Famille au Bas-Canada avant le Lac Témiscouata (1792-1808)

 

La famille Couillard-Després

L’ouvrage de Gilles Long, Depuis Québec jusqu’à Clair, est à mon avis l’étude de référence sur la famille Couillard au Québec. Nous recommandons vivement sa lecture pour comprendre l’histoire, la généalogie et l’importance des familles Couillard et Couillard-Després dans l’établissement de la Nouvelle-France.

Figure 66 – Armorial de la Famille Louis Couillard de L’Espinay. Source : Armorial du Canada Français.

Marie-Julie Couillard Després – Naissance en 1776

Naissance de Marie-Julie Josephte Couillard-Després à Montmagny, Québec le 7 novembre 1776. Elle était la fille d’Emmanuel Couillard-Després, capitaine de la milice locale du Cap St-Ignace (sources : Gilles Long).

Figure 67 – Acte de baptême de Marie-Julie Josephte Couillard-Després 1776 – Images originales Source : Gilles Long

Bouchette – agrandissement de sa carte – Cap St-Ignace

À cette époque, Philip était courier. Il déclara résider au Cap Saint-Ignace, où se trouvait un poste de relais géré par le capitaine de milice local, Emmanuel Couillard-Després. Il est fort probable que ce soit ainsi que Philip et Marie-Julie se rencontrèrent.

Né en 1742, Philip avait 50 ans en 1792, un âge avancé pour un messager. Il utilisait probablement un cheval pour parcourir la distance entre Québec et l’entrée du portage, et pouvait également s’en servir pour une grande partie du trajet jusqu’au lieu de transbordement, qui deviendra plus tard Long’s Landing Place.

Mariage de Philip Long et Marie-Julie Couillard Després en 1792

Le 6 décembre 1792, Philip Long, de Cape Saint-Ignace, épousa Marie-Julie Couillard-Després, de la paroisse de L’Islet, en l’église de la Sainte-Trinité de Québec, principale église anglicane.

Le ministre officiant était David Francis De Montmollin, et David Higginbotham (marchand), Andrew Johnston (tonnelier) et Murdoch MacKenzie (tonnelier) étaient témoins.

Exemplaire original de l’acte de mariage de Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després

Figure 68 – Contrat de mariage original entre Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després, 1792 – Source : Ghislain Long.

Les liens de Philip avec Higginbotham étaient probablement d’ordre commercial et personel. Higginbotham, un Amérindien qui avait autrefois été messager et se présentait comme « marchand », avait été le premier colon à s’installer précisément à l’endroit où Philip Long allait établir son foyer, à l’extrémité du lac Témiscouata. MacKenzie était écossais et son histoire est fascinante. Philip était capable de signer et, d’après une correspondance ultérieure, nous savons qu’il maîtrisait bien la grammaire et la langue ; un visiteur a même qualifié son anglais oral de « correct ». Julie, quant à elle, ne pouvait pas signer, mais a fait une marque, une pratique courante à l’époque. Le lien probable entre Philip et Julie, celui qui les a réunis, était le père de Julie, Emmanuel Couillard-Després, capitaine de la milice locale et responsable du poste de relais, une sorte d’auberge où l’on pouvait changer de chevaux durant le long périple le long du Saint-Laurent.

Dans un document joint au récit du premier voyage de Pierre Durand de Québec à Halifax sous le nouveau système postal (après la Révolution américaine), figure une liste de divers postes de relais, dont celui de L’Islet, géré par « E. Després » ! Ce sujet est traité plus en détail au chapitre 5.

La version ci-dessus du certificat de mariage a circulé parmi les membres de la famille pendant des années. Il s’agit manifestement d’une transcription de l’original – une copie conservée dans un livre séparé en cas d’incendie, etc.

Figure 69 – L’église des Jésuites – Des offices anglicans y furent célébrés de 1796 à 1804 – Démolie en 1807 – Vue depuis le séminaire – Source : Ghislain Long

Emplacement de l’ancienne chapelle des Récollets et du couvent, place d’Armes (angle rue Saint-Louis). Les Pères Récollets, premiers missionnaires en Nouvelle-France, arrivèrent en 1615. Après avoir obtenu l’autorisation de Mgr de Saint-Vallier, ils acquirent un terrain dans la Ville Haute en 1681 pour y construire un couvent et une chapelle. Ces deux édifices furent détruits par un incendie en 1796.

Figure 70 – Cathédrale de la Sainte-Trinité – Extrait d’une brochure officielle – Source : Ghislain Long

Après la Conquête, ces lieux devinrent propriété du gouvernement. Le terrain où se trouvait le
couvent devint l’emplacement du palais de justice qui, construit en 1800, fut détruit par un incendie en 1873 puis reconstruit. Il abrite aujourd’hui le ministère des Finances du Québec. Le terrain où se dressait la chapelle fut choisi pour la construction de la cathédrale anglicane, consacrée en 1804. L’orme bicentenaire, à l’ombre duquel les Récollets enseignaient le catéchisme aux Amérindiens, est devenu un mémorial, et son bois a servi à la fabrication du trône épiscopal de la cathédrale de la Sainte-Trinité.

Plus tard, Mary Julie eut une autre occasion de mettre à profit ses expériences d’enfance lorsque Philip et sa famille furent installés par le directeur général des postes à l’extrémité du lac Témiscouata, dans le but précis d’héberger les voyageurs et de transporter le courrier anglais dans la région, entre Fredericton et Québec. La ferme Long, immortalisée par une lithographie de Bouchette, fut également décrite comme un « hôtel » dans la brochure du centenaire de Cabano.

Gilles Long nous apprend que ce mariage fut une union interculturelle et interreligieuse remarquable. DeMontmollin était un recteur franco-suisse de l’Église anglicane. Philip, si l’on en croit la tradition orale, était écossais et probablement presbytérien. Marie Julie était catholique, tandis que Murdoch McKenzie était un protestant converti au catholicisme ! De plus, la cérémonie eut lieu dans une église anglicane qui avait autrefois servi de chapelle catholique !

Figure 71 – Photo de l’autel et du vitrail oriental de la cathédrale de la Sainte-Trinité, Québec, Canada. – Source : Ghislain Long

Musée McCord de l’histoire du Canada

C’est à Québec que le révérend David François de Montmollin arriva en 1768 à la demande du roi George III. Né en 1721 à Montmollin et Valengin, près de Neuchâtel, en Suisse, il avait étudié la médecine à Bâle, Leyde et Londres et avait été ordonné prêtre anglican à Londres en 1768. À son arrivée à Québec, le Bas-Canada ne comptait que 200 protestants, pour la plupart des soldats démobilisés, tandis que 80 000 « nouveaux sujets » d’origine française y avaient immigré.

Le révérend de Montmollin parlait français et très peu anglais. Le roi le choisit pour desservir l’Église anglicane de Québec, persuadé que de Montmollin réussirait à convertir les catholiques français au protestantisme. Il avait une congrégation d’au plus 19 personnes et officiait dans un monastère franciscain jusqu’à ce qu’il transfère son ministère à l’église de la Trinité. De 1768 à 1770, il rapporta : « 80 inhumations, 78 baptêmes, 29 mariages et 2 conversions ». Il eut trois fils, dont Jean Samuel et Jean Frédéric, qui émigrèrent à Vergennes, au Vermont.

L’image suivante représente le couvent et l’église des Récollets, d’après un dessin de 1760. L’église d’origine fut détruite par un incendie le 6 septembre 1796.

Figure 72 – L’église des Récollets – Intérieur tel qu’il apparaissait en 1760, après le siège de Québec. – Source : Ghislain Long

Voici une version couleur de la photo ci-dessus, tirée du site web de Pierre McKenzie, descendant de Murdoch McKenzie.

Figure 73 – Même vue de l’intérieur de l’église des Récollets, œuvre de Richard Short (1761). Source : Site web http://www.pmckz.com/genealogie/biographie_murdoch/ (Bibliothèque et Archives Canada C-000353).

La cathédrale anglicane actuelle a été construite entre 1800 et 1804, après qu’un incendie eut détruit l’édifice d’origine.

Figure 74 – Dessin du Couvent des Récollets par Joseph Bouchette, le 21 février 1802 – Source : Benoît Long, Collection Archives Canada.

Gilles nous apprend également que beaucoup ont longtemps cru que Philip, compte tenu de son âge avancé, avait pu avoir une seconde famille quelque part, aux États-Unis ou au Canada. Un certain Philip Long, soldat, avait épousé Angélique Carpillet à Montréal en 1785. Grâce au programme PRDH, Gilles a pu écarter cette possibilité, car Philip était en fait un « Lang », d’origine allemande, et avait servi au sein du 34e Régiment britannique. Ce couple a fondé une famille à Montréal au même moment où Philip et Julie en élevaient une autre sur la rive sud du Saint-Laurent. Ghislain avait également découvert un document mentionnant l’internement d’un certain Philip Lang à l’asile de Sorel, où il décéda en 1828. Il s’agit probablement du même Philip que celui qui épousa Mme Carpillet.


L’Islet du Portage – Premier foyer de la famille Long

Les débuts d’une nouvelle famille

Nous savons que la famille Long s’est d’abord établie à L’Islet. La preuve est formelle : Marie-Julie y est née. Nous recommandons au lecteur l’ouvrage de Gilles Long, De Québec jusqu’à Clair – Mes ancêtres Couillard-Després, pour une description beaucoup plus détaillée et pertinente de la famille Couillard-Després.

Il est clair que la famille Couillard-Després avait des liens étroits avec la région et qu’elle avait joué un rôle important en tant que pionnière et propriétaire terrienne dans la création de communautés tout au long du Saint-Laurent, particulièrement en aval de Montmagny. L’événement familial marquant de leur séjour à L’Islet fut la naissance de leur premier enfant, Marie-Julie.

Figure 75 – Îlet du Portage d’après la carte topographique de Joseph Bouchette (1815)

Naissance de Marie-Julie Long en 1794

La première née de l’union de Philippe et Marie-Julie est baptisée à l’Islet, Québec, le 6 mars 1794.  Elle est baptisée Marie-Julie Long. Voici le texte original du certificat :

« L’an mil sept cent quatre Vingt quatorze Le Six de mars par (L’Islet) nous Curé de L’îlette Soussigné a été baptisée Marie julie ondoyée et née aujourd’hui de Sr Philippe Long et Marie julie Couillard Dépré. Le parrain a été le Sr Emmanuel Dépré et la marraine Marie Reine Coüillard Dépré qui ont déclaré ne Savoir Signer. De ce Enqui Suivant Lordinaire. En foi de quoi. Jacques Panet, père.»

Voici une traduction libre :

« En l’an mil sept cent quatre-vingt-quatorze, le 6 mars, à L’Islet, nous, curés de L’Islet, soussignés, avons baptisé ce jour Marie-Julie, décédée, fille de Monsieur Philippe Long et de Marie-Julie Couillard Dépré. Le parrain était Monsieur Emmanuel Dépré et la marraine, Marie-Reine Couillard Dépré, qui ont déclaré ne pouvoir signer. Dès lors, tout est en ordre. En foi de quoi. Jacques Panet, curé. »

Figure 76 – Acte de baptême de Marie-Julie Long, daté du 6 mars 1794. – Source : Image et transcription par Gilles Long.

L’acte original a été découvert par Mgr Ernest Lang, mais nous remercions Gilles Long qui a obtenu cette photocopie et l’a mise à la disposition des générations futures de Long-Lang.


Vente de l’héritage Couillard par Philippe et Marie-Julie

Vente par Philippe et Marie-Julie de l’héritage reçu par Marie-Julie de son père, Emmanuel Couillard-Després, le 18 février 1795.

Ce texte est une traduction de l’original disponible sur le site web, rédigée et documentée par Gilles Long.

Le 18 février, devant le notaire Augustin Dionne, vente entre Monsieur et Dame Philippe Lang de leurs droits sur leurs fiefs à Monsieur Alexandre Croak (Kirouak). Cet acte a été signé à Sainte-Anne, domicile des témoins, en présence de Philippe et Marie-Julie. Ils avaient vendu toutes les terres, maisons, dépendances et meubles qu’ils pouvaient posséder en héritage de Sir Emmanuel Couillard Deprais et de son épouse, Marie Geneviève Chalifour. Les signataires de ce certificat de vente étaient A. Dionne et Philip Long, tandis que Marie-Julie et A. Croak y ont apposé leur marque, étant incapables de signer eux-mêmes. Les détails du contrat indiquent clairement que les biens des Long-Couillard-Després provenaient de l’héritage du père de Marie-Julie, Emmanuel. Il est donc probable que les propriétés de L’Islet, que Philip et Marie-Julie possédaient alors, leur avaient été transmises par les Couillard-Després.

Décès de Marie-Julie Long en 1795

Marie-Julie, première-née de Philip et Marie-Julie, est décédée le 25 avril 1795 à l’Île Verte, au Québec. Elle n’avait vécu que treize mois. Ses obsèques eurent lieu à l’Île Verte le 25 avril 1795.

Nous ne spéculerons pas sur l’impact qu’a eu sur la famille une fin aussi brutale pour une jeune vie. Nos ancêtres vivaient sous la menace de la famine, des maladies et des rigueurs de la nature que nous avons aujourd’hui du mal à imaginer.

L’Islet du Portage – Premier foyer de la famille Long

La famille a probablement déménagé à Île Verte entre le milieu de l’année 1795 et 1796. Nous pouvons affirmer avec certitude qu’elle résidait à Île Verte, à l’est de Rivière-du-Loup, sur le Saint-Laurent, alors simple hameau. Entre 1796 et 1803, date à laquelle la famille s’installa à Québec, quatre enfants naquirent, mais seuls trois survécurent : Marie-Judith, Constance et Jean-Baptiste.

Figure 77 – L’Île Verte, d’après la carte topographique de Joseph Bouchette (1815)

Comme le montre la figure ci-dessus, l’Île Verte était la source de la rivière Verte, un cours d’eau important dans l’histoire du portage. Elle a servi un temps d’alternative au Grand Portage ou au Portage de Témiscouata, mais fut abandonnée au profit d’un autre itinéraire terrestre plus pratique. Historiquement, cet itinéraire de portage alternatif était utilisé par les nations autochtones de la région pour le transport des fourrures entre les lieux de chasse et de piégeage et le poste de traite historique de Tadoussac, au confluent du Saint-Laurent et de la rivière Saguenay. Champlain avait mentionné cet itinéraire alternatif en 1604 dans l’un de ses écrits sur la colonie de la Nouvelle-France.

Naissance de Marie-Judith Long en 1795 à l’Île Verte

Marie-Judith est la deuxième née d’une année qui a dû être à la fois pleine de joie et de tristesse pour la Famille Long. Voici le texte de son acte de baptême :

B. Marie-Judith Long : « le vingt novembre mil Sept cent quatre vingt quinze, Je (Ile-Verte) Soussigné curé de cette » Paroisse ai Baptisé une fille, qui a été nommée marie Judith, née de ce jour du mariage légitime de Philippe Long et marie Julie Coulard des prés. Son parrain a été Amable Marquis, et Sa marraine marie Catherine Ouellet, qui ont Déclaré ne Savoir. De ce requis, le père absent. Chles genest ptre.»

Figure 78 – Certificat de baptême de Marie-Judith Long, daté du 24 novembre 1794. – Source : Gilles Long

Naissance d’un enfant anonyme

Né le 6 avril 1797, cet enfant anonyme ne vécut que quatre jours. La famille de Philip et Julie traversait des années difficiles. Après cinq ans de mariage, deux de leurs trois enfants étaient décédés peu après leur naissance. Ce décès est peut-être moins surprenant compte tenu du jeune âge de la mère.

Ces informations ont été découvertes par Gilles Long. Mgr Lang ignorait l’existence de cet enfant lorsqu’il a écrit son ouvrage.

Acquisition d’un terrain auprès de Joseph Fraser en 1797

L’acte original de cette transaction immobilière n’a pas encore été retrouvé, mais nous savons qu’elle a eu lieu le 6 février 1797. Elle est mentionnée dans un document ultérieur signé par Joseph Fraser en 1798, où il annule l’hypothèque sur ce terrain. Cela a permis à Philip Long de vendre la propriété à Michel Nadeau également en 1798. On ne sait pas pourquoi Philip et Julie auraient si rapidement acheté et vendu ce terrain, mais il est possible qu’ils déménageaient simplement, ce qu’ils semblaient avoir fait beaucoup au cours de ces premières années.

Où était ce morceau de terre. Du document de vente de 1798 à Michel Nadeau, nous savons ce qui suit :

et ayans cause savoir quatre arpent de terre de front sur quarante arpent de profondeur Situé dans le grand portage de la Rivière du loup paroisse St Patrice Joignant d’un Coté au sud-ouest à la terre D’André Mackell(?) de l’autre côté au nord-est à la terre de James Indley présentement réduit au domaine d’un bout par devant au fleuve St Laurent d’autre bout par derrière aufin de sa profondeur, …

Freely translated, we understand that :

Le terrain mesurait quatre acres de large sur quarante de profondeur.

Il était situé dans le Grand Portage, dans la paroisse de Saint-Patrick, à la rivière du Loup.

À l’angle sud-ouest, il était bordé par les terres d’André Mackell, et à l’angle nord-est, par celles de Jamed Indley.

L’auteur ne croit pas que la famille Long se soit installée sur ce terrain. Philip n’en fut propriétaire que peu de temps. Lorsque Constance naquit plus tard dans l’année, elle fut baptisée à l’Île Verte, dans la même paroisse où ses parents étaient censés résider.

En 1997, un homme intéressant du nom d’Isaac Weld entreprit un voyage initiatique à travers le continent. Il prit de nombreuses notes durant son voyage et son journal fut publié sous le titre « Voyages à travers l’Amérique du Nord et les provinces du Canada 1795-1797, en deux volumes »[i]. Nous reproduisons ici quelques extraits qui donnent au lecteur une idée de la façon dont nos ancêtres vivaient à cette époque, notamment le système de poste et de calèche que notre ancêtre Philip utilisait fréquemment en raison de la nature de son travail.

Lettre XXVIII

« Ayant séjourné à Québec et dans les environs aussi longtemps que possible, conformément à notre projet de visiter les chutes Niagara et de rentrer aux États-Unis avant l’arrivée de l’hiver, nous avons entrepris le voyage par voie terrestre vers Montréal.

Nulle part en Amérique du Nord un voyageur ne peut se déplacer aussi aisément que sur cette route entre Québec et Montréal. Des relais de poste réguliers, espacés de manière pratique, y sont établis, où des calèches ou des carrioles, selon la saison, sont toujours prêtes. Chaque maître de poste est tenu de posséder quatre calèches et autant de carrioles. De plus, d’autres véhicules sont généralement mis à disposition à chaque étape par des aides de poste, que le maître de poste appelle lorsque les siens sont occupés. Le maître de poste a le privilège exclusif de fournir ces véhicules à chaque étape et, sous peine d’amende, il doit les mettre à disposition un quart d’heure après la demande d’un voyageur, si le jour est levé, et une demi-heure après. » Si le voyage a lieu de nuit, les cochers sont tenus de vous prendre en charge au tarif de deux lieues par heure. Le prix d’une calèche tirée par un seul cheval est d’un shilling d’Halifax par lieue ; le cocher n’attend aucun pourboire.

Les calèches postales sont de construction assez rudimentaire, mais dans l’ensemble, nous les avons trouvées confortables et agréables ; elles sont certainement bien supérieures aux chariots de diligence américains…

Volume II, p. 2-3.

  • Selon le système monétaire d’Halifax, monnaie officielle du Bas-Canada, le dollar vaut 5 shillings. Les pièces d’argent en circulation au Canada sont le dollar, le demi-dollar, le quart de dollar, le huitième et le seizième de dollar, la pistarine, les pièces espagnoles d’une valeur légèrement inférieure au quart de dollar, ainsi que les couronnes et demi-couronnes françaises et anglaises. Les pièces d’or ne sont acceptées qu’en lingots, au poids. Les pièces d’or britanniques et portugaises sont considérées comme les meilleures, suivies des pièces espagnoles, puis des pièces françaises !
Naissance de Constance Long, 1798

Constance était la troisième fille de Philip et Marie-Julie. Nous ne possédons aucune information sur le parrain et la marraine, hormis leurs noms. De plus, le document indique que Philip était absent au baptême de Constance. En fait, il sera absent à tous les baptêmes, sauf un !

B. Long, Constance «Le huit d’avril mil Sept cent quatre vingt dix Huit par nous curé

(Ile-Verte) Soussigné a été baptisée Sous condition une fille qui a été nommée Constance née le dernier Jour du précédent (mois?) du légitime mariage de Philippe Long fermier de cette paroisse et marie Julie Coular des prés. Son parrain Charles Saindon et Ursule Saindon sa marraine a déclaré ne Savoir

Signataire. le père absent

Charles Saindon Chles genest ptre.»

Figure 79 – Certificat de baptême de Constance Long – 1798. – Source : Image et transcription de Gilles Long

Elle fut baptisée « dans des conditions » qui, selon Gilles Long, laissaient présager qu’il y avait probablement une forte incertitude quant à sa survie. Contre toute attente, elle survécut. Elle se maria deux fois : d’abord avec Pierre Beaudry, dit « Matelot », en 1813, puis avec Antoine Arton en 1827.

Note importante : Philip Long est mentionné comme fermier et non comme messager ! Il ressort clairement des recherches de l’auteur sur les messagers que le cumul des fonctions de fermier et de messager était assez courant. Le métier de messager était certes lucratif, mais très difficile. L’agriculture était, même en temps normal, le seul moyen de subvenir aux besoins alimentaires de la famille et de survivre aux rudes hivers.

Vente de terre à Michel Nadeau en 1798[ii]

Le 28 novembre 1798, Philip Long vendit une propriété de quatre acres à Michel Nadeau, de St-Louis de Kamouraska. Le notaire public était Augustin Dionne, et l’acte mentionne (en français) : « le Sieur Philippe Long, habitant, demeure à l’Île-Verte, dans la paroisse de Saint-Jean-Baptiste ». Ce texte nous apprend donc que Philip était alors agriculteur et qu’il résidait à l’Île-Verte, dans la paroisse de Saint-Jean-Baptiste. Cette propriété était située à l’embouchure du Grand Portage de la Rivière du Loup, dans la paroisse de Saint-Patrick. Philip Long l’avait acquise de Joseph Fraser le 6 février 1797. Fraser avait levé l’hypothèque de cinq piastres afin de permettre la transaction avec Nadeau. Deux jours auparavant, Marie-Judique Dépré avait donné son consentement en apposant sa marque devant les deux témoins : Jos Sirois et Jean Saindon. De même, l’accord entre Long et Nadeau a été signé par le notaire Dionne et d’autres témoins : John Walsh, Jos Dubé et Philip Long. Nous devons une grande partie de ces informations à Gilles Long.

The actual document is interesting because it tells us of details of Philip’s life at this time:

Philip Long had purchased this land from Joseph Fraser, a total of 4 acres.  It is likely that this land was located in the parish of Notre-Dame du Portage.  (source: Mgr Ernest Lang).

It is likely that Philip and his family lived on this parcel of land but we are not sure of this since the children were baptized at l’Islet during this period (a few miles due South).

This land is probably located close to the entrance to the Portage.  Mgr Lang believed that this was very close to where the Portage would enter into the interior lands.

It is possible that Philip Long was Master of the Poste located at the entrance to the Portage, given that he was already a courier and would later become an a hotelier himself in 1808 at the South end of the Portage.  In Mann’s book, we find a very colourful description of his stay at the North end Poste – around 1816.  The voyager would stay at the North end for a break, and then take the trail down to the southern extremity where he/she would arrive at what would become « Long’s Landing Place ».  After stopping for the night, the traveler would then take a canoe across Lake Temiscouata, go down the Madawaska River to the Small Falls (Edmundston, N.B.), carry the canoe over the Falls, or more likely rent a new canoe at Simonet Hébert’s hotel, and then go down the St John River to the Grand Falls and thereafter to Fredericton.

The Portage of Canada, over 23 miles in length (actually 36 ¼), would take at least a full day to cross.

Here is the full text and images of the bill of sale between Michel Nadeau and Philip Long.

28 Novembre 1798

Vente de quatre arpent de terre

Par Sr Philip Long 

À Michel Nadeau

Par devant le Notaire Public en la province du bas Canada District de Québec résident en la paroisse de la Riviere Ouëlle Soussigné et les témoins ci bas Nommés et soussignés,

Fut présent Sieur Philippe long Habitant demeurant à lile verte Paroisse St Jean Bte, Lequel aujourd’hui reconnu et confessé avoir vendu cédé quitté, delaissé et transporté (# par ces présentes des maintenant et pour toujours – initiales PL et JW) avec promesse de garantir de tout troubles, Dettes, hipotteques, substitutions, aliénation, dons, douaire, et de tous autres empechement generallement quelconques à Michel Nadeau Habitant de St Louis de Kamouraska à ce présent et acceptant pour lui ses hoirs et ayans cause savoir quatre arpent de terre de front sur quarante arpent de profondeur Situé dans le grand portage de la Riviere du loup paroisse St Patrice Joignant d’un Coté au sud-ouest à la terre D’André Yockell de l’autre côté au nord-est à la terre de James Indley présentement reduit au domaine d’un bout par devant au fleuve St Laurent d’autre bout par derriere aufin de sa profondeur, avec les battisses quils peuvent être construit ainsi selon que tout est actuellement se poursuit se comporte s’étend Sans le dit vendeur en faire aucune Reserve ni exception pour lesquels le dit acquéreur a déclaré vôtre contant disant les biens connoitre pour lavoir vu et visité au dit vendeur appartenant lesdits quatres arpent de terre comme layans acquis de Mr Joseph Fraser de la riviere du loup par acte Sous signature privé en date six de fevrier mil sept cent quatre vingt dix sept deposé en létude du Notaire soussigné en date de ce jour étant situé et mouvant(?) en la censive de la Seigneurie de la Riviere du loup et envers le seigneur dicelle chargé de tels cens et droits seigneuriaux que peut devoir etant néanmoins quitte et frant du passé jusqu’à ce jour

Cette vente cession transport et Délaissement ainsi faite au charge que le dit acquereur (# payera à lavenir – init. PL, JW, AD) les cens et droits Seigneuriaux et quil se conformera au Stipulation du Billet de concession de la dite terre de quatre arpent accordé Par Malcolm Fraser Eq. À Robert Panton en date du vingt cinq décembre 1794 et outre ceux pour et moyennant le prix et somme de vingt huit livres du cour actuelle de la province du bas Canada egal a celle de Six cens soixante douze livres anciens cours laquelle dite somme a été payé partie avant les présentes et autre partie contant dont quittance et tant qu’à l’hipotteques de la Somme de six cent livres appliqué sur les quatres arpent de terre ci dessus vendu par le dit Sr Philippe Long faveur de Mr Joseph Fraser comme stipulé au contrat de vente Susdaté elle demeure entierement éteinte et amortie les dites parties en sont main levée (lavée) par le plein consantement du dit Sr Joseph Fraser Suivant sa Déclaration tant par sa lettre et son plein pouvoir adressé au Notaire en date du vingt huit de ce mois demeurans Join et annexé au présentes pour y avoir cour en cas de Besoin au moyen des présentes le Dit vendeur transporte au dit acquéreur tous Droits de propriété fonds, très fonds, noms, raison, et action Possession, et autres droits et pretention quil pouvait avoir et prétendre dans l’étendu de la dite terre ci dessus vendu, desquels il se demis désaisi et Devêtu au profit du dit acquereur voulans et consantant quils soit munis saisi vêtu mis et reçu en Bonne possession et saisinne(?) par qui et aussi quie appartiendra car ainsi & promettant & obligeant & renoncant & fait et passé à la riviere Ouëlle étude du Notaire Soussigné après midy le vingt huit de novembre mil sept cent quatre vingt dix huit en présence des Sieurs John Walsh et Joseph Dubé de la paroisse de la riviere Ouëlle témoins pour ce appellés qui ont ainsi que le dit Sr vendeur signé ces présentes avec le dit Notaire le dit acquereur ayans déclaré ne savoir écrire ni signer.

De ce enquis lecture faite,

John Walsh      Philip Long 

Jos Dubé         Aug. Dionne, n. p.

Transcription by Gilles Long

Dans ce document, nous apprenons que Philip est un « habitant » – non pas les joueurs de hockey que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Canadiens de Montréal, mais plutôt un agriculteur.

Figure 80 – Contrat de vente entre Philip Long et Michel Nadeau pour une propriété de quatre acres à l’Île Verte, daté du 28 novembre 1798 et signé devant Augustin Dionne à Saint-Louis de Kamouraska (Couverture) – Source : Ghislain Long

Le document suivant est une transaction juridique entre Philip Long et Joseph Fraser visant à effacer une hypothèque sur le terrain qu’il avait vendu en 1797.

Rivière du Loup 28 novembre 1798

Monsieur

Philip Long a vendu la Terre qu’il a acheté de moy à Michel Nadeau il me demande de parêtre devant vous pour décharger l’Enpothèque de cent cinque Piastre ataché sur le contrat que je vendu à Philip Long. Je vous serai obligé de recevoir le cent cinque Piastre pour moy déchargé l’Enpothèque et denoctn ? Michel Nadeau en pleine profession de la dite Terre  Je suis

Monsieur,

Votre tres Hbl Serv

Joseph Fraser

Opposition au déplacement de parties d’un chemin à Rivière Du Loup en 1798 et 1799.

Début 2006, Gilles Long fait la découverte exceptionnelle d’un nouveau document contenant la signature de Philippe. Le texte intégral et les images sont également disponibles sur le site web et nous reproduisons ici ce texte avec l’aimable autorisation de l’auteur. La traduction est une traduction libre du texte français original de Gilles Long, à qui l’on doit la découverte et la transcription de ce document pour les générations futures. Vous remarquerez également que le nom de Philip Long est orthographié Phillipe Lang, alors qu’il a signé le document comme à son habitude, à l’anglaise.

1 – Contexte

En septembre 1798, le grand voyer, ministre des Routes du district de Québec, répondit à une demande reçue en mars concernant le tracé de certaines routes dans la paroisse Saint-Patrick, en Basse-Rivière-du-Loup. De nombreux résidents, dont Philip Long, comme le démontreront les documents qui suivent, s’opposèrent aux nouvelles routes proposées par Tashereau, le grand voyer.

Nous présenterons ci-après le résumé et le texte intégral des documents suivants :

  • les procès-verbaux des réunions tenues les 14 et 15 septembre ;
  • la première lettre d’objection de Donald McLean, datée du 20 décembre 1798 ;
  • la deuxième lettre d’objection de Donald McLean, datée du 10 janvier 1799.

2 – Rivière-du-Loup – 14-15 septembre 1798[1]

(Procès-verbal des réunions ayant mené à l’établissement des limites de la Route Royale dans la première concession de la seigneurie de Rivière-du-Loup[2], paroisse Saint-Patrick, comté de Cornwallis)

Nous, Gabriel Elzéar Tashereau, écuyer, Grand Voyer du district de Québec,

Nous avons reçu une requête datée du 31 mars 1798, présentée par Anselme Robichaud, capitaine de la milice, Joseph Lebel et Hypolite, marquis, Voyer adjoint, de la paroisse Saint-Patrick de Rivière-du-Loup, comté de Cornwallis; Cette pétition indiquait que les routes utilisées dans cette paroisse n’étaient pas encore autorisées et qu’elles pourraient être modifiées par endroits. Une autorisation était donc nécessaire pour que les inspecteurs et le Grand Voyeur puissent exercer leurs prérogatives et exiger que nous soyons autorisés à nous rendre sur place afin de résoudre, fixer et autoriser le détournement de ladite route et de rédiger le procès-verbal de cette séance conformément à la loi.

Nous avons inséré à la fin de ce procès-verbal l’ordre particulier afin qu’il soit lu et affiché sur la porte de l’église paroissiale du Divin du Matin le dimanche 2 septembre. Cet ordre exigeait que toute personne intéressée se rassemble au domicile de William Fraser le lundi 6 septembre à dix heures du matin…

En conséquence, nous nous sommes rendus au domicile de William Fraser où un grand nombre de personnes intéressées, habitants de la seigneurie de Rivière-du-Loup, étaient rassemblées. Nous avons alors lu la requête et, après avoir entendu les observations, les demandes et les arguments des habitants, ainsi que leurs débats sur les différentes modifications envisagées pour la Route Royale, nous avons procédé, le 14 septembre, à l’examen des sites concernés.

Nous sommes partis de la Division de l’Anse au Persil où nous avons de nouveau rencontré une assemblée d’habitants réunis au domicile de Joseph Lebel. Nous avons de nouveau écouté les habitants au sujet de la requête de modifications de la Route Royale. Après les débats et après mûre réflexion sur tous les avis exprimés lors de ces délibérations, nous avons confirmé que la majorité des habitants étaient favorables aux modifications proposées au tracé des routes. En conséquence, nous avons établi le tracé de la nouvelle route comme suit (en partant de l’extrémité sud de la paroisse vers le sud-sud-ouest et en traversant les propriétés des personnes suivantes) :

(superficie en acres de terrain en façade ou autour de chaque propriété, selon les déclarations reçues lors des assemblées)

Acres

Joseph Soucy 4

André Lavoie 4

Charles Aubain 4

Germain Michaud 4

Joseph Chapais 4

François Brisson 4

Benoit Grondin 4

Joseph Lebel, Sous Voyer 4

Morice Ouellet 4

(Sur les terres de Joseph Lebel et de Morice Ouellet, la route fut tracée selon les piquets plantés à cet effet, du pont sur le ruisseau jusqu’à l’anse au persil.)

Louis Ouellet 4

Gabriel Plourde 4

Voici la petite rivière du Loup, sur laquelle se trouve un pont en mauvais état, d’une largeur d’environ soixante pieds, qui nécessite des réparations.

Après avoir examiné la route entre les deux rivières du Loup, nous avons modifié le tracé, passant de la petite rivière du Loup à la grande, en présence de John McLoughlin, inspecteur, et de

Joseph Lebel, sous-voyeur.

John McLoughlin 7 arpens

Peter Fraser écuier 3

John McLoughlin 6

Jean-Baptiste Chassé 3

William Campbell 3

Voici la grande rivière du Loup. Puis un pont de soixante-six pieds est ouvert au public et sera reconstruit à l’identique de celui de la petite rivière du Loup.

(Le 15 septembre… nous avons poursuivi notre exploration depuis la grande rivière du Loup jusqu’à Anselme Lévesque. Les habitants se sont réunis chez William Fraser.)

(…) et nous sommes ensuite entrés chez Anselme Lévesque. Nous avons procédé à un vote et, conformément au souhait de la majorité de l’assemblée réunie et à notre propre avis, nous avons immédiatement fixé le tracé de la nouvelle route en leur présence. Le tracé a été établi comme suit : depuis le chemin du Coteau, derrière les Caps, depuis le grand pont sur la rivière du Loup jusqu’aux terres d’Anselme Lévesque, en traversant les terres décrites ci-après (et en partant de la rivière du Loup et en remontant…).

Acres

Le Domaine (du seigneur) : 16

Sieur Joseph Fraser : 11

William Fraser : 11

Cornelius McLouglin : 4

Jean Short : 2

Représentant Baptiste D’Allaire : 2

Joseph Chassé : 2

Benjamin Michaud : 2

Alexandre Paradis : 2

Joseph Dumont : 5

Jean Baptiste Vielle : 3

Michel Vielle : 3

Bartélemi Charet : 5

Benjamin Boucher : 4

Jean Baptiste Boucher : 3

Charles Peltier: 3

Anselme Lévesque: 2

Après un examen du chemin en provenance du sud-ouest et le marquage de la colline sur le terrain d’Anselme Levesque qui jouxtera l’ancien chemin, nous avons résolu et fixé la ligne du nouveau chemin comme suit

Acres

Pierre Morin: 2

Denis Morin fils d’Azard: 2

Vincent Plourde: 2

Alexandre Soucy: 2

Simon Fraser: 6

Denis Morin: 2

Simon Morin: 2

Germain Chassé: 2

Pierre Plourde: 2

Moyse Bourgoin: 1

François Bourgoin: 3

Hypolite Marquis: 5

Denis Morin père: 4

Jean Hottin(?): 3

Clément Chassé: 4

Pierre Bourgoin: 2

Charles Davias(?)2

Jean-Baptiste Dubé: 3

Zacharie Lajoie: 3

James Henley: 4

Philippe Lang: 4

(Un pont d’environ quinze pieds relie les terrains de James Henly et de Philippe Lang ; il sera également reconstruit par les deux propriétaires.)

André Yokle: 2

André Marquis: 2

André Yokle: 4

Vincent Boucher: 2

Représentant de la veuve Lambert: 4

Guillaume Boucher: 2

Charles Lavoie: 3

Jean Baptiste Peltier: 6

Jusqu’à la route menant au lac Témiscouata, qui se termine dans la paroisse Saint-Patrick, à la rivière du Loup.

Ladite Route Royale aura une largeur de trente pieds (environ 9,64 m) sur tout son parcours, lorsqu’elle traverse des terres sèches, et de vingt à vingt pieds (environ 6,12 m) de large sur toute sa longueur, entre les fossés. Ces fossés auront une largeur de trois pieds (environ 91 cm) et une profondeur suffisante pour l’évacuation des eaux de ruissellement. Tous les arbres, branches, etc., seront coupés et enlevés.

Les travaux sur les ponts et les collines publiques seront répartis et attribués à chaque propriétaire de la première concession. L’entretien des ponts sera assuré par les propriétaires riverains.

Quant à la nouvelle route reliant le Domaine aux terres d’Anselme Lévesque, nous leur avons accordé trois ans pour l’achever.

L’exécution de ces travaux est prévue pour le 10 janvier 1799 et sera à la charge des propriétaires de la première concession.

John McLoughlin, inspecteur de la Route de Rivière-du-Loup, certifie que le présent procès-verbal a été lu et publié à la porte de l’église de l’Islet du Portage le dimanche 23 septembre, au bureau du Divin du Matin, ladite église étant considérée comme l’église paroissiale de Rivière-du-Loup.

Il certifie également être resté huit jours consécutifs après la publication et la lecture desdits procès-verbaux, jusqu’au 3 octobre 1798.

À enregistrer, G. E. Tashereau, Grand Voyer

3 – Première opposition à l’entrée en vigueur du changement de tracé de la Route Royale

« Les craintes de l’inspecteur McLoughlin concernant le nouveau tracé de la route allaient bientôt se confirmer. » [4]

Dès le 20 décembre 1798, Donald MacLean adressa une lettre à Taschereau à ce sujet, au nom de nombreux résidents, dont Philip Long.

Gabriel Elzeard Taschereau, Écuyer

Rivière-du-Loup

20 décembre 1798

Monsieur,

Nous, habitants et résidents de la Seigneurie de Rivière-du-Loup, sommes profondément préoccupés par le projet de déplacement de la Route Royale de son emplacement actuel au sommet de la colline, tel qu’il est exposé dans un acte verbal que vous avez laissé à l’inspecteur des routes de ce district. Si ce projet était mis en œuvre, il entraverait, voire empêcherait totalement, la circulation des voyageurs sur la Route Royale, et les échanges naturels entre voisins seraient complètement interrompus, faute de routes menant à leurs habitations.

Nous espérons, Monsieur, vous présenter, ainsi qu’à la Cour, des objections solides et bien fondées quant au tracé de la route tel qu’il est exposé dans l’acte verbal, afin de vous convaincre pleinement de notre position : cette route ne doit pas être tracée à cet endroit.

Vous trouverez ci-joint notre pétition concernant la légère modification de la route que nous estimons avantageuse pour les voyageurs et bénéfique aux particuliers. Nous sommes convaincus que cette modification n’a pas échappé à votre attention lors de votre inspection dans ce secteur.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

Votre très humble serviteur

et obéissant

(Signé) Donald MacLean

(Ont signé ou fait une marque)

Peter Fraser                                    Joseph Beaullieu, Pilote

Gabrielle Gagnon                              Alexis Beaullieu, S. Voyer

Jean Bapt. Dumont                           Joseph Beaullieu, S. Voyer

Philip Long                                   Francis Legacy, S. Voyer

Pierre Côté, S. Voyer                        Simon Fraser

Louis Gilbert                                   

Pierre Sirois, Capitaine de  milice

Francis Bourguignon

Charles Peltier

Clément Chassé

Benjamin Michaud

Jean-Baptiste Bélangé

Joseph Peltier

Joseph Dumont

4 – Deuxième Opposition De Donald Maclean

N’ayant reçu aucune réponse à sa lettre du 20 décembre 1798 adressée à l’honorable Taschereau, Donald MacLean décide de s’adresser aux juges de la Cour de quartier des Sessions de la paix du district de Québec. Le jour de la promulgation du procès-verbal par Taschereau, soit le 10 janvier 1799, il demande aux juges d’émettre une ordonnance de suspension.

En son nom et pour les mêmes groupes de personnes qui avaient signé sa lettre/pétition initiale du 20 décembre, il écrit :

District de Aux Juges de la Cour de

Conseils trimestriels de Québec

Représente

Que les routes de Rivière-du-Loup doivent être modifiées conformément à la procédure verbale promulguée ce jour devant vous, cela allongera la route d’environ un mille et la rendra dangereuse à de nombreux endroits pour les voyageurs, voire presque impraticable par endroits, car elle traverse en partie des bois et passe derrière une longue chaîne de rochers. Un seul passage est praticable, et ce à un coût très élevé. Si une voiture, été comme hiver, venait à avoir un accident, le voyageur devrait parcourir une grande distance avant de trouver de l’aide. De plus, il n’y a aucune communication entre les routes proposées et les habitations. Enfin, le voyageur est obligé de monter et de descendre une côte très haute et abrupte où il est impossible pour un cheval de transporter un passager ou une charge.

Pour ces raisons et bien d’autres qui pourraient être invoquées au besoin, les personnes susnommées s’opposent à l’aménagement de la route tel qu’il est décrit dans le procès-verbal susmentionné.

(Signé) Donald MacLean, citant

pour lui-même et

les personnes susmentionnées

Québec, le 10 janvier 1799

5 – La requête est rejetée

Les juges semblent avoir clairement pris parti pour Taschereau en la matière, puisque dans leur réponse datée du 14 janvier, Taschereau indique :

« Que la portion de route faisant l’objet de la plainte se trouve sur une route aussi bonne que n’importe quelle autre et constituera une route agréable et sûre, et qu’il n’y a aucun endroit dangereux pour le public ;

Que le Grand-Voyer est loin de croire que cette nouvelle route prolonge la route actuelle ; au contraire, nous croyons que même aux yeux des opposants qui se sont présentés aux assemblées, cette route serait plus courte que l’actuelle ;

Que MacLean, Joseph Dumont et Charles Peltier sont les seuls Signataires de la plainte ayant un intérêt dans l’affaire;

Que parmi les autres signataires, plusieurs proviennent d’autres paroisses que celle de Rivière-du-Loup et que d’autres, bien que de ladite paroisse, n’ont aucun lien avec la route;

Que le tronçon de route contesté par les opposants a été établi non seulement parce que le Grand-Voyer souhaitait une résolution, mais aussi parce qu’il voulait se conformer aux souhaits de la majorité de la population concernée. C’est pourquoi le Grand-Voyer a conclu que l’ordonnance devait être exécutée et les opposants « renvoyés aux dépens ».

L’opposition de Philip Long et d’autres n’a pas obtenu les résultats escomptés, comme en témoigne le fait que « la route actuelle existe encore aujourd’hui sur la colline qui surplombe le Saint-Laurent et qui sera plus tard appelée rue Fraser ».

[1] Archives nationales du Québec, Procès-verbaux et délibérations des Grands-Voyers, 1762-1855, bobine M400-2064.

[2] Nous rapportons ici le texte complet sans modifications.

[3] C’est cette partie de la Route qui sera litigieuse.

[4] Bérubé, Beauvais, Rivière-du-Loup, Longs Commencements – Longs Cheminements, SHGRDL , p 171.

[5] Bérubé, Beauvais, op. cit., p. 172 et 173.

[6] Bérubé, Beauvais, op. cit., p. 173

Texte en français de Gilles Long

Figure 81 – 2 – 2 – Rivière-du-Loup – 14-15 septembre 1798[1] (Procès-verbal des réunions ayant abouti à la délimitation de la Voie Royale dans la première concession de la seigneurie de la rivière du Loup[2], paroisse Saint-Patrick, comté de Cornwallis) – Source : Gilles Long

Figure 82 – Pétition signée par Philip Long (entre autres) demandant la modification d’un projet de tracé de la Route Royale depuis Rivière du Loup en 1798. – Source : Gilles Long

Figure 83 – Liste des pétitionnaires qui comprend Philip Long – Source : Gilles Long.

Hugh Finlay est congédié des Postes – Heriot le remplace

Hugh Finlay est congédié des Postes le 18 octobre pour irrégularités comptables et dettes. Il est immédiatement remplacé par George Heriot, nommé « sous-directeur général des postes pour les provinces du Haut et du Bas-Canada, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick en Amérique du Nord, ainsi que pour d’autres dépendances ». Heriot entre en fonction en avril 1800. Frustré par la rigidité de la réglementation postale, il améliore et développe le service dans la région isolée et en pleine expansion du sud-ouest du Haut-Canada. À partir de décembre 1800, il augmente la fréquence du service hivernal vers Niagara, passant d’une livraison pour toute la saison à une livraison par mois ; des courriers supplémentaires sont affectés à la liaison Montréal-Kingston.

Naissance de Jean-Baptiste Long en 1800

Jean-Baptiste est le premier garçon (qui a survécu) issu du mariage de Philip et Marie-Julie. Il naît huit ans après le mariage de nos deux ancêtres. Il est né à Saint-André, une paroisse différente de celle de l’Île Verte, ce qui pourrait indiquer que la famille Long s’était rapprochée de l’entrée principale du Portage. Philip est recensé comme journalier. Nous ne connaissons que les noms du parrain et de la marraine : Jean-Baptiste Lebel et Josette Corbin. Jean-Baptiste Lebel était également messager à l’époque. On peut supposer que le fils a été prénommé ainsi en hommage à son parrain. De nouveau, Philip était absent au baptême de l’un de ses enfants, en l’occurrence son premier fils. Il semblerait que la famille ait déménagé à Rivière-du-Loup entre 1800 et 1803, mais cela reste incertain, car l’Île Verte et Rivière-du-Loup sont très proches. Une autre possibilité est que l’église paroissiale se situait alors à l’endroit où la plupart des habitants se rassemblaient, c’est-à-dire à Rivière-du-Loup plutôt qu’à l’Île Verte. Aujourd’hui, tout est concentré dans une seule ville.

Figure 84 – Acte de baptême de Jean-Baptiste Long – 1800. – Source : Image et transcription de Gilles Long

B. J B Lent ou Lang : «Le vingt neuf septembre, mil huit cens par nous soussigné curé

(Saint-André) a été baptisé jean baptiste, né hier au Soir du légitime mariage de philippe Lent journalier en la rivière du loup réunie à cette paroisse et de julie Dépré son Epouse. le parrain a été jean baptiste Lebel et la marraine josette Corbin qui ont déclaré ne savoir signer. De cet Enquis suivant l’ordre. Le père absent.

F. Vézina ptre.»

En 1827, Jean-Baptiste sera le premier Long à s’établir à Clair, au Nouveau-Brunswick. Ce n’est pas pour rien que Philip Long était absent pour le baptême de son fils. Il est possible que son travail d’ouvrier l’éloigne de cet important événement familial. Malheureusement, cet auteur croit sincèrement que son absence était due à son appartenance au protestantisme, l’empêchant de participer activement à la vie religieuse, à l’éducation et aux cérémonies importantes telles que les baptêmes. Tous ses enfants, probablement en grande partie grâce à l’éducation de sa femme, furent élevés dans la foi catholique.

Visite de Mgr Denaut (1802)

Dans la thèse de Nive Voisine, « Le Portage de Témiscouata », publiée en 1958, on trouve une brève note indiquant que Mgr Denaut, évêque de Québec, fit une visite au Portage de Témiscouata en 1802. Nous ne disposons d’aucun autre détail sur ce voyage, mais il est certain qu’ils passèrent par l’endroit qui deviendra plus tard Long’s Landing. Il est probable que la vieille maison de Higginbotham était encore vide à cette époque. D’après l’abbé Thomas Albert, dans son Histoire du Madawaska, nous savons qu’un certain nombre de prêtres sont passés par Saint-Basile dans la colonie de Madawaska, parmi lesquels le père Amyot en 1799, le père Vézina en 1800, 1801, 1802 et le père Dorval en 1803 et 1804.

D’après Albert, nous apprenons également que Mgr Denault a visité Saint-Basile en 1803, bien qu’on ignore s’il est passé par le Portage ce jour-là. Sa visite fut néanmoins une étape cruciale dans la fondation de la paroisse de Saint-Basile, qui allait devenir un lieu important pour les baptêmes et s’intégrer pleinement à la vie religieuse de notre famille et de nos ancêtres. Lors de cette visite, il célébra pour la première fois le sacrement de confirmation. L’année suivante, le père Charles Hott, vicaire de Rivière-Ouelle, devint le premier prêtre résident de la paroisse de Saint-Basile.

Québec

Entre 1800 et 1803, Philip Long et Marie Julie s’installèrent avec leur famille à Québec. La date de ce déménagement est inconnue.

Naissance d’Édouard-Narcisse Long en 1803

Nous ne savons rien de cet enfant. Ni Gilles Long ni Mgr Ernest Lang ne possèdent d’informations supplémentaires à son sujet ni sur ce qui a pu se passer.

À cette occasion, Gilles Long nous apprend que Philippe était présent au baptême. Le prêtre semble s’être trompé, puisqu’il a inscrit Jean-Baptiste Long comme père au lieu de Philippe ! Gilles pense que le prêtre a probablement confondu les noms avec ceux des témoins. Jean-Baptiste Desgranges était un messager bien connu entre Québec et Fredericton, et nous retrouverons son nom dans les chapitres suivants, lorsque nous aborderons plus en détail l’histoire du Portage.

Figure 85 – Acte de baptême Edouard-Narcisse Long – 1803. – Source : Gilles Long

B. Édouard Narcisse Long : «Le neuf juillet mil huit cent trois je vicaire Soussigné ai

(Québec) baptisé Edouard narcisse née le même jour du Légitime Mariage de jean baptiste Long Courrier et de Marie Couillard Després, parrain jean baptiste Desgranges, Marraine Magdeleine Seguin avec le père et Nous.

Magdeleine Séguin J.B. Desgranges

Philip Long F. Vézina ptre.»

La quête de la terre

En 1803, Reuben Chace demanda le transfert du lot 49 (Canterbury) à « l’absent » Philip Long. Cela mettait fin à une partie d’un chapitre intéressant de la vie de Philip en tant que propriétaire foncier. Que savons-nous de Reuben Chace ? Il était soldat pendant la Révolution américaine. Originaire du comté de Dutchess, dans l’État de New York, il était charpentier, d’après Esther Clark Wright. Il s’installa d’abord à Gagetown, au Nouveau-Brunswick, mais, comme nous le savons maintenant, il déménagea avec son fils et sa famille à Canterbury. Ils s’établirent sur les lots adjacents à celui de Philip Long (n° 49) et demandèrent le droit d’occuper les lots 48 et 50. Une recherche dans l’ouvrage de Murtie June Clark n’a pas permis de retrouver la trace de Reuben Chace ; il est donc probable qu’il ait servi dans un régiment de l’État de New York ayant combattu dans les Territoires du Nord pendant la Révolution.

Transcription de Benoît Long.

Figure 86 – Mémoire de Reuben Chace père au gouverneur Thomas Carleton demandant le transfert du lot 49. Source : Ghislain Long

Voici le texte intégral de la demande de Reuben Chace, datée du 19 février 1803.

À Son Excellence Thomas Carleton, écuyer, lieutenant-gouverneur et commandant en chef de la province du Nouveau-Brunswick

Etc… etc… etc…

Mémoire de Reuben Chace père et Reuben Chace fils

Nous vous informons très humblement que :

Votre pétitionnaire, Reuben Chace père, habite cette province depuis de nombreuses années et n’a jamais reçu de terre du gouvernement, étant cordonnier de métier. Cependant, les difficultés financières de sa famille l’empêchent de subvenir à leurs besoins grâce à sa profession. Il est désormais contraint de s’installer et de mettre en valeur un terrain vacant dans la paroisse de Woodstock, désigné sous le numéro 50, dans la parcelle décrite dans la concession accordée à Tristram Hillman et autres.

Ce terrain étant trop petit pour une ferme, il prie Son Excellence de bien vouloir lui attribuer une ferme en y incluant les parcelles n° 50 et 49, destinées à Reuben Chace Senior. Il prie également Son Excellence de bien vouloir attribuer la parcelle n° 48 à Reuben Chace Junior. Lesdits lots étant non concédés, à l’exception du lot n° 49, qui avait été concédé à Philip Long, lequel n’y a jamais apporté aucune amélioration, et ledit Philip Long étant un habitant du Canada,

Vos signataires, fidèles à leur devoir, demeureront toujours sur place.

Reuben Chace père

Reuben Chace fils

Fredericton

4 février 1803

19 février 1803

Les lots n° 48 et 50 décrits ci-dessus sont non concédés et le lot n° 49, tel qu’indiqué ci-dessus, a été concédé à Philip Long dans le cadre de la concession accordée à Tristram Hillman et associés dans la paroisse de Woodstock.

George Sproule

Arpenteur général

Voici la réponse et l’approbation du Conseil.

N° 7

Reuben Chace Senior et Reuben Chace Junior

Woodstock

Déposé le 19 février 1803.

Mémoire de Reuben Chace Senior et Reuben Chace Junior, en tant qu’enquête sur la déshérence du lot n° 49, concédé à Philip Long, absent lors de la concession à Tristram Hillman et autres. Woodstock, et demande que ce lot, ainsi que les lots adjacents n° 48 et 50 sur lesquels ils ont apporté des améliorations, leur soient concédés.

19 février 1803

Enregistrement prévu le 28 octobre 1805

Décès d’Édouard-Narcisse Long en 1803

Malheureusement, Édouard Narcisse Long décéda le 28 mars 1804. Il n’avait que huit mois. Philip était, semble-t-il, Courrier de Madawaska, presque à titre honorifique. La famille vit toujours à Québec à l’heure actuelle.

« Le vingt huit mars mil huit cent quatre je vicaire soufsigné ait inhumé dans le cimetière de Ste Anne Edouard fils de Philippe Long courier de Madawaska et de Marie dupré son épouse décédé

en cette vile avant hier agé de huit mois présent Louis Blein et jean-baptiste oneille (?) soufsignés

Louis Julien                                         F. Vézina ptre

Translation

«Le vingt mars mil huit cent quatre, moi, vicaire de cette paroisse, soussigné, ai inhumé au cimetière Sainte-Anne-Édouard, fils de Philippe Long, coursier de Madawaska, et de Marie Dupré, son épouse, décédé hier dans cette ville à l’âge de huit mois. Étaient présents Louis Blein et Jean-Baptiste Oeille (soussigné).

Louis Julien                                         F. Vézina, prêtre »

Figure 87 – Death Certificate for Edouard-Narcisse Long – 1804. – Source: Gilles Long

Visite de Sir George Head – Voyageur

L’Encyclopédie canadienne nous apprend que des centaines de récits de voyage sur le Canada ont été publiés au cours des deux derniers siècles, regorgeant d’informations sur les cultures, le climat, les gens et les lieux. De longs sous-titres précisent parfois leur sujet… et c’est le cas d’un récit de voyage tout à fait unique et particulier qui évoque Philip Long et sa famille à l’extrémité du lac Témiscouata. George Head était un voyageur durant l’hiver 18XX et fit escale à Long’s Landing. Il décrit ce qu’il a vu, les gens qu’il a rencontrés, ainsi que les dialectes, les sons et les odeurs qu’il a perçus.

Sir George Head (1782-1855) fit ses études à la Charterhouse. En 1808, il fut nommé au commissariat de l’armée britannique dans la péninsule, où il fut témoin de nombreux événements marquants et de batailles importantes, dont il fit un récit intéressant dans ses « Mémoires d’un commissaire général adjoint », annexés au deuxième volume de son récit de voyage au pays, publié en 1837. En 1814, il fut envoyé en Amérique pour prendre la direction du commissariat d’un établissement naval sur les Grands Lacs canadiens, et occupa par la suite des postes à Halifax et en Nouvelle-Écosse. Il relata certaines de ses expériences canadiennes dans son ouvrage « Paysages forestiers et incidents dans les contrées sauvages d’Amérique du Nord » (1829). En 1831, il fut anobli. Son frère, Sir Francis Bond Head, lui succéda. En 1835, il fut nommé lieutenant-gouverneur du Haut-Canada et, à ce titre, dut faire face à une situation politique très délicate, étant appelé en 1837 à réprimer une grave insurrection.

Voici les passages qui décrivent son expérience au lac Témiscouata et chez Long :

16 janvier

« (…) Nos six premiers milles se sont déroulés sur la glace de la rivière Madawaska (…). Ayant dépassé la source de la rivière, nous sommes arrivés au lac Tamasquatha, (…) Enfin, nous sommes arrivés à la maison de M. Long, située à l’extrémité du lac Tamasquatha, sur les rives de ce « portage » qui s’étend de là jusqu’à la route principale de Québec sans interruption de la voie navigable.

À peine arrivé, je me suis jeté sur les planches, persuadé que je serais incapable de continuer le lendemain. Nous avons trouvé un autre groupe de voyageurs qui s’étaient installés dans la maison ; et, renforcés par notre nombre, ils ont créé dans notre chambre une confusion de langues indescriptible. Nous étions 36 personnes, sans compter six ou huit gros chiens appartenant aux toboggans. Nous étions obligés de nous allonger par terre comme des porcs. Mon voisin était un major de l’armée, que je n’avais jamais vu auparavant et que je n’ai jamais revu depuis ; il semblait plus fatigué que moi et ne faisait rien d’autre que… » Nous avons gémi toute la nuit.

Les chiens nous dérangeaient ; ils couraient partout et nous piétinaient (…). Avec le bruit, les cris et les jurons en mauvais français, c’était un véritable vacarme. (…) Le bavardage, l’odeur de tabac et le tumulte général étaient vraiment épouvantables ; et il y avait, de plus, un lit de camp dans la chambre, sur lequel reposaient deux femmes : la maîtresse de maison et sa sœur. Ces femmes n’étaient pas silencieuses ; et, quoi qu’il en soit, il y en avait toujours une qui restait éveillée et qui parlait…[iii]

Nous tenons à remercier Gilles Long pour la découverte de ce document. Nous notons également qu’il est cité dans le roman historique remarquablement bien écrit d’Alphonsine Després, sous son pseudonyme d’Aurore Desroches, intitulé « Du Porridge Écossais aux Ployes MadwaskaÏennes ».

Figure 88 – Extraits de George Head, « Scènes et incidents forestiers dans les contrées sauvages d’Amérique du Nord ; Journal d’un voyage d’hiver d’Halifax au Canada », 1929.

Gilles Long nous fournit également les informations suivantes sur la famille de Philip et Marie-Julie Long en 1805, informations pertinentes pour comprendre le texte du récit de George Head.

Dans le texte de George Head, il est fait mention de « la maîtresse de maison et de sa sœur ». Qui était cette sœur ? Gilles Long a proposé trois possibilités :

Marie-Reine (1765) ;

Marie-Josephte (Josette), marraine de Marie-Julie ;

Geneviève, qui épousera Jean Poitras en 1782 ;

Marie-Archange (1773), qui épousera Jean-François Miville-Deschênes à Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1791. Comme elle habitait non loin de là, elle pourrait également être une candidate possible.

Les trois sœurs nées après Marie-Julie décèdent en bas âge.

Naissance de Julie Hortanse Long

Naissance de Julie-Hortanse à Québec le 25 mars. Elle ne vivra que neuf mois. Elle était la deuxième Julie de la famille à naître et à mourir.

Philippe Long et sa famille résident toujours à Québec en 1805.

Gilles Long et Gilles Paillard ont découvert un recensement effectué à Québec qui prouve que la famille de leur ancêtre s’y était installée. Ce recensement religieux a été réalisé par la paroisse de Mgr. Le recensement de Plessis, effectué le 15 mai 1805, indique qu’un certain Phil Loan, courrier d’Alifax, habitait au numéro 16 de la rue Sainte-Ursule, dans le Vieux-Québec. Dans cette même maison, vingt-huit personnes étaient recensées !

Le recensement mentionne les personnes suivantes :

Cinq paroissiens (dont au moins un communiant) et un protestant. Ce dernier devait être notre ancêtre.

Gilles a recensé les cinq personnes qui vivaient avec Philippe à cette époque : Marie-Julie et leurs quatre enfants : Judith, Constance, Jean-Baptiste et Julie (née le 25 mars et décédée le 20 décembre 1805).

Voici une miniature du coin de la rue Sainte-Ursule où Philippe Long et sa famille auraient habité. Elle est extraite de la célèbre carte topographique de Bouchette, datant de 1815.

Gilles ajouta que sur les sept enfants nés en 1805, quatre étaient décédés. Les trois enfants survivants (à l’exception peut-être d’Emmanuel) atteindraient l’âge adulte.

Philippe Long reçoit une somme d’argent à remettre à un sculpteur renommé de Québec.

Le 14 juillet 1805, Philip Long reçoit de l’argent en tant que messager pour un service important rendu à la paroisse locale. Le curé, le père Pinet de Saint-Louis de Kamouraska, cherchait à obtenir une commande pour une sculpture destinée à orner son église. Philip promit, en hypothéquant ses biens, de remettre à Pierre Florant Baillargé, maître sculpteur de Québec, la somme de 420 livres et 20 shillings. Cet arrangement fut conclu devant l’avocat local, Thomas Pitt.

Reçu, devant notaire, par Philip Long au nom du curé Pinet, d’une somme d’argent pour un sculpteur à Québec.

N°574

14 juillet 1805 Pitt

Reçu de Philippe Long & de Mefsire Pinet Prêtres Curé

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Pardevant Les Notaires publics en La Province du Bas Canada résidant en La Paroisse St-Louis des Kamouraska en Le Comté Cornwallis sous signé & Les témoins aufsi sous signés

Fut présent Sr Philippe long Courier Lequel a ce jour reconnai avoir eu & recu de Mefsire Alain Pinet Curé à Kamouraska La somme de quatre cent livres Les Livres de vingt sols pour autant chaque qu’il promet sous l’hypotèque de tous ses biens remettre à Pierre Florent Bailliargé, Me Sculpteur à Québec pour autant que Lui doit La fabrique du dit Kamouraska a compte des ouvrages qu’il doit Faire pour La dite Eglifse ? ? La dite comme prometen Quittance & La Livrer au dit Mefsire Pinet a sa demande Car Ainsi & Promettant & Obligeant & fait & pafsé  en La maison Presbitorale apres midi Le quatorze Juillet mil huit cent cinq présence de Paschal Taché Ecuier & Ignace Martin témoins qui ont signé ainsi que le dit Philippe Long signé avec nous Lecture faite trois mots  biffés nuls

Philippe Long

Paschal Taché témoin

Igance Martin                              Thoms Pitt n.p.

Transcription par Gilles Long.

Figure 89 – Reçu de Philip Long et d’autres dignitaires pour une somme d’argent destinée au maître sculpteur québécois Pierre Florent Baillargé, pour une sculpture pour l’église locale de Kamouraska – 15 juillet 1805 – Source : Ghislain Long

La famille Long retourne à L’Islet du Portage

Nous ignorons les circonstances de ce déménagement, mais nous pouvons supposer que la famille Long a quitté Québec entre 1805 et 1806, année de la naissance de Philippe II en octobre.

Naissance de Philippe Long (II) en 1806

En 1806, le deuxième fils de la famille naît et est baptisé le 23 octobre 1806 sous le nom de Philippe Long (II). Aucun document ne mentionne la présence de Philip Long au baptême ; il est désigné comme messager. La famille a donc dû déménager de Québec à L’Islet du Portage entre 1805 et 1806.

B.de Philippe Lang : « L’an mil huit cent Six le vingt trois d’octobre par nous curé de

(L’Islet) l’islette Soussigné a été baptisé philippe Lang né du Sr Philippe Lang Courrier pour le Roi et de Marie Julie Coüillard Dépré de cette Paroisse. Le parrain a été François Chalifour le fils, et la marraire Marie Josette Couillard Dépré qui a Signé avec nous, le Parrain ayant (dit) ne le Savoir, en foi de quoi.

Marie Joseph Couillard depre Jacques Panet ptre.»

Philippe Long (II) s’est marié à Trois-Rivières en 1833.  Plusieurs de ses descendants, ainsi que ses enfants lors de son second mariage, ont écrit leur nom de famille Laing. De nombreux descendants de cette famille continuent aujourd’hui à épeler leur nom de cette façon.

Figure 90 – Certificat de baptême de Philippe Long (II) – 1806 – Source : Gilles Long

Étienne Michaud est engagé comme messager pour Philippe Long en 1808.

En 1808, un contrat est signé entre Philippe Long et Étienne Michaud, qui travaillera désormais pour Long comme messager. Le contrat, daté du 29 mars, prend effet le 6 avril et est conclu pour une durée de douze mois. Michaud doit assurer la distribution du courrier entre Québec et Grand-Saut (Nouveau-Brunswick). Autre précision : Philippe réside de nouveau à L’Islet et non plus à Québec.

Gilles Long nous a transmis la transcription suivante d’un extrait du contrat complet.

«… il est néanmoins convenu que le dit Philipe Long fera le voyage du mois de Mai prochain mais sera tenu le dit Michaud d’aller avec lui ou lui fournir un homme, et si il y a quelques passagers à qui il servira de guide les profits seront au dit Michaud seul sans que le dit Long puisse prétendre quoi que ce soit et pourrait ce le dit Philipe Long promet payer, compter et délivrer au dit Michaud la somme de cent cinquante trois piastres pour la dite année et acompte de laquelle dite somme il sera payé par chaque voyage au bureau de la dite poste à Québec la somme de neuf piastres d’Espagne et tant au marché qu’il y avait entre le dit Long, Michaud, Nadeau et Brillant il restera ce qu’il était avant ces présantes pour mener et ramener le courrier de Québec au Portage et du Portage à Québec.»

Du texte, on apprend que Long a également utilisé d’autres courriers pour son travail, dont un certain Nadeau et Brillant.

Figure 91 – Etienne Michaud est retenu comme messager pour Philip Long le 29 mars 1808 (Page 1) – Source : Ghislain Long.

Naissance d’Emmanuel Long le 10 avril 1808 à l’Islet, Québec.

Il n’y a plus aucune trace d’Emmanuel longtemps après sa naissance. On ne sait pas s’il a survécu.

B. Emmanuel Lang : « L’an mil huit cent huit le onze d’avril par nous curé de L’islette

(L’Islet) Soussigné a été Baptisé Emmanuel né hier de Philippe Lang Courrier du Roi et Marie Julie Dépré de cette Paroisse. Le parrain a été le Sr Emmanuel Dépré et marraine Reine Amelin qui ne sait pas Signer. En foi de quoi. Jacques Panet ptre.»

Figure 92 – Certificat de baptême d’Emmanuel Long – 1808. Source : Gilles Long

Entre la naissance d’Emmanuel et l’année suivante, Philip Long reçut l’ordre de déménager sa famille dans un lieu plutôt désert, où la terre était pauvre mais revêtait une importance stratégique considérable pour les autorités militaires et civiles de l’époque. La décision de Philip fut semée d’embûches et de dangers, et sa famille vécut au jour le jour pendant près de vingt ans dans ce lieu devenu célèbre sous le nom de « Débarquement de Long ». L’endroit servit tantôt de ferme à une famille, tantôt d’auberge aux voyageurs. Philip Long avait l’âge étonnant de 67 ans lorsqu’il s’engagea, avec sa famille, à jouer un rôle si important dans la vie et les tribulations liées au Portage du Canada, de Notre-Dame-du-Portage, près de Rivière-du-Loup, jusqu’à l’extrémité du lac Témiscouata.

Chapitre 6 – La vie familiale au Bas-Canada (1792-1808)

[i] Isaac Weld, Voyages à travers l’Amérique du Nord et les provinces du Canada 1795-1797, Augustus Kelley, Publishers, New York, 1970. Édition originale de 1809.

[ii] Acte de vente entre Philip Long et Michel Nadeau, daté du 28 novembre 1798 à Rivière Ouelle, Québec. Signé devant le notaire Augustin Dionne, en présence des témoins John Walsh et Jos Dubé. Source : Mgr Ernest Lang, Ghislain Long. Transcription du texte original : Gilles Long. Copie : Ghislain Long.

[iii] George Head, Scènes et incidents forestiers dans les contrées sauvages d’Amérique du Nord, Récit d’un voyage d’hiver d’Halifax aux Canadas, Londres, 1829, pages 138-143.