du déménagement de la famille Long à partir de 1827, et nous partageons la conclusion de Mgr Lang à cet égard.
Quelles sont les preuves à l’appui de cette hypothèse ?
Rapport du major Elliott – 1823
Il est important de citer ici un extrait du rapport du major Elliott.
Page 154 : « …En conséquence, il s’est établi à son lieu de résidence actuel et, bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de ne jamais obtenir de concession de terre, il affirme que le colonel Fraser, dont il relève de la seigneurie, lui a assuré qu’il ne serait pas dérangé dans la possession des terres et qu’il n’aurait à payer aucun loyer. Toutefois, si son fils ou un membre de sa famille y demeure, il devra s’acquitter d’un loyer.»
Ce passage démontre que Philip Long a rencontré de sérieuses difficultés pour établir ses droits sur les terres entourant le lac. Cela ne l’empêcha pas, en réalité, d’avoir vendu ses parts dans ces terres – une situation qui nous laisse perplexes encore aujourd’hui, comme elle l’avait été pour Mgr Lang.
Les problèmes liés aux établissements sur les terres de la seigneurie furent de nouveau abordés par Elliot dans son rapport de 1829.
Dans ses remarques sur les principaux postes autour du lac (Green River, Long’s, Lower Lake Temisquata, Dégelé et White Bird River), Elliot fit l’observation suivante :
Ce poste (Green River) fut occupé sur ordre du gouvernement de Sa Majesté en 1815 ; mais, étant situé sur la seigneurie de la rivière du Loup, cet homme est susceptible d’être sommé de payer un loyer pour toute la période où il y a été installé, ou d’être expulsé sans aucune rémunération pour son travail ; bien que les colons aient eu l’assurance d’être sur des terres domaniales, j’espère qu’ils ont pu obtenir les concessions habituelles.
(Long) – Ce poste se trouve sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant au colonel Fraser ; il est également soumis aux inconvénients mentionnés ci-dessus.
(Autres) Les deux premiers postes, voire la totalité de ces trois, sont également soumis aux mêmes inconvénients, étant situés sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant à De Gaspés.
On constate qu’Elliott a soulevé un problème majeur pour les colons en soulignant qu’ils étaient confrontés au dilemme du servage, contraints de payer des loyers alors qu’ils assuraient en réalité un rôle stratégique et militaire essentiel pour le gouvernement.

Conflit frontalier – Les colons deviennent un atout stratégique pour les Britanniques
La dernière hypothèse examinée pour expliquer le déménagement de Philip à Clair est relativement simple. Les terres bordant le fleuve Saint-Jean étaient clairement disputées entre la Grande-Bretagne et les colonies américaines, et les deux pays avaient intérêt à coloniser cette région au plus vite afin de renforcer leurs revendications territoriales. De nombreuses sources d’information existent sur leur « guerre sans effusion de sang » qui allait finalement régler les limites territoriales de chaque pays ; la meilleure que nous puissions recommander au lecteur se trouve sur http://www.upperstjohn.com. Nous allons passer en revue certains aspects de cette histoire pour aider le lecteur à comprendre dans quelle mesure l’objectif militaire a pu inciter Philip et sa famille à s’installer définitivement à Clair.
Les difficultés commencent avec le traité de Paris de 1783, après la guerre d’Indépendance. Voici ce que Chip Gagnon déclare à ce sujet sur son site web Upperstjohn :
« Toutes ces affirmations reposent sur le libellé du traité de paix signé à Paris entre la Grande-Bretagne et les États-Unis en 1783, par lequel la Grande-Bretagne reconnaissait l’indépendance des États-Unis. Dans le traité de Paris, à l’article 2, la frontière nord-est des États-Unis était décrite comme suit :
« Depuis l’angle nord-ouest de la Nouvelle-Écosse, c’est-à-dire l’angle formé par une ligne tracée plein nord depuis la source de la rivière Sainte-Croix jusqu’aux hautes terres, en suivant ces hautes terres qui séparent les rivières se jetant dans le Saint-Laurent de celles se jetant dans l’océan Atlantique, jusqu’à l’extrémité nord-ouest de la rivière Connecticut. »
Malheureusement, le sens de cette description était très imprécis, car le vaste intérieur de la région n’avait pas encore été exploré ni cartographié. Cette description reflétait donc une méconnaissance de la géographie réelle de la région. Ce point est crucial, car il a influencé les intentions des deux parties lors de la fixation de leur frontière en 1783. »
Au fil des ans, et après la guerre de 1812, la frontière orientale fut établie, mais les limites précises des « hautes terres » restaient à définir. Comme mentionné précédemment, les Britanniques affirmaient que Mars Hill marquait la limite supérieure des hautes terres, tandis que les Américains les situaient bien plus haut – en fait, au-dessus du fleuve Saint-Jean et plus près des régions de Pohénégamook, qui constituent depuis longtemps une partie importante du Saint-Laurent. Une commission d’arbitrage fut créée en 1831, avec le roi des Pays-Bas comme arbitre, mais cela ne suffit pas à régler le différend, bien que les limites actuelles soient proches de celles qu’il avait recommandées aux deux parties à l’époque. Le Maine refusa d’accepter la frontière telle que définie par cet arbitre, ce qui engendra un conflit avec les colonies de Madawaska. Ce conflit, jusque-là sans effusion de sang, s’intensifia vers la fin des années 1830 et aboutit à de nouvelles négociations sur les différends frontaliers. Finalement, le traité Webster-Ashburton fixa la frontière à son emplacement actuel.
Entre 1827 et 1828, les territoires contestés furent de plus en plus au centre des préoccupations des gouvernements respectifs, qui cherchaient à les revendiquer, à établir des précédents et à étendre leurs frontières. Les colons se trouvaient au cœur d’une guerre entre deux superpuissances – une occasion idéale d’obtenir un maximum d’influence du camp victorieux – mais couraient un réel risque de se retrouver du mauvais côté si la frontière était établie selon les aspirations américaines plutôt que britanniques.
En examinant l’histoire et les frontières possibles, il nous semble que Philip Long a pris un certain risque en installant sa famille à Clair. Il a pu sembler aux colons locaux de l’époque que c’était là que la frontière serait probablement déterminée, mais rien ne le prouve. Cependant, étant donné que le roi des Pays-Bas a établi la ligne de Saint-Jean comme limite seulement trois ou quatre ans plus tard, il s’agissait probablement d’un compromis raisonné, car la ligne semble assez proche du milieu de ce qui était la ligne de Mars Hill, comparée aux revendications américaines.
Jean-Baptiste Long ouvre la voie vers Clair en 1827.
Nous savons aujourd’hui que Jean-Baptiste Long fut le premier à arriver à Clair et à s’y installer avant Philip et le reste de sa famille, qui arrivèrent en 1828. Cette information nous vient des déclarations faites par Jean-Baptiste Long devant les agents Deane et Kavanagh en 1831. Nous reproduisons ici cette déclaration dans son intégralité.
Source : Chip Gagnon, http://www.upperstjohn.com ; Déclaration définitive, de la part des États-Unis, concernant l’affaire renvoyée, conformément à la Convention du 29 septembre 1827 entre lesdits États et la Grande-Bretagne, à Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, pour décision. (Washington : Bureau du Télégraphe des États-Unis, 1829).
État du Maine
Qu’il soit rappelé que, ce dixième jour de novembre de l’an de grâce mil huit cent vingt-huit, devant moi, John G. Dean, écuyer, notaire public, dûment mandaté et assermenté, s’est présenté personnellement Jean Baptist Long, résidant maintenant dans la colonie de Madawaska, près de la chapelle catholique de la paroisse Sainte-Émilie [aujourd’hui Sainte-Luce, Upper Frenchville], et après avoir été dûment averti et avoir prêté serment sur les saints Évangélistes de témoigner et de déclarer la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, témoigne, déclare et dit : qu’il est maintenant âgé de trente et un ans et plus ; né à la rivière du Loup [Rivière du Loup au Québec] qui traverse le Grand Portage, et qu’il y a vingt ans, son père l’a amené avec le reste de sa famille au lac Témiscouata et s’est établi à l’endroit où commence le Grand Portage. Il résida à cet endroit pendant dix-neuf ans, et à l’automne de l’an mil huit cent vingt-sept, il déménagea à l’endroit où il réside actuellement.
Depuis qu’il est en âge de traverser le Grand Portage, il l’a fait de une à six fois par an et se souvient parfaitement du poteau de cèdre, qu’on lui a toujours dit être la frontière du Canada. Ce poteau mesurait environ six pieds de haut et était taillé sur ses quatre faces. Le côté le plus proche du chemin du Portage et celui le plus proche du Canada étaient marqués ou recouverts d’inscriptions, de haut en bas ; les autres côtés ne l’étaient pas. Il n’en comprenait pas le sens. Le poteau se dressait sur le versant sud-ouest du chemin du Portage, entre le ruisseau de la Grande Fourche et le sommet du mont Saint-François, qu’il a descendu jusqu’à la rivière. La Grande Fourche se jette dans les Trois Pistoles. Sur la rive du Portage, presque en face de l’endroit où se trouvait le poteau, se dresse un gros rocher, plus grand que tous les autres sur le Portage. Son apparence diffère également de tout ce qu’il a jamais vu dans ces environs. Le terrain surélevé sur lequel se dressait le poteau sépare deux cours d’eau qui s’écoulent l’un dans la Grande Fourche, l’autre dans la rivière Saint-François.
Il témoigne, déclare et affirme en outre qu’il y a quatre ans, en août, alors qu’il se rendait du lac Témiscouata au Canada, vers le milieu de l’après-midi, il a vu ledit poteau abattu et jeté sur un feu qui brûlait. Le poteau en flammes portait les marques qu’il a mentionnées précédemment, et celles-ci n’étaient pas encore entièrement consumées ; il en a aperçu quelques-unes. Il l’a retiré du feu, a éteint les flammes dessus et l’a déposé au bord du chemin. Il est repassé environ un mois plus tard, et le poteau qu’il avait sauvé des flammes avait disparu. Il ignore ce qu’il est devenu. Il ne sait pas qui a abattu le poteau, mais suppose que ce sont des personnes qui traversaient le portage.
En témoignage de la véracité de ses déclarations ci-dessus, il appose sa signature en croix, ne pouvant écrire son nom, et prie ledit notaire de bien vouloir l’inscrire en toutes lettres.
Sa marque : X Jean Baptiste Long
En foi de quoi, moi, notaire, ai apposé ma signature et mon sceau notarial.
John G. Deane, notaire public
La vie à Clair entre 1827 et 1830
[Texte à venir]
Qui étaient les habitants à cette époque ?
Recensement de 1820 (États du Maine et du Massachusetts)
Recensement du comté de Madawaska – 1830
Ce recensement et les informations qu’il contient proviennent de l’excellente ressource du site web Upper St. John, créé et maintenu par Chip Gagnon. Son travail de transcription remarquable d’innombrables enquêtes et documents historiques locaux, d’une valeur inestimable, est grandement apprécié par tous ceux qui recherchent des informations sur leur famille.
D’après diverses sources, les personnes mentionnées dans le tableau ci-dessus sont :
Jean-Baptiste Long, 30 ans
Recensement de Deane et Kavanagh – 1831
Origines du recensement de Deane et Kavanagh – Recensement de la colonie de Madawaska
Origines du recensement de Deane et Kavanagh
Un compte rendu très détaillé des raisons et de la description du recensement effectué par les deux agents américains, John Deane et Kavanagh, est disponible sur le site Web d’Upper St-John et a été créé par Chip Gagnon. Nous présentons ici un bref aperçu du recensement et de son importance pour l’histoire de notre ancêtre.
Ce recensement trouve son origine dans le différend frontalier entre les deux pays. L’État du Massachusetts (dont le Maine faisait alors partie) refusait les revendications britanniques concernant les lignes de frontière et a donc entrepris d’envoyer deux agents pour arpenter toute la région et réaliser le recensement le plus détaillé de la population jamais effectué dans la région. Ce document offre non seulement une lecture historique passionnante, mais il constitue également un précieux témoignage de la vie des habitants de l’époque, avec quelques informations personnelles. Mon frère, Ghislain Long, a obtenu une copie dactylographiée de l’original auprès des Archives du Maine, et nous reproduirons plusieurs passages dans ce texte. Deux raisons justifient cette démarche. Premièrement, il est nécessaire de compléter le récit de la vie et des déplacements de notre ancêtre, et d’obtenir davantage d’informations sur le village de Clair à cette époque. Deuxièmement, certains passages du rapport sont essentiels à la compréhension de la vie de Philip avant même son arrivée à Clair, car les agents s’intéressaient également à l’ensemble de la région convoitée par les Américains, notamment à l’histoire du Portage.
Il est clair que Deane et Kavanagh étaient convaincus que les Britanniques avaient déployé des efforts considérables pour asseoir leur souveraineté sur certains territoires. Ce passage, par exemple, illustre leur attitude et leurs convictions : « Les habitants du Massachusetts n’avaient pas anticipé les atrocités commises par les Britanniques pour s’emparer du pays et satisfaire leurs ambitions. »[iv]
L’abbé Thomas Albert s’est servi des informations de l’enquête pour rédiger son Histoire du Madawaska et l’a trouvée précieuse pour comprendre l’évolution de la communauté à cette époque.
Clair
Le premier intérêt de cette enquête réside dans le fait qu’elle détaille l’histoire de chaque habitant de la région qui allait devenir Clair, un à un. Nombre de ces familles ne s’y installeraient pas durablement, mais l’enquête nous renseigne sur l’arrivée des premières familles au village et sur l’évolution de sa composition ethnique et linguistique au cours des décennies suivantes.
Voici les sections pertinentes de l’enquête :
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25 juillet. Sur la rive nord du Saint-Jean, Augustin Webster revendique la première possession et améliore la terre depuis trois ans. Il l’a achetée à Jesse Wheelock, qui l’avait lui-même achetée à John Baker, lequel l’avait achetée à John Harford fils, qui avait défriché sept ou huit acres.
La possession suivante sur la rive nord est revendiquée et occupée par John Harford et son fils, Phichas Randall Harford. John Harford affirme avoir commencé à travailler sur ce lot en 1816. Il déclare également avoir commencé à défricher à la pointe Madawaska en 1815, encouragé par Simon Hebert. Il a défriché deux acres, construit une maison en rondins et y est resté pendant un an, mais a finalement été chassé par Simon Hebert et les Amérindiens. Hebert a refusé de le payer pour ses améliorations et occupe maintenant le lot. Nous avons appris par la suite que Harford avait vendu sa concession à John Baker. La possession suivante sur la rive nord est celle de Phirmain Cyr. Il a acheté 120 acres. Il y a cinq ans, Cyr a acquis une parcelle de terrain appartenant à John Harford et lui a versé 100 $. Harford avait déboisé environ un acre sur ce terrain. Cyr habite sur la rive sud du Saint-Jean, presque en face de l’église de Madawaska. Il a acheté le terrain pour ses trois fils et y loue maintenant un certain Charles Ouillotte. Cyr a commencé ses travaux d’aménagement en 1828. La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par Phirmain Thibodeau, qui l’a achetée à Stephen Groves. Groves a commencé à travailler sur le terrain à l’automne 1828, a défriché huit acres et y a construit une maison. La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par
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Dennis Smith, qui a commencé en 1829, a défriché six acres et y habite une maison.
La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par Thomas Kenney, un Canadien, qui a commencé en novembre 1829. Il l’a achetée à Jonathan Cyr, qui avait effectué un abattage possessif selon une coutume de sa colonie en 1825. Kenney possède une maison. Sur le terrain, il habite maintenant en contrebas, dans la maison de James Bacon, et s’occupe du moulin à grains de John Baker.
Suivant – La rive nord est revendiquée par Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, jusqu’à il y a quelques années, a été employé pour transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il s’est installé sur le terrain en 1828 et y réside toujours. Suivant – La rive nord est revendiquée par Marmosie Long, qui s’y est installée en 1828. Suivant – La rive nord est revendiquée par George Long, qui s’y est installé en 1828. Ces derniers sont les fils de Philip et résident sur la terre.
Suivant – La rive nord est revendiquée par Menard Chominard (un Canadien). Il s’y est installé en 1830, possède une maison et vit sur la terre.
Suivant – La rive nord est revendiquée par Louis Nadeau (né à Madawaska). Il s’y est installé en 1829, possède cinq acres défrichés et cultivés, mais réside en contrebas.
Suivant – Sur la rive nord, trois ou quatre acres furent défrichées en 1829 par Thomas Pollark (un Écossais) qui partit s’installer sur la rivière De Loup.
Nous reprenons maintenant notre récit des établissements sur la rive sud du Saint-Jean.
Ensuite – La rive sud, en aval des propriétés de Jesse Wheelock et Walter Powers, est revendiquée et occupée par Charles Pherson (né à Portland).
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se trouve en face des propriétés d’Augustine Webster et de John Harford. Phinchas R. Harford abattit du bois et y construisit une petite maison à l’automne 1827, puis la vendit aux McPherson durant l’hiver 1829, moyennant deux mois et huit jours de travail. Ces derniers s’y installèrent et y résidèrent depuis.
Ensuite – La rive sud est boisée.
Ensuite – La rive sud est une clairière avec une maison, mais elle est inoccupée. Owen Fitzgerald s’y est installé il y a trois ou quatre ans, puis l’a vendu, d’après nos informations, et a quitté les lieux. Pays.
Ensuite – La rive sud est revendiquée et occupée par John Harford fils. Il s’y est installé le 3 août 1827, comme il nous l’a indiqué. Il revendique une longueur de 100 perches.
Ensuite – La rive sud est occupée par Electus Oakes (né au Canada). Il s’y est installé en juillet 1827. On nous a informés qu’il avait vendu sa propriété. Cet endroit se situe en face de l’extrémité est de l’île Churchill.
Ensuite – La rive sud est revendiquée et occupée par Abraham Chamberlain (né à la baie des Chaleurs). Il s’y est installé à l’automne 1828.
Ensuite – La rive sud est une parcelle de terrain occupée, comme nous l’a indiqué Pierre Marquis, qui habite en contrebas.
Nous avons rencontré Phirmain Cyr, qui nous a informés qu’il habite sur la rive sud, en face de l’église, qu’il a cinquante-trois ans et qu’il est né dans la province du Nouveau-Brunswick. Il a acheté la propriété qu’il occupe à Phirmain Cyr il y a 20 ans ; elle mesure 60 perches de large et 600 perches de profondeur. Retour. Il possède un titre de propriété et la terre a été cédée à son donateur par les Britanniques.
Suivant – La rive sud, jusqu’à la tranchée de Pierre Marquis, est bordée de hautes berges et la terre est inoccupée sur environ trois kilomètres.
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Suivant – La rive sud est une propriété occupée par Isaac Yearnhton (un Anglais) qui s’y est installé en août 1828.
Suivant – La rive sud est une propriété occupée par Joseph Wilds (né à Fredericton). Il s’y est installé en août 1828.
Suivant – Sur la rive sud, Miles Emery a acquis le terrain il y a sept ans et a abattu quelques arbres. Il l’a vendu il y a deux ans à Joseph Michaud pour 20 $. Michaud habite en contrebas, mais il met maintenant la terre en valeur et revendique une superficie de 64 mètres en façade. Il y a une parcelle d’environ trois kilomètres qui…
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Ensuite, Antoine Alton est locataire de Joseph Strepani, Italien, qui revendique 60 perches de façade, possède une maison, une grange et 4 acres défrichés.
Ensuite, Jean Vasseur revendique 30 perches de façade, possède une maison et 8 acres défrichés.
Ensuite, la veuve Dupont, épouse de Nicolas Peltier, revendique 30 perches de façade. Il y a 7 acres défrichés et une maison inhabitée.
Ensuite, Jean-Baptiste Lagasse revendique 50 perches de façade, possède une maison, une grange et 5 acres défrichés.
Ensuite, Alexandre Belzile revendique 30 perches de façade, possède une maison et
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une grange et 15 acres défrichés.
Simonet Hébert, qui habite en contrebas, sur la rive sud, aurait acheté à Philip Long 30 perches de façade, possède une maison, une grange et 20 acres défrichés.
Ensuite, Hilaire Cyr Il revendique une façade de 60 perches, qu’il a achetée, avec une maison, une grange et 15 acres défrichés.
Ensuite, Urban Cyr, qui habite à Green River, revendique une façade de 60 perches, qu’il a achetée à François Michaud, avec une grange et 5 acres défrichés.
Ensuite, Jean Nadeau a borné le terrain il y a 21 et 22 ans, revendique une façade de 60 perches, avec une maison, une grange et 15 acres défrichés.
Ensuite, Joseph Albert a fait un échange avec Paul Cyr, qui a borné le terrain il y a 15 ans, revendique une façade de 60 perches, avec une maison, une grange et 8 acres défrichés.
Ensuite, Louis Nadeau a acheté le terrain aux Autochtones il y a 12 ans et l’a vendu à Phirmain Thibedeau, mais y habite et y a récolté cette année. Façade de 60 perches, maison, grange et 20 acres défrichés.
L’acte de bravoure
À notre avis, les textes mêmes de Deane et Kavanagh[v] apportent des éléments supplémentaires à l’appui de cette conclusion. Mgr Lang a peut-être eu accès au texte original anglais conservé aux Archives du Maine, issu du relevé topographique, et qui se lit comme suit :
« La parcelle suivante, North Bank, appartient à Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, jusqu’à récemment, a transporté le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il s’y est installé en 1828 et y réside toujours.
La parcelle suivante, North Bank, appartient à Marmosie Long, qui s’y est installé en 1828.
La parcelle suivante, North Bank, appartient à George Long, qui s’y est installé en 1828. Les derniers sont les fils de Philip et résident sur ces terres. »
Dans ce rapport, son âge n’est pas mentionné, mais il est indiqué qu’il s’est installé à cet endroit en 1828. Ce même rapport nous apprend que Jean-Baptiste Long a en réalité déménagé sur un terrain situé de l’autre côté de la rivière, sur ce qui allait devenir l’État du Maine, en 1827.
L’expression « s’est échappé vers les Britanniques » peut être interprétée de plusieurs manières. À titre informatif, voici la définition du mot « s’est échappé » tirée de dictionary.com :
- S’échapper, se soustraire à une autorité ou à une contrainte ; recouvrer sa liberté : s’évader de prison.
- Échapper à une poursuite ou à un danger ; éviter la capture, une punition ou tout autre malheur.
- S’écouler d’un espace clos, comme un fluide.
- S’effacer ; tomber dans l’oubli : Ces mots se sont échappés de ma mémoire.
- Botanique. (Pour une plante initialement cultivée) Pousser à l’état sauvage.
- (Pour une fusée, une molécule, etc.) Atteindre la vitesse de libération.
–verbe transitif 7. Échapper à (ses poursuivants, ses ravisseurs, etc.) : Il a échappé à la police.
- Réussir à éviter (un danger ou un mal potentiel) : Elle a échappé à la capture.
- Échapper à (sa mémoire, son attention, les recherches, etc.).
- Ne pas être remarqué ou rappelé par (une personne) : Sa réponse m’échappe.
- (Pour un son ou une parole) Émettre involontairement.
–nom 12. Action de s’échapper.
Le fait de s’être échappé.
Un moyen de s’échapper : Nous avons utilisé le tunnel comme échappatoire.
L’évitement de la réalité : Elle lit des romans policiers pour s’évader.
Une fuite, d’eau ou de gaz, d’une canalisation ou d’un récipient.
Botanique. Une plante issue de cultures et qui pousse désormais à l’état sauvage.
Physique, aérospatiale. L’atteinte de la vitesse de libération.
Informatique. Une touche (souvent étiquetée ÉCHAP) présente sur les claviers de micro-ordinateurs et servant à diverses fonctions, comme interrompre une commande ou passer d’une partie d’un programme à une autre.
–adjectif 20. Qui permet de s’échapper : une voie d’évacuation.
Nous insistons sur le mot « s’être échappé » car nous pensons qu’il est important pour comprendre le contenu de cette enquête. Cette analyse repose sur une hypothèse et une observation originales proposées par Donald Long il y a quelques années.
Premièrement, il nous semble évident que Dean et Kavanagh n’ont pas obtenu leurs informations concernant Philip (son fils) directement de Philip, mais plutôt d’autres personnes interrogées dans le cadre de l’enquête. Cette conclusion se fonde sur l’emploi du mot « rapporté » dans leurs propos.
Deuxièmement, le mot « échapper » peut avoir deux sens : « se soustraire » ou « s’enfuir ». S’il a échappé aux Américains avec un sac de courrier important, il nous paraît raisonnable de penser qu’il était déjà en possession de ce sac et qu’il s’en est servi pour remettre le courrier aux Britanniques plutôt qu’à ses destinataires. Ceci conforte l’idée que Philip était déjà un messager, car les chances qu’il soit déjà en possession de courrier sont alors maximales, ou qu’il possède le sac de courrier pour une autre raison. Bien sûr, voler le sac de courrier impliquait toujours que Philippe « échappe » aux personnes à qui il l’avait dérobé au départ ! Dans le cas de « se faufiler ou s’enfuir », l’implication est beaucoup plus proche de la description de l’acte de bravoure par Mgr Lang, puisque Philippe aurait dû s’emparer du courrier subrepticement pour « se faufiler ou s’enfuir ». Un point important à noter, cependant, est que la traduction française du mot « s’est échappé » dans l’Histoire du Madawaska d’Albert est tout simplement incorrecte. Il n’existe aucune définition connue du mot « s’échapper » qui inclurait le sens de « remettre » (dans le livre, il est traduit par « livrer »), car ces deux sens sont complètement différents. « Remettre » signifie que Philippe avait le courrier en sa possession, qu’il a décidé, par loyauté, de le remettre aux Britanniques, et qu’il l’a fait.
Dans Mgr. D’après le récit de Lang, Philip Long, qui s’était porté volontaire comme sentinelle ou éclaireur, avait été envoyé par les Britanniques dans un secteur parmi les plus surveillés afin de recueillir des renseignements précieux. C’est au cours de cette mission qu’il tomba par hasard sur un groupe d’émissaires ennemis accompagnés d’Indiens, transportant un sac de courrier contenant des ordres militaires secrets destinés aux unités ennemies (Patriotes). Sous les yeux des soldats, Philip déroba le sac et s’enfuit à travers les bois. Poursuivi avec acharnement, il fut divisé en deux groupes qui tentèrent de le capturer. Il courut pendant trois jours et trois nuits, sans nourriture, et finit par rapporter le sac à ses supérieurs, qui en tirèrent un avantage considérable. Ceci est un résumé, mais John Lang a traduit le récit de Mgr Lang en anglais il y a quelques décennies dans son livre, et nous le reproduisons ici pour le lecteur :
[Traduction anglaise de Mgr. Texte de Lang tiré du livre de John Lang – De héros à zéro ?] à venir
Mgr Lang indique que cette histoire se transmettait sous différentes formes au sein de la famille, de génération en génération, et qu’il l’entendait souvent de son propre père. Ce récit est indéniablement captivant, et il est difficile de ne pas éprouver fierté et admiration pour un homme capable d’un tel acte. Bien sûr, il est possible que Philip lui-même n’ait pas transmis cette histoire à ses enfants, mais qu’entre sa mort en 1832, les recherches de Prudent Mercure dans les années 1880 et la publication de l’ouvrage monumental de l’abbé Thomas Albert, l’Histoire du Madawaska (parue initialement en 1920), certains membres de la famille aient pu prendre connaissance de ce célèbre acte de bravoure, tel que relaté par Deane et Kavanagh, indépendamment de la tradition orale familiale ! C’est du moins une hypothèse plausible.
Quelles que soient nos convictions, il convient de nuancer ce récit, non pas parce qu’il est erroné, mais simplement parce que Mgr Lang y avance des hypothèses qui, à ce jour, ne sont pas prouvées. L’une des réserves à formuler est que Philip aurait été membre de l’armée britannique avant de commettre son acte de bravoure. Ah, si seulement nous pouvions interroger directement Mgr Lang à ce sujet ! Nous ne disposons d’aucune preuve corroborante à ce sujet. Toutefois, si tel est le cas, l’acte aurait pu être commis aussi tard qu’en 1781, date à laquelle nous avons des preuves de l’engagement de Philip au service de la cause britannique. Jusque-là, il ne s’agit que de conjectures quant à son implication militaire en tant que loyaliste envers les Britanniques. Bien entendu, nous poursuivons nos recherches de preuves concernant Philip Long avant 1781. Nous ne pouvons donc exclure la possibilité qu’il ait servi dans l’armée, ou y ait eu des liens, avant son enrôlement dans la WFRF ou la KAR en 1781.
Le deuxième point à considérer, de notre point de vue, est qu’il est difficile de croire qu’un tel exploit ait été accompli de cette manière par un homme d’à peine 33 ou 39 ans. Que le courrier ait été dérobé du côté américain est probablement certain. Ce qui est moins clair, ce sont les circonstances de ce vol. D’après le texte de Deane et Kavanagh, le mot « s’est échappé », comme le montrent les nombreuses définitions, est plus susceptible d’être compris comme « s’être échappé avec » plutôt que comme « s’être échappé de ». Les deux expressions ont des significations très différentes, car la première implique que Philip se trouvait d’un côté puis est passé de l’autre avec le sac de courrier, plutôt que de s’être échappé des Américains avec leur courrier après l’avoir volé. L’équivalent français du verbe « s’échapper », issu de sa racine latine proche de « échapper », n’est pas « livrer », comme dans la traduction de Thomas Albert du texte de Deane et Kavanagh. Pourquoi avoir modifié le sens de « s’échapper » pour le traduire par « livrer » ? Qui croire : les termes originaux utilisés par Deane et al. ou la traduction d’Albert dans son Histoire du Madawaska ?
En conclusion, il semble que la plupart des éléments indiquent que 1757 n’est pas l’année de naissance de notre ancêtre Philip Long, et qu’une réinterprétation importante de sa vie s’impose, sans parler d’une réévaluation de la tradition orale.

Figure 150 – Carte illustrant le rapport de Deane et Kavanagh – 1831 – Source : Upper St-John ; Source originale : Raymond …
Levé topographique de la colonie de Madawaska – 1831

Figure 151 – Relevé de 1831 de la colonie de Madawaska (Clair)
Philip Long (1842-1832)
La vie à Clair en 1832 – Décès de Philip Long le jour de Noël
Décès de Philip Long le jour de Noël 1832


Figure 152 – Acte de décès de Philip Long, 25 décembre 1832
S (Sépulture). 37 Philippe Terre
Le vingt neuf décembre mil huit cent trente-deux, par nous prêtre soussigné, a été inhume dans le cimetière de la Paroisse Sainte Luce le corps de Philippe Long époux de Julie Marie Depré de cette paroifse décédée il y a quatres jours agé d’environ quatre vingt six ans. Témoins Michel Morin et Rapahel Michaud qui n’ont pu signer.
R. Mercier Prêtre
Mariage de Suzanne Long et Jacques Hamel le 28 août 1832.
Mariage de Philippe (II) Long-Laing avec Émilie Boucher en 1833
Philippe Long-Laing s’était installé à Trois-Rivières après avoir quitté sa famille à Clair. Il s’y maria et eut une nombreuse descendance qui vit encore dans la région, principalement sous le nom de Laing et non Long ou Lang.
Mariage de George Edouard Long avec Adélaïde Caron en 1834
George Long s’établit à Clair avec ses parents en 1828, puis se maria en 1834 et s’y installa définitivement. Sa famille est nombreuse et profondément enracinée à Clair depuis cette époque.
Mariage entre Michel Long et Emerance Thériault le 27 février 1843

Signature du traité Webster-Ashburton
Carte de la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick – Purdy, 1814
Cette carte revêt une importance particulière car elle illustre, à travers des documents internes américains, l’une des limites possibles pour régler la question frontalière entre la Grande-Bretagne et l’Amérique. Nous remercions Chip Gagnon pour cette carte, disponible, accompagnée d’un texte exceptionnel, sur son remarquable site : http://www.upperstjohn.com.

Nous ne possédons aucun autre document ni fait concernant la vie de Philip Long en 1814 et 1815.

Figure 153 – Carte du Maine montrant les zones contestées – Burr – 1831
Premières concessions de terres à Clair, Nouveau-Brunswick
En 1848, les premières concessions de terres furent octroyées aux familles qui s’étaient établies sur une grande partie de ce qui allait devenir la paroisse de Clair. Ces concessions confirmaient les droits fonciers acquis par les habitants grâce à un travail acharné de la terre. Ces droits légaux permettaient aux colons de cultiver la terre et d’en retirer les fruits, pour eux-mêmes et les générations futures.
Il ressort du texte des concessions que chaque colon devait s’engager à défricher une certaine superficie chaque année pour que les concessions restent valides.
Ces concessions furent délivrées le 29 novembre 1848, sous la signature de J. R. Partenow. La concession porte le numéro 4424 et a été délivrée à Edmund Head (devenu plus tard Edmundston) par un document rédigé par la firme Urbain Boutotte et Associés, de Madawaska et du comté de Carleton.
Sources : Copies originales – Ghislain Long.

Figure 154 – Carte mise à jour au milieu des années 1950 des concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848

Figure 155 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (Bloc deux : Partie supérieure du village)

Figure 156 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (Bloc deux : Partie basse du village)

Figure 157 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François)
Deuxième mariage de Philippe (II) Long-Laing avec Anastasie Perron en 1853
Marie-Julie Couillard-Després (1776-1857)
Marie-Julie décède le 21 octobre 1857
« Paroisse Sainte Luce – Haute Frenchville-Maine
Acte de décès de Marie Després
Copie du registre
Le vingt et un d’octobre mil huit cent cinquante sept, nous prêtre soussigné, avons inhûmé dans le cimetière du lieu le corps de Marie Després, décédée avant hier, âgée de quatre vingt douze ans, veuve de Philip Long de cette paroisse.
Présents : Jean Baptiste Ouellette et Hubert Ouellette, qui n’ont pu signer.
H. Dionne, prêtre,
Copie certifiée conforme:
Tour. Zénon Charette
Paroisse Sainte-Luce
Upper Frenchville, Maine
Marie-Julie fut inhumée au cimetière de Ste-Luce le 21 octobre 1857.
Mgr. Lang a fait une observation et une correction importante dans son livre. Nous le citons en français :
L’âge tel que mentionné dans l’acte de décès est loin d’être exact. Voici comment nous en constatons l’inexactitude, c’est que nous avons le certificat de naissance de feu Dame Marie-Julie Couillard Després selon laquelle elle est née le 7 novembre 1776, et comme selon le présent certificat de décès elle est décédée le 19 octobre 1857, elle était donc âgée de 81 ans, non de 92 ans comme le mention le certificat.
Le certificat de décès de son mari Philip Long, décédé le jour de Noël 1832, mentionnant son âge comme étant de 90 ans, alors qu’il avait selon les plus sûrs calculs environ 75 ans. Ca se passe de même dans ce temps-là. » Mgr. Ernest Lang, Mon Ancêtre Philip Long, page 107.
Marie-Julie avait 75 ans lorsqu’elle est décédée et non 90 ans comme indiqué sur son acte de décès.
Chapitre 10 – Le dernier portage – Clair (1828-1857)
[i] Deane et Kavanagh, page 102.
[ii] Deane et Kavanagh, page 103.
[iii] Deane et Kavanagh, page 108.
[iv] Deane et Kavanagh, page 105.
[v] Deane et Kavanagh, Rapport…, Transcription originale des Archives du Maine, p. 10.