Histoire orale

Questions clés à poser sur l’histoire orale transmise par Mgr Lang

Était-il d’origine écossaise ?

Le texte de Mgr Lang mentionne que Philip était considéré comme ayant des origines écossaises, sans pour autant être nécessairement né en Écosse. Ce fait constitue, selon nous, l’élément le plus fréquemment répété et donc le plus communément admis de notre histoire orale collective. Ces deux informations sont liées, mais n’impliquent pas nécessairement qu’il était écossais et né en Écosse. Être écossais aurait signifié qu’il avait des parents (ou au moins un père) écossais, mais Philip aurait pu faire partie des centaines de milliers de personnes nées ailleurs (par exemple en Angleterre, en Irlande ou même dans les colonies américaines) et ayant finalement émigré vers les colonies américaines.

Donald Long a effectué un examen exhaustif des informations disponibles sur les origines ethniques des Écossais-Irlandais et nous renvoyons le lecteur à son document Origines pour obtenir des informations détaillées sur la composition des Écossais et des Écossais-Irlandais en Europe et en Amérique au XVIIIe siècle, y compris une évaluation très impressionnante et détaillée des bases de données actuellement consultables pour les naissances, les baptêmes, les décès et les listes de passagers afin de retrouver l’insaisissable Philip Long.

Nous trouvons fascinant que notre famille soit si fermement convaincue d’avoir des origines écossaises alors que, dès la deuxième génération, la langue principale de la grande majorité des descendants Long était le français (l’influence historique de la langue maternelle est indéniable). Bien sûr, certains pensent qu’il existe des caractéristiques physiques qui soulignent l’ascendance écossaise (si tant est que cela soit possible), comme les cheveux roux et la pigmentation de la peau.

Malheureusement, je suis convaincu que ces traits ne se transmettent pas de génération en génération et qu’on les retrouve surtout chez les descendants de Joseph Long, probablement parce qu’il a épousé une Écossaise, Annie Douglass. Nous restons ouverts à la possibilité que les recherches ADN menées par Gilles Long et Donald Long puissent révéler des éléments confirmant nos origines écossaises. En 2026, la conclusion doit être que Philip Long avait des ancêtres germaniques, bien que cela n’exclue pas la possibilité que Philip et ses ancêtres soient originaires d’Écosse ou d’Angleterre. Cette conclusion repose sur des ancêtres communs datant du XVIIe siècle, soit jusqu’à quatre générations (100 ans) avant la naissance de Philip, telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Il n’existe aucune preuve directe et primaire pour étayer la tradition orale de nos origines écossaises. Cependant, à notre avis, des arguments solides peuvent être avancés contre l’idée que Philip ait des origines « purement » écossaises. Cela ne signifie pas pour autant que Philip soit faux.

Long n’est pas un nom de famille écossais courant ; on pourrait même le considérer comme une exception parmi toutes les générations écossaises. D’après les recherches actuelles et les informations partagées sur Origines, la famille Long en Écosse aurait été une famille véritablement remarquable et unique. En réalité, les Écossais sont associés depuis des temps immémoriaux à des clans, et il n’existe aucun lien, dans notre famille ou ailleurs, entre les Long d’Écosse et un quelconque clan mentionné de mémoire d’homme. Ghislain Long a mené des recherches approfondies sur ce sujet et n’a pu faire mieux que de se référer aux témoignages oraux de Mgr Lang.

Après des recherches des plus exhaustives, Donald a trouvé très peu de traces du nom Long dans les bases de données écossaises. D’autres chercheurs, dont l’auteur de ces lignes, ont obtenu des résultats similaires. Bien sûr, cela n’exclut pas une origine écossaise ; il n’existe simplement aucune preuve, à ce jour, hormis la tradition orale, pour étayer cette hypothèse. Gilles Long a confié que cette ascendance était inconnue dans sa famille (dont faisait partie mon père, Lucien), et même de son propre père, qui aurait plutôt cru à une origine anglaise. Il en va de même des conversations de Gilles avec Camille Lang. En résumé, aucune preuve documentée d’une ascendance écossaise n’a été trouvée.

Que pouvons-nous déduire du mariage de Philip Long avec Marie-Julie Couillard-Després ?

Philip Long a épousé Marie-Julie dans une église anglicane de Québec. Nous avons le certificat de mariage original signé (ci-dessous) qui montre à la fois la signature de Philip, l’illettrisme de sa femme puisqu’elle a signé avec un X, le ministre officiant Montmollin (d’origine suisse et membre de l’Église anglicane du Québec) et deux témoins qui sont eux-mêmes d’origine écossaise.

Contrat de mariage original entre Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després 1792 – source : Ghislain Long.

N° 467 Philipp Long, célibataire, de la paroisse de Cape St. Ignace, et Mary Couillard Depré, célibataire, de la paroisse de Lislet, se sont mariés en ce lieu par —licence — ce sixième jour de décembre de l’an mil sept cent quatre-vingt-douze, par moi, David Francis de Montmollin, recteur.
Ce mariage a été célébré entre Philip Long X, et Mary Couillard Deprés, dans la paroisse de David Higginbotham, marchand, Andrew Johnston Couper, Murdoch Mackenzier Cooper.
Exemplaire original de l’acte de mariage entre Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després.
Pour plus d’informations sur de Montmollin et David Higgingbotham, veuillez cliquer sur leurs noms ci-dessus.

Plusieurs conclusions importantes peuvent être tirées de ce document original.

Philippe a signé avec un seul « l » et un seul « p », et son nom de famille est orthographié Long, contrairement à d’autres orthographes.

Philippe était originaire du Cap Saint-Ignace, qui servait alors de relais pour les maîtres des postes et les calèches sur la route entre Québec et Rivière-du-Loup, et qui abritait également un important poste militaire ayant logé des vétérans des guerres précédentes (Soldats royaux) – d’après Benoît et Gilles Long.

Marie-Julie ne pouvait pas signer, et Montmollin a orthographié son nom Deprés au lieu de Després. Ses parents, encore vivants, étaient soit absents lors de la cérémonie, soit n’ont pas signé comme témoins. Nous ne possédons aucun document portant leur signature.

La mention « par licence » est importante car elle indique que ce mariage mixte a été autorisé en vertu de règles et de dispenses spéciales, Philip étant manifestement protestant et Marie-Julie catholique. Il s’agissait peut-être du seul lieu et de la seule congrégation susceptibles d’avoir autorisé un tel mariage mixte, car, bien qu’exceptionnel, il était accepté au sein de l’Église catholique compte tenu de l’époque, de la disponibilité des églises protestantes et de quelques mariages mixtes.

Plus de détails ci-dessous concernant l’opposition entre anglicans et presbytériens : il existait au moins deux confessions, et probablement des congrégations, à Québec à cette époque. Il n’est donc ni anodin ni prévisible qu’un Écossais se soit marié dans une église presbytérienne plutôt que dans une congrégation protestante anglicane (Église d’Angleterre) ; ces confessions ne s’entendaient généralement pas bien.

Ce fait n’invalide pas l’hypothèse des origines écossaises, car tout homme protestant épousant une femme catholique aurait dû se convertir au catholicisme ou faire célébrer la cérémonie dans une église reconnue par l’Église catholique pour que le mariage soit « permis » à l’époque, voire même aujourd’hui (mon propre mariage était mixte et a nécessité l’autorisation de l’Église catholique pour être reconnu).

Les témoins sont également importants : Higginbotham, un marchand d’origine aborigène et écossaise, joue un rôle crucial dans l’histoire de Philip, et nous aborderons sa vie et son époque ailleurs sur ce site. Les deux autres témoins sont aussi importants. Premièrement, ils portent tous deux des noms clairement écossais et sont donc probablement d’origine écossaise ; deuxièmement, ils sont tous deux tonneliers, ce qui les rattache à la classe commerçante et artisanale de Québec. Quant au marchand Higginbotham, il devait avoir des relations personnelles, sociales et commerciales avec Philip pour accepter d’être ses témoins à son mariage, ce qui souligne une fois de plus la difficulté que représentait la présence de tous ces Écossais à un mariage mixte célébré par l’Église d’Angleterre.

Québec et les protestants

On trouve deux églises protestantes dans le Vieux-Québec : la cathédrale de la Sainte-Trinité, cathédrale du diocèse anglican de Québec, et l’église presbytérienne Saint-André.

La cathédrale de la Sainte-Trinité a été construite sur l’emplacement de l’ancienne église des Récollets, qui existait depuis plus d’un siècle à Québec et qui était auparavant une église catholique.

John Mann, qui relate sa rencontre avec Philip Long dans ses Voyages en Amérique du Nord, n’évoque en réalité pas l’origine écossaise de Philip. Écossais lui-même, on aurait pu s’attendre à ce que Mann se soit davantage identifié à Philip en raison de leurs origines communes, et qu’il ait simplement mentionné ce fait. Au lieu de cela, il suggère que Philip maîtrisait assez bien l’anglais, le qualifiant de « convenable », une épithète improbable pour un Écossais du XVIIIe siècle en pleine campagne. Il le décrit également comme un loyaliste américain, et bien que ce soit un détail intéressant, cela ne nous aide pas à identifier les origines ethniques ou religieuses de Philip Long. Nous vous invitons à considérer la question suivante : est-il plus probable que Philip était écossais et maîtrisait l’anglais parlé de cette manière, comme le décrit Mann, ou que Philip maîtrisait cette langue de cette façon parce qu’il n’avait pas, en réalité, l’accent prononcé d’un Écossais natif (même aujourd’hui) ? À vrai dire, l’autre possibilité est que Philip ne soit pas né en Écosse. Comme tout immigrant de deuxième génération le sait, les accents culturels marqués s’atténuent au fil des générations, surtout dans le creuset culturel que représentaient les colonies américaines, même au XVIIIe siècle !

Compte tenu de nos connaissances actuelles sur le niveau d’instruction de notre ancêtre, son langage, etc., il nous est impossible d’établir avec certitude si Philip était écossais ou non. Cependant, il serait intéressant d’approfondir la question avec des spécialistes en entomologie de l’écriture, par exemple. Philip a fréquenté de nombreux hommes britanniques et écossais au cours de sa vie, mais rien ne prouve qu’il ait été plus proche de l’un ou de l’autre groupe. Il semble avoir fait partie des deux cercles, sans pour autant être particulièrement attaché à l’un ou l’autre. Les Longs sont un groupe très important en Angleterre, et on les trouve également en nombre significatif en Irlande. Comment expliquer cette singularité d’origine écossaise, alors qu’il aurait été si simple d’être d’origine anglaise ou irlandaise ?

Le lien avec l’Écosse semble avoir été assez constant dans notre tradition orale. Cependant, d’après les recherches de Donald, les miennes et celles d’autres personnes, la fréquence et l’apparition du nom Long en Écosse sont très faibles. En revanche, le nom Long est très fréquent en Angleterre, notamment dans le Wiltshire, au nord de Londres, et en Cornouailles. Donald a d’ailleurs identifié un candidat très plausible pour notre ancêtre. Né en 1742, ce Philip Long est né à Lansallos, en Cornouailles, en Angleterre. Ses parents étaient John et Elizabeth Long – un détail intéressant qui explique pourquoi Philip a été confondu avec John Lang lors de la visite de Mgr Octave Plessis dans les diocèses orientaux.[i] Mais bien sûr, il n’y a absolument aucun lien entre Philip Long et un quelconque John Long, si ce n’est cette erreur manifeste du secrétaire de Mgr J. Octave Plessis – une erreur qui s’est avérée coûteuse, compte tenu du temps et des efforts de recherche gaspillés ! Mais nous anticipons considérablement dans notre récit.

Ghislain Long a entretenu une correspondance abondante avec de nombreuses personnes au sujet de Philip Long. L’une de ces lettres était adressée à Donald Whyte, président du Conseil de la Société de généalogie écossaise, qui avait effectué des recherches pour Ghislain et qui répondit dans l’une de ses lettres : « Je ne trouve aucune inscription héraldique pour un quelconque Long, et vous devrez prouver que Philip Long est né en Écosse et fournir des documents à la Cour du Lord Lyon, roi d’armes.» Les Long sont en effet assez exceptionnels en Écosse ! Dans cette même correspondance, Ghislain mentionne le don par Joseph Bouchette au roi Guillaume IV à Brighton en 1832 de sa magnifique carte topographique, dans l’espoir que Whyte puisse savoir ce qu’il était advenu des originaux du célèbre dessin de Long’s Farm. J’aurais aimé que mon frère puisse voir les originaux en couleur que j’ai pu consulter et reproduire numériquement en 2006 à partir des Archives du Canada.

Donald Whyte a par la suite écrit un ouvrage intitulé A Dictionary of Scottish Emigrants to Canada Before Confederation, dans lequel figure une notice concernant Philip Long. [ii] Cette notice se lit comme suit :

« 4713 Philip Long À Que <1792 . Fermier. DC 2 mai 1980 »

Cette notice est issue d’une correspondance entre Ghislain Long et Donald Whyte. Il est peu probable que Ghislain ait jamais imaginé que les quelques informations qu’il avait fournies dans sa lettre se retrouveraient un jour publiées sous cette forme dans un livre ! Nous savons que cette notice provient de cette correspondance car (a) les lettres existent toujours et (b) Whyte fait référence à « DC ».” stands for “Dictionary Correspondence. Letters to the Author regarding emigrants to Canada contained in 9 lever-arch files.” 

Dans l’excellent ouvrage de Margaret Stuart, Scottish Family History: A Guide to Works of Reference on the History and Genealogy of Scottish Families [iii], nous n’avons trouvé aucune trace d’une famille Long en Écosse. Cependant, George F. Black, PhD, dans The Surnames of Scotland: Their Origins, Meaning and History [iv], mentionne notre nom de famille :

LONG. Nom de famille qui décrit le statut de son premier porteur. Johannes Longus, témoin d’une donation à l’hôpital de Soltre, vers 1180-1214 (Soltre, p. 5), est sans doute le même Johannes Longus qui fut témoin de la donation de Gillemoristun par Richard de Morevil, vers 1189 (REG., p. 39), et d’une charte d’Euerard de Pencathlan à Kelso, vers 1180 (Kelso, p. 370). William Longus possédait des terres près de Lynthonrothrik (vers 1200) (RHM., I, 3). Adam Long apparaît dans le Dumfriesshire vers 1259 (Bain, I, 2176 ; APS., I, p. 88). Gregory le Long était bourgeois de Dundee en 1268 (Balmerinoch, p. 25). Vers 1350, William Long fut témoin de la confirmation du rattachement de Snawdoun à Dryburgh (Dryburgh, 232).

Dans le Dictionary of English and Welsh Surnames with Special American Instances, de Charles Wareing Bardsley, M.A.,[v] on trouve l’entrée suivante :

Long. – Surnom « le Long », en raison de la stature du premier porteur ; cf. Longfellow et Longman ; cf. également Short, etc.

Henry le Longe, co. Bucks, 1273. A.

John le Longe, comté de Hunts, ibid.

Walter le Longe, comté de Salop., ibid.

Johanna Long, 1379 : P.T. Yorks., p.130

1536-7. Thomas Bolton et Mary Long : Licence de mariage (Londres), i. 9.

Londres, 75 ; New York, 124.

On trouve également, d’après le révérend Henry Barber, docteur en médecine, membre de la Society of America, British Family Names, Their Origin and Meaning with Lists of Scandinavian, Frisian, Anglo-Saxon and Norman Names[vi] :

Long. N.-Fr. (Normand français). De Longa, De Longues ; p.n. Voir aussi Prot. ref., Longon 1621, dans Rot. Hund.

Enfin, dans le Dictionnaire des émigrants écossais aux États-Unis, compilé et édité par Donald Whyte, F.S.A. Scot., L.H.G.,[vii] on trouve l’entrée suivante :

Long, Henry. De Galloway, Wigtonshire. À New York sur Gale, en provenance de Stranraer, le 16 mai 1774. Ouvrier. (T. 47/12).

Voici quelques exemples de personnes nommées Long en Écosse. Elles sont en effet très rares ! Comme Donald et moi-même l’avons supposé, il est possible que notre ancêtre soit en réalité originaire de Grande-Bretagne, mais que l’ascendance écossaise soit devenue une forme d’anglophone plus acceptable pour des descendants d’origine française !

Nous invitons le lecteur à consulter l’analyse de Donald sur l’immigration écossaise-irlandaise durant la période étudiée. C’est une étude exhaustive et très instructive du sujet. Malheureusement, nous poursuivons encore des recherches infructueuses pour identifier les origines possibles de notre ancêtre.

À ce stade, force est de constater que les origines écossaises de Philip ne peuvent être établies avec certitude ni de manière concluante, et qu’en réalité, des arguments importants peuvent être avancés pour contester cette partie de la tradition orale. Seuls le temps et des recherches complémentaires permettront de déterminer la validité de ces arguments.

Était-il protestant presbytérien ?

Il ne fait aucun doute que les documents attestent que Philip Long était protestant. Il s’agit là, à notre connaissance, du seul fait incontestable le concernant, qui fait partie intégrante de notre histoire familiale transmise oralement et qui est confirmé par un recensement. Gilles Long a consigné ce document dans son ouvrage « Depuis Québec jusqu’à Clair ». Le recensement, effectué sous l’égide de l’Église et ordonné par Mgr Plessis, indique qu’un certain « Phili Loan », qui, d’après d’autres analyses, est notre ancêtre, y est enregistré comme « protestant » [Voir le chapitre 6 pour plus de détails]. Nous ne pouvons pas spéculer pour l’instant sur une éventuelle conversion de Philip au catholicisme avant son décès en 1832.

Qu’il soit d’origine écossaise ou britannique, le fait qu’il se soit marié dans une église anglicane avec une catholique confirme presque assurément son appartenance au protestantisme. Cependant, l’appartenance de Philippe au sein du protestantisme est beaucoup plus controversée. Gilles Long relève dans son ouvrage « Depuis Québec jusqu’à Clair » plusieurs passages où le mariage de Philippe avec Marie-Julie est qualifié de « légitime », ce qui indique que cette union avait été régularisée d’une manière ou d’une autre par l’Église. Rien ne prouve, de son vivant, que Philippe se soit converti au catholicisme.[viii] Il fut néanmoins inhumé dans le seul lieu de sépulture disponible près de Clair à l’époque de son décès : le cimetière paroissial de Sainte-Luce, un cimetière de mission catholique. [Note : Mgr Lang fut le premier à découvrir l’emplacement exact de la sépulture de Philippe et Marie-Julie à Sainte-Luce.]

On sait que des accords spécifiques existaient entre les différentes confessions protestantes et l’Église catholique pour autoriser les mariages mixtes, comme celui célébré à la cathédrale de la Sainte-Trinité de Québec entre Philippe et Marie-Julie. Nous savons que les catholiques et les anglicans ont entretenu des liens liturgiques plus étroits que les autres confessions, et que l’Église anglicane a perpétué la même tradition de succession apostolique que l’Église de Rome. Des recherches complémentaires seront nécessaires pour déterminer si de nombreux mariages mixtes étaient célébrés à la cathédrale à cette époque, si des dispositions particulières avaient été prises à cet effet, ou si ces unions étaient réservées aux anglicans et aux catholiques, et non ouvertes à tous les protestants et catholiques.

Le lecteur se demandera peut-être pourquoi cette question est importante. En réalité, si Philippe était anglican, et non un autre protestant, y compris luthérien, il est difficile d’imaginer qu’il n’aurait pas été anglais. L’Église d’Angleterre était aux Anglais ce que l’Église presbytérienne était aux Écossais : LEUR Église, et les échanges entre les différentes confessions étaient rares à cette époque. Le racisme et l’ethnocentrisme étaient monnaie courante dans la société anglaise de l’époque, et les clivages sociaux et de classe étaient fréquents. Donald Long, dans son ouvrage Origins, avance un argument convaincant : le loyalisme et la religion étaient intimement liés.[ix]

Par ailleurs, les relations entre anglicans et presbytériens n’ont jamais été particulièrement chaleureuses ni collégiales. Voici la situation dans l’Amérique coloniale, et plus précisément en Pennsylvanie : « Les Six Comtés, largement vidés de leurs populations autochtones et peuplés de protestants anglo-écossais un siècle plus tôt, ainsi que les deux comtés septentrionaux d’Antrim et de Down, déjà majoritairement écossais, commencèrent à s’agiter. L’establishment anglican, qui excluait les presbytériens de la pleine citoyenneté, du fait que leur croyance était la religion officielle de leur patrie écossaise, constituait un grief tout à fait justifié.»[x]

Ainsi, les informations de Mgr Lang reposent en réalité sur une conviction et une déduction, comme indiqué dans son ouvrage, selon lesquelles Philip était très probablement un protestant presbytérien, compte tenu de ses origines écossaises. Puisque nous savons, d’après ses écrits (et il convient de citer textuellement la page 14), que « d’après les informations les plus plausibles, il est né en Écosse, de parents protestants, vers 1757 » [traduction libre et italiques absents du texte original]. Bien sûr, à la page 18, nous apprenons que pour certains, Philip était né en Écosse, tandis que pour d’autres, il était né à Philadelphie ! Dans le même paragraphe, nous découvrons pourquoi Mgr Lang, et en fait tous ceux qui s’intéressaient à cette affaire, pensaient que Philip était protestant presbytérien : « Nous savons avec certitude qu’il était protestant, probablement presbytérien, comme la plupart des Écossais de son époque. » Mgr Lang, comme beaucoup d’entre nous, souhaitait ardemment compléter le récit de la vie de notre ancêtre, mais déduire qu’il était presbytérien à partir d’une autre supposition ne suffit pas à le prouver.

Finalement, nous devons nous contenter du seul fait connu concernant Philip : il était protestant et pouvait être presbytérien ou anglican. Nous encourageons le lecteur à se forger sa propre opinion après la lecture de ce passage, ainsi que des sections pertinentes de l’ouvrage Origines de Donald Long ou des passages de Gilles Long consacrés à Philip Long.

A-t-il émigré avec ses parents vers les colonies américaines et la Nouvelle-Angleterre ?

L’ouvrage Origines de Donald Long a étudié cette question de manière très approfondie et nous invitons le lecteur à s’y référer comme point de départ. Mes propres recherches, menées au fil des ans, pour identifier d’éventuelles sources attestant du voyage transatlantique de Philip sont restées vaines. Dans ce cas précis, il est difficile de contester ou de proposer des alternatives à la tradition orale, puisqu’il est impossible, à l’heure actuelle, de confirmer ou d’infirmer ces informations.

Quant aux alternatives, un seul élément d’information nous permet de déterminer la légitimité et la validité de cette hypothèse. Cet élément, qui sera détaillé plus loin dans cet ouvrage, est l’enrôlement de notre ancêtre soit dans les West Florida Royal Foresters en 1780-1781, soit dans le King’s American Regiment durant l’été-automne 1782. Comment un émigrant européen, arrivé entre sa naissance et son enrôlement dès 1780, a-t-il pu se retrouver à Pensacola, en Floride occidentale britannique, ou à Savannah, en Géorgie ? C’est pourquoi nos recherches se poursuivent sans relâche dans notre passé, afin de trouver des liens entre ces différentes données apparemment sans rapport.

Il est probable que Philip n’ait débarqué que dans quelques ports, seul ou accompagné de ses parents : Falmouth (aujourd’hui Portland, dans le Maine), Boston (dans le Massachusetts), Philadelphie (en Pennsylvanie), Baltimore (dans le Maryland) ou New York (dans l’État de New York). Au fil des ans, les chercheurs ont examiné de nombreuses listes de passagers, et voici celle que Ghislain Long a dressée, recensant les candidats potentiels pour Philip ou ses frères et sœurs.

Un grand nombre de sources d’information ont été consultées au fil des ans pour rechercher le nom Long en Pennsylvanie. Nous renvoyons le lecteur à l’annexe 15.

La Pennsylvanie est de loin la meilleure option pour les chercheurs souhaitant retrouver notre ancêtre si nous nous concentrons sur la tradition orale. Malgré les nombreuses incertitudes quant à la validité des témoignages oraux dont nous disposons, cette piste reste la plus prometteuse à ce jour et doit demeurer un axe de recherche prioritaire. Malheureusement, même les dates fournies par la tradition orale ne nous sont pas d’une grande aide dans cette recherche, comme nous le verrons dans la section suivante.

Il est impossible pour le moment d’éliminer certains de ces candidats tant que nous n’aurons pas une idée précise de l’année de naissance probable de Philip Long. Ce sera l’objet d’une des sections suivantes.

Est-il né à Philadelphie ou y a-t-il seulement vécu ?

Comme le lecteur le comprendra sans doute, le principal défi de l’histoire orale réside dans son imprécision. Mgr Lang nous présente les deux possibilités, les laissant, en substance, aussi plausibles les unes que les autres (du moins selon notre interprétation). Je sais que mon frère Ghislain, pendant une longue période de ses recherches, a cru que Philip était né à Philadelphie. Bien sûr, sans la moindre preuve, Ghislain a ensuite exploré d’autres pistes, notamment celle de sa naissance à New York, en Virginie, en Caroline du Nord et finalement en Géorgie ! Un fantôme n’aurait pas plusieurs vies.

Philadelphie a toujours bénéficié d’une grande sympathie de la part de la famille comme lieu de naissance probable de Philip. Aucune mention de Philadelphie n’apparaît dans la correspondance adressée aux Archives nationales entre 1930 et 1975 ; il est donc difficile de déterminer à quel moment la famille a privilégié cette hypothèse pour expliquer ou documenter les origines de Philip. Nous savons, et Donald Long a de nouveau fourni de nombreuses recherches à ce sujet, que la famille Long est très nombreuse en Pennsylvanie. Malheureusement, la grande majorité des Long ou Lang de Pennsylvanie sont d’origine allemande ou palatinate. Aucun de ces groupes ethniques européens n’a jamais été utilisé pour décrire notre ancêtre ! Bien sûr, dès lors que l’origine écossaise de notre ancêtre est mise en doute, l’hypothèse allemande peut être envisagée ! Nous pensons personnellement qu’elle est extrêmement improbable, mais pas impossible. D’après Origines et de nombreuses autres sources, nous savons que les Écossais-Irlandais étaient également présents en grand nombre en Pennsylvanie, ce qui est très rassurant car cela nous fournit un cadre de référence.

Déterminer le lieu de naissance de Philip, ou confirmer qu’il a vécu à Philadelphie, représente une avancée majeure par rapport à nos connaissances actuelles. Philadelphie était un centre urbain important de l’Amérique coloniale, mais son périmètre est géographiquement délimité, ce qui permet une recherche beaucoup plus ciblée qu’à l’échelle de la Pennsylvanie. De même, en restreignant notre champ de recherche aux dates, nous pourrons encore affiner nos estimations.

A-t-il accompli son acte de bravoure à l’âge de 18 ans ?

D’après Mgr. Lang dans son Mon Ancêtre Philip Long, [et nous souhaitons citer dans l’intégralité quelques sections clés afin d’être prudents et clairs sur l’histoire orale que nous sommes sur le point d’utiliser comme base pour notre prochaine section], les informations sur les origines de Philip Long peuvent être résumées comme suit :

«Pour situer aussi exactement que possible, dans son temps, l’homme remarquable que fut Philip Long, il importe de dire tout de suite que d’après les renseignements les plus plausibles, il serait né en Écosse, de parents protestants, vers l’année 1757. Dans son jeune âge il aurait émigré dans les États de la Nouvelle-Angleterre, demeurant à Philadelphie.

Selon la tradition orale, seule source de renseignements à ce sujet, Philip avait dix-huit ans lorsqu’il a accompli un acte de bravoure sensationnel, un acte d’héroïsme.

Or dans une de ses lettres, dont nous parlerons plus tard, il fait nettement allusion à cet acte de bravoure qu’il avait accompli en l’année. 1775.”[xi]

[Traduction libre]

« Pour situer le plus précisément possible le parcours de cet homme remarquable qu’était Philip Long, il est important de préciser d’emblée au lecteur que, selon les informations les plus plausibles, il serait né en Écosse, de parents protestants, vers 1757. Dans sa jeunesse, il aurait émigré aux États-Unis, dans les États de la Nouvelle-Angleterre, et se serait installé à Philadelphie. »

D’après la tradition orale, unique source d’information sur ce sujet, Philip aurait eu 18 ans lorsqu’il accomplit son acte de bravoure – un véritable acte d’héroïsme.

Il fait d’ailleurs explicitement référence à cet acte de bravoure accompli en 1775 dans l’une de ses lettres.

Cette section du livre de Mgr Lang nous montre, comme nous l’avons souligné dans les sections précédentes, que l’histoire orale peut présenter plus de difficultés que de réponses lorsqu’il s’agit de retracer les origines de ses ancêtres :

Le mélange de faits avérés (par exemple, une ascendance écossaise) et de faits potentiellement déduits (par exemple, « presbytérien protestant » plutôt que « protestant ») soulève des interrogations quant à la crédibilité du récit ; il s’agit toutefois d’histoire orale et elle doit être considérée comme telle.

Jeune homme, Philip aurait émigré vers les colonies américaines, dans la région de la Nouvelle-Angleterre, et aurait vécu à Philadelphie. Le terme « jeune homme » n’est jamais défini dans l’ouvrage de Mgr Lang. L’ouvrage de Lang, ainsi que mes propres souvenirs de conversations avec Rosario Lang ou Ghislain Long, n’ont jamais restreint la notion de « jeune » à un âge précis ; par conséquent, Philip aurait pu avoir n’importe quel âge inférieur à 18 ans et être considéré comme un jeune.

Quant à l’acte de bravoure et d’héroïsme accompli par Philip à l’âge de 18 ans, il est impossible aujourd’hui de contester ce fait dans le cadre de la tradition orale, car quiconque aurait pu entendre ce « fait » à l’époque où les descendants de Philip vivaient encore n’est évidemment plus parmi nous.

1757 – date possible de la naissance de Philip Long

L’année de sa naissance – 1757 – est manifestement une déduction et non un fait distinct dans le contexte de la tradition orale. Après avoir lu attentivement et à plusieurs reprises l’ouvrage de Mgr Lang, il apparaît clairement qu’il s’agit du résultat d’un calcul : soustraire l’âge de Philip (18 ans) au moment où il aurait commis son acte de bravoure de la date à laquelle il aurait « commencé » sa « participation » à la Révolution américaine, soit 1775.

À notre humble avis, la date de 1775 a été mal interprétée. Mgr Lang a raison d’affirmer que Philip Long la mentionne dans sa lettre au gouverneur Drummond en 1816. Cependant, le texte de cette lettre est clair : Philip y fait référence comme au début de ses épreuves et tribulations en tant que loyaliste, sans mentionner explicitement son acte d’héroïsme, ni même le début de son service militaire ou autre au nom de la Couronne cette année-là. Cet acte a donc pu être commis en 1775 ou ultérieurement, peut-être lors de son enrôlement (par exemple, entre 1780 et 1781). Impossible d’en être certain, mais nous ne pouvons affirmer avec certitude que 1775 soit l’année de son acte de bravoure. Il est toutefois peu probable que cet acte d’héroïsme ait été accompli avant 1775 !

Les écrits de Mgr Lang reposent principalement sur la tradition orale concernant l’acte de bravoure de Philippe à l’âge de 18 ans. Il convient de respecter cette information, car aucun élément connu ne la contredit clairement. Toutefois, des difficultés surgissent lorsqu’on tente de concilier d’autres éléments de cette tradition orale avec des documents et des preuves afin d’établir la crédibilité de ce point précis de la vie de Philippe. Nous consacrerons les pages suivantes à l’étude de cette tradition orale à cet égard.

Notre point de départ est la description de l’acte de bravoure de Philippe. Nous la reproduisons d’abord en français, puis nous en proposons une traduction libre. Le merveilleux récit de Lang sur cet épisode important de la vie de notre ancêtre :

« Du côté des Loyalistes, Philip Long, jeune homme fort, robuste, âgé de dix-huit ans seulement, connu pour sa bravoure, son audace même, offrit ses services pour la fonction d’éclaireur.  Il fut alors envoyé dans le secteur le plus dangereux, le plus surveillé par les sentinelles ennemies, afin d’y recueillir des informations précieuses pour les siens.

Parti donc à l’aventure pour accomplir sa mission délicate et ultra dangereuse, le jeune « éclaireur » tomba à l’improviste sur un groupe d’émissaires ennemis, composé de soldats patriotes et d’indiens (sauvages) au pied agile, transportant un précieux colis (sac de malle) contenant des ordres secrets militaires envoyés à leurs armées en campagne.

Vif comme l’éclair, le jeune éclaireur Philip, que les soldats ennemis avaient pris pour un coureur des bois ordinaire saisit le précieux « sac de malle », sous les yeux ébahis et stupéfiés des gardiens, et s’enfuit avec la rapidité du chevreuil affolé, dans la forêt épaisse de ces temps-là.

Il va sans dire que les Indiens au regard perçant, et au pied agiles, ainsi que les soldats de garde ainsi mystifiés, saisis de fureur à la vue de ce qui venait de se passer sous leurs yeux, se lancent à la poursuite du rapide éclaireur de l’armée ennemie. Divisés en plusieurs escadrons, les pourchasseurs prennent chacun une direction différente, bien déterminés à capturer le téméraire ravisseur.

Mais dès le début de la fuite dans la forêt, notre héros avait déjà pris une avancée remarquable sur les ardents poursuivants, et était hors d’atteinte immédiate. Il erra dans la forêt dense pendant trois jours et trois nuits, sans nourriture autre que des petits fruits sauvages, escaladant montagnes et collines abruptes, traversant ruisseaux torrentueux et rivières, sans se lasser, pour échapper définitivement à la meute lancée à sa poursuite, et bien déterminé à le capturer.

Malgré un épuisement total, notre héros de dix-huit ans, avec la joie sereine du triomphateur, livra son précieux colis de dépêches, documents ultra secrets, à ses chefs militaires, leur procurant d’inappréciables avantages.

Pour un coup d’audace, de bravoure, digne des exploits des commandos de nos jours, c’en était un de taille.”  [xii]

[Traduction libre]

« Du côté loyaliste, Philip Long, un jeune homme robuste de dix-huit ans, réputé pour sa bravoure, voire son audace, offrit ses services comme éclaireur. Il fut envoyé dans un secteur des plus dangereux, étroitement surveillé par l’ennemi, afin d’y recueillir de précieux renseignements.

Notre jeune éclaireur partit à l’aventure pour accomplir sa mission difficile et périlleuse, mais il tomba sur un groupe d’émissaires ennemis, composé de patriotes et d’Indiens rapides comme l’éclair, qui transportaient un précieux paquet de courrier contenant des ordres militaires secrets pour les armées patriotes stationnées dans la région.

Rapide comme l’éclair, Philip, notre jeune éclaireur, que les troupes ennemies avaient pris pour un simple éclaireur, s’empara du sac de courrier, sous le regard vigilant mais surpris de ses gardes, et s’enfuit dans la forêt dense comme un cerf pris de panique.

Tous, des agiles Indiens au regard perçant aux gardes encore abasourdis, se lancèrent à la poursuite de notre héros, furieux de ce qui venait de se produire sous leurs yeux. Ils se séparèrent en plusieurs groupes. » Poursuivi de toutes parts par des assaillants déterminés à capturer notre as de l’évasion, notre héros, pourtant, avait pris une avance considérable dès le départ, se trouvant ainsi hors de portée immédiate. Il erra dans la forêt pendant trois jours et trois nuits, sans autre nourriture que quelques baies, escaladant des montagnes et traversant des ruisseaux sans se fatiguer, jusqu’à échapper complètement à ses poursuivants.

Malgré l’épuisement total de ses aventures, notre héros de dix-huit ans, avec une immense joie et un sentiment de triomphe, remit son précieux sac de courrier secret à ses chefs militaires, leur offrant ainsi un avantage inestimable.

Ce récit regorge de détails pittoresques et palpitants qui captivent l’imagination. S’agissant d’une histoire familiale, un chercheur objectif pourrait en rejeter une grande partie, la considérant simplement comme le récit enthousiaste de descendants désireux de glorifier leur ancêtre ! Personnellement, j’apprécie le ton et la richesse du texte : coloré et divertissant, il témoigne d’un grand respect pour la tradition. Bien que certains aspects du récit soient probablement exagérés, nous savons aujourd’hui qu’il y a certainement une part de vérité non négligeable dans cette histoire. Son cœur réside dans le vol d’un important paquet de courrier aux Patriotes, vraisemblablement pendant le conflit, et son transport jusqu’au camp britannique afin de leur conférer un avantage militaire. Cette preuve documentaire figure dans le rapport Dean et Kavanagh de 1831. Ces auteurs, s’appuyant probablement sur la description de Philip Long faite par d’autres, ont écrit le passage important suivant :

« La propriété de North Bank appartient à Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, depuis lors, a été employé jusqu’à il y a quelques années, à transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il a commencé à s’y installer en 1828 et y réside toujours. » [xiii]

Quel passage extraordinaire ! Comme nous aimerions avoir un récit de première main de cette histoire racontée par le héros lui-même !

Pour illustrer l’importance d’un tel acte, citons William Smith dans son ouvrage Histoire du service postal en Amérique du Nord britannique :

« De 1779 à 1782, neuf paquebots stationnés dans les différents comptoirs d’Amérique du Nord furent capturés, et sept furent plus ou moins gravement endommagés. On peut se faire une idée de l’ampleur des dégâts causés au service de paquebots pendant la guerre d’Indépendance en constatant que, sur les cinq navires stationnés à New York en 1777, quatre furent pris et un endommagé. Sur le sixième comptoir indien, quatre furent pris et un endommagé, et sur les trois navires stationnés en Caroline, deux furent pris. L’importance de ces faits et leur influence sur l’issue de la guerre n’ont pas encore reçu l’attention qu’ils méritent.» [xiv]

Mgr Lang a écrit que cette partie de l’histoire orale s’était transmise de génération en génération. Son texte est sans équivoque. Mgr Lang s’est appuyé sur un seul document pour étayer cette partie de l’histoire orale, affirmant que Philip avait bien dix-huit ans lorsqu’il a commis cet acte. Dans une lettre adressée au gouverneur Drummond en 1816, Philip Long a écrit :

Dans cette lettre, Philip exprime ses profondes émotions face à sa situation et à celle de sa famille, en cette période de grande détresse. Le passage clé pour notre propos est celui où il mentionne : « Nombre de personnes respectables savent combien j’ai fait et souffert depuis 1775 pour mon roi et ma patrie… ».

Figure 2 – Lettre de Philip Long à Sir John Coape, Lord Sherbrooke, Gouverneur général, datée du 4 septembre 1816. [xv]

Il s’agit du seul document connu où Philip mentionne une date aussi importante que 1775. Mgr Lang a interprété cette date comme signifiant que Philip était entré en guerre à ce moment précis. Compte tenu de la tradition orale qui rapporte que Philip avait 18 ans lorsqu’il accomplit son acte de bravoure, il était donc logique de déduire qu’il était probablement né en 1757. Cette déduction est à la base de notre conviction, partagée par Mgr Lang, selon laquelle Philip serait né cette année-là et aucune autre.

En l’absence de preuves supplémentaires, il serait impossible de rejeter la tradition orale concernant son âge au moment de l’acte de bravoure. Cependant, nous estimons que cette version est, à tout le moins, suspecte :

il est fort possible que plusieurs générations de Long aient cru que cet exploit avait eu lieu lorsqu’il avait 18 ans, car il aurait dû être jeune pour accomplir physiquement l’exploit décrit par Mgr Lang ;

l’âge probable de l’enrôlement pouvait être estimé à 18 ans en raison des règlements, bien que nous sachions maintenant que des hommes de moins de 18 ans se sont enrôlés pendant le conflit ; et

cela pourrait correspondre à une idée préconçue concernant le cycle de vie naturel des soldats ou des jeunes hommes de l’époque : on naissait, on travaillait à la ferme ou on apprenait un métier très jeune, et en cas de guerre, on s’enrôlait officiellement dès l’âge de 17 ans, voire parfois plus tôt. Il aurait été inconcevable pour les membres de la famille Long de croire que Philip ait pu avoir 33 ans au moment de cet acte de bravoure (si tant est qu’il ait été commis en 1775), compte tenu de son acte de décès et d’autres documents (présentés plus loin dans cet ouvrage), ou même 39 ans si cet acte a eu lieu la même année que la date connue de son enrôlement dans un régiment militaire provincial !

Que penser de la tradition orale selon laquelle il avait 18 ans lors de cet acte de bravoure ? Cette hypothèse reste plausible, faute d’informations directes ou contradictoires permettant de la réfuter. Notre premier objectif est de…herefore to reconcile this fact with documentary evidence.  Mgr. Lang deduced that by the most reasonable calculations: if Philip was 18 when he committed his act of bravery, and that he committed this act in 1775 (of which there is no evidence, not even oral history except a likely misinterpretation of Philip’s own letter of 1816), Philip must therefore have been born in 1757!  Voilà – a circuitous series of juxtaposed facts and suppositions to establish a whole new fact about our ancestor’s life!  Of course, we all sometimes make assumptions in the process of building hypotheses but the stature of Mgr. Lang and the fact that his book is the only existing account of Philip’s life (except the website, John Lang’s translation and adaptation and Gilles Long’s book) means that it has actually been elevated from a hypothesis to a fully documented and accepted fact. 

Nous devons ici préciser notre point de vue : cet auteur et chercheur ne croit plus que 1757 soit l’année de naissance de Philippe. Nous espérons que le lecteur partagera notre interprétation après l’examen, dans les deux sections suivantes, de deux éléments fondamentaux concernant la vie de Philippe. Dès lors que l’année de naissance est jugée non crédible, l’hypothèse qu’il avait dix-huit ans lors de son acte de bravoure devient impossible – à moins, bien sûr, de considérer que Philippe aurait accompli cet acte en 1760 plutôt qu’en 1775 !

En réalité, une autre possibilité existe : Philippe aurait pu être impliqué comme messager dès le début du conflit et son acte aurait alors été motivé par son soutien à un gouvernement qui avait sollicité son aide et celle d’autres personnes. Lors de l’invasion du Canada par les Américains en 1775, Finlay rédigea un engagement que les maîtres des postes devaient signer. Par cet engagement, ils s’engageaient à défendre le pays contre les ennemis du roi, à fournir au gouvernement toutes les informations utiles en leur possession et à assurer fidèlement le transport du courrier. Tous les maîtres des postes, à l’exception de trois, signèrent cet engagement. [xvi] C’est à partir de ces efforts que commença le processus de transformation du système nord-américain de transport du courrier en un système exclusivement britannique. Bien entendu, cet acte de bravoure serait considérablement modifié dans cette perspective. Notre objectif est simplement de montrer que cet acte est cohérent avec d’autres que le gouvernement britannique présentait comme des actes de fidélité et de « loyauté » exemplaires.

Nous estimons que les preuves documentaires en faveur d’une autre date de naissance sont extrêmement convaincantes. Ces documents sont : (1) le recensement de 1831 effectué à Clair et (2) l’acte de décès. Ces deux documents confirment une date de naissance bien antérieure à 1757, date généralement admise et déduite par Mgr Lang dans son ouvrage. Cette nouvelle interprétation de la date de naissance implique une réévaluation de l’âge de Philip lors de son acte de bravoure.

[i] Journal des Missions, sdfsdf.

[ii] Donald Whyte, A Dictionary of Scottish Emigrants To Canada Before Confederation, Ontario Genealogical Society, Toronto, 1986, Volume I : 1986 ; p. 166. Dans le volume I, on trouve une entrée supplémentaire sous Long : « 4712 Archibald Long. A servi dans le 82e régiment et a reçu une concession de terres dans le comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse, en 1784. HPC, annexe F. » Dans le volume II, on trouve une seule entrée : « 4358 Long, Christopher. Arrivé au canton de Mosa, comté de Middlesex, en Ontario, vers 1841 ; a partagé le lot 26, 1er rang nord, avec sa famille. Agriculteur. OGF 26, 167. »

[iii] Margaret Stuart, Scottish Family History: A Guide to Works of Reference on the History and Genealogy of Scottish Families, Genealogical Publishing Company, Inc., Baltimore, 1979.

[iv] George F. Black, Ph.D., The Surnames of Scotland: Their Origins, Meaning and History, New York Public Library (Première édition, 1946, Réimpression 1979).

[v] Charles Wareing Bardsley, M.A., Dictionary of English and Welsh Surnames with Special American Instances, Genealogical Publishing Co., Inc., Baltimore, 1980.

[vi] Révérend Henry Barber, M.D., F.S.A., British Family Names, Their Origin and Meaning with Lists of Scandinavian, Frisian, Anglo-Saxon and Norman Names. Réédité par Gale Research Company, Book Tower, Detroit, 1968.

« Long. N.-Fr. (Français normand). De Longa, De Longues; p.n. Également réf. Prot., Longon 1621, dans Rot. Hund. »

[vii] Donald Whyte, Un dictionnaire des émigrants écossais aux États-Unis, page….

[viii] Gilles Long, Depuis Québec Jusqu’à Clair – Mes ancêtres – La Lignée Couillard, 2001..

[ix] Donald Long, Origines, pp. 32-33.

[x] A. G. Bradley, The United Empire Loyalists: Founders of British Canada, Thornton Butterworth Limited, Londres, page 19.

[xi] Mgr. Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, page 14.

[xii] Mgr. Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, pages 19-20.

[xiii] Deane et Kavanagh, Rapport, page 10.

[xiv] William Smith, Histoire du bureau de poste en Amérique du Nord britannique, p. 73.

[xv] Lettre de Philip Long à Lord Sherbrooke, datée du 4 septembre 1816 et écrite à l’extrémité du lac Témiscouata. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 622.

[xvi] William Smith, Histoire du bureau de poste en Amérique du Nord, page 75.