Dénouement au lac Témiscouata (1818-1827)

La fortune des Long-Lang

L’histoire et la légende de la fortune de la famille Long-Lang n’ont peut-être pas de véritable origine ni de date précise. C’est un de ces épisodes de l’histoire familiale qui transcendent véritablement les époques. Pendant un temps, la rumeur a enflammé les rangs des descendants, mais rares étaient ceux qui restaient convaincus de son authenticité, ou du moins de l’existence d’éléments historiques suffisants pour justifier la croyance persistante qu’une fortune, qu’il s’agisse de terres ou de trésors, attendait quelque part ses descendants.

Pour reprendre les mots de Vallet de Viriville :

« Partout où l’on voit une légende, on peut être sûr, en allant au fond des choses, de trouver une histoire.»

[Traduction libre : Là où l’on trouve des légendes, on peut être certain, si l’on va au fond des choses, que l’on trouvera une histoire.]

Rien n’est plus vrai que la fortune de la famille Long-Lang.

Comme pour la quête du Saint Graal, seuls les « dignes » pouvaient prétendre légitimement au trésor supposé. Pour les cyniques, c’est une technique bien connue des charlatans et des vendeurs de remèdes miracles : rendre l’objet du désir si inaccessible qu’il devienne une quête bien plus vaste que sa simple valeur matérielle. Dans notre famille, beaucoup croyaient que ce trésor avait été gagné par notre ancêtre, qu’il lui avait été refusé, ainsi qu’à ses descendants, illégalement, et que la quête pour le trouver et l’obtenir avait même une dimension transformatrice. Bien sûr, comme le raconte Doris Long d’après Lucien Long dans son excellent ouvrage Légendes, Controverses et Faux Espoirs, certains croyaient que le trésor avait bel et bien été trouvé, mais que pour éviter qu’il ne disparaisse instantanément, personne ne devait parler – et que quiconque osait le faire, le trésor s’évaporait comme par magie !

En examinant cette légende, on est frappé par le fait que, même si certains éléments des récits pouvaient paraître fantaisistes, dans certains cas, des membres de la famille, et vraisemblablement leurs familles également, ont été profondément affectés par les ressources englouties pour tenter d’établir un fondement factuel à la croyance en une fortune familiale. Nous recommandons au lecteur de consulter, en annexe, le remarquable ouvrage de Doris Long intitulé « Légendes, controverses et faux espoirs » [traduction de Jeannine Couture]. Notre propre analyse de la légende s’appuiera par endroits sur ce texte et tentera de l’enrichir d’informations complémentaires axées sur tout fondement factuel présumé de la légende. Nous pensons qu’elle constitue une partie essentielle de notre histoire familiale et, en évaluant ces informations, nous nous efforcerons d’honorer les familles qui, dans une période de grande détresse, ont espéré un secours et ont placé leurs espoirs dans ce qui s’est avéré être un mélange de faits et de contes de fées.

Mgr Ernest Lang demeure notre meilleure source pour établir les origines de la Légende de la Fortune. Dans son livre, il relate que les anciens membres de la famille ont transmis oralement cette histoire, de génération en génération, qui se composait des points suivants :

La fortune aurait consisté en un vaste domaine – certains croyaient qu’il englobait la totalité de la seigneurie de Témiscouata (peut-être jusqu’à six milles de profondeur tout autour du lac) ; pour d’autres, les « extrémistes » comme les qualifie Mgr Lang, il y aurait également eu d’importantes réserves de liquidités, se chiffrant en millions, prétendument déposées dans des banques londoniennes, attendant que les descendants de Philip Long réclament leurs « biens », leur héritage.

Mgr Lang raconte que ce trésor était une récompense pour Philip Long pour ses exploits, notamment pour son célèbre acte de bravoure, ainsi que pour ses « services rendus au roi et à la patrie ». Comme pour presque toutes les histoires orales, il convient toujours de s’efforcer de déterminer s’il existe une part de vérité ou de faits ayant pu engendrer la croyance qui allait se transformer en une légende aussi bien articulée et détaillée que celle de la fortune de la famille Long-Lang. Je vous soumets les éléments suivants pour examen. Toutefois, il appartiendra à chaque lecteur de juger de leur pertinence.

Philip Long a rendu de grands services à son roi et à son pays, et a joué un rôle important dans le maintien des lignes de communication entre Québec et Fredericton à une époque où il était crucial pour le gouvernement, tant militaire que civil, de disposer d’une telle voie de communication stratégique. Philip a été nommé à ce poste par le gouverneur de l’époque, Sir James Craig, appuyé par le sous-directeur général des postes, Hugh Finlay, et soutenu malgré tout par des directeurs généraux des postes ultérieurs comme George Heriot. Son prédécesseur, David Higginbotham, avait reçu une concession de 500 acres à l’extrémité du lac Témiscouata du gouverneur Frederick Haldimand, au sein de la seigneurie de la Rivière du Loup (cette concession était en réalité indue, à l’insu de Haldimand, car le terrain appartenait déjà à Sir James Murray). Pourquoi serait-il si saugrenu de croire que Philip Long aurait également bénéficié des faveurs des mêmes personnes importantes qu’il connaissait si manifestement ?

Notre ancêtre était également autorisé à utiliser autant de terres qu’il le souhaitait autour du lac Témiscouata. Nous le savons grâce au rapport du major Elliott, qui relate ce qui suit :

Page 154 – « …En conséquence, il s’est établi à son lieu de résidence actuel et, bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de ne jamais obtenir de concession de terre, il affirme que le colonel Fraser, dont il relève de la seigneurie, lui a assuré qu’il ne serait pas dérangé dans la possession de ces terres et qu’il n’aurait pas à payer de loyer. Toutefois, si son fils ou un membre de sa famille y demeure, il devra payer un loyer.» [i]

En 1817, Philip, puis son fils Jean-Baptiste et Alexander Fraser en 1824, vendirent des parcelles des terres qu’il avait défrichées avec peine. Il est possible que personne dans la famille, même après des centaines d’heures de recherches aux Archives et des voyages le long du Saint-Laurent, n’ait jamais retrouvé le contrat de vente, aujourd’hui connu, entre Philip Long, Alexander Fraser et Joseph Bouchette. Mais il est clair pour nous que cette découverte a bouleversé notre perception des droits de Philip, quels qu’ils fussent, sur les terres entourant le lac Témiscouata. Fraser était le propriétaire incontesté de la seigneurie du lac Témiscouata et de Madawaska, et sa décision d’en « donner » un tiers à Bouchette aurait dû être un accord entre lui et Bouchette seulement. Pourquoi la signature de Philip et la renonciation à ses « droits » étaient-elles nécessaires ? Il nous semble évident qu’il existait des droits résiduels, ou du moins des doutes quant aux droits de Philip, et que Fraser devait les dissiper d’une manière ou d’une autre. S’il y a un doute, pourquoi pas plusieurs ? Cette transaction foncière sera examinée plus en détail un peu plus loin dans ce chapitre. Nous savons qu’Alexander Fraser ne considérait pas Long comme un colon de sa seigneurie, au même titre que les autres. Dans sa lettre au colonel Darling, secrétaire militaire, en 1823, il écrivait :

« Philip Long (et non Luke Long) n’est pas considéré, je suppose, comme un colon. Il a été placé ici par le directeur général des postes.» [ii]

Dans le cadre de cette transaction entre Long, Fraser et Bouchette en 1817, Philip Long obtint des droits sur d’autres terres de la seigneurie. Où se situaient ces terres ? Philip a-t-il jamais renoncé à ses droits sur ces terres ?

Plus tard, alors que la légende de la fortune prenait de l’importance au sein de la famille, jusqu’à exiger la création d’un comité, la nomination d’un secrétaire et la délivrance de certificats à ceux qui seraient « éligibles » à recevoir une part de ladite fortune, l’idée d’un bail emphétique de 99 ans fit son apparition dans la famille, notamment grâce à William Oakes. Aucun document n’a jamais prouvé l’existence d’un tel « bail ». Selon Doris Long, certains ont juré avoir vu ce morceau de papier, mais ce document avait lui aussi comme par magie disparu entre les mains d’avocats « véreux ».

Figure 131 – Certificat d’Héritage – La Légende de la Longue Fortune – 1947. Source : Doris Long

Mgr Lang relate dans son ouvrage qu’entre 1930 et 1935, l’histoire de la fortune familiale connut un regain d’intérêt « fiévreux ». Ce regain d’intérêt fut déclenché par la construction d’un barrage sur le lac Témiscouata, destiné à réguler le débit d’eau du lac vers la rivière Madawaska. Selon Doris Long, la rumeur courait que les vastes étendues de terres entourant le lac, exploitées par la Compagnie Fraser, appartenaient en réalité à Philip Long. Mgr Lang suggère surtout que des « titres de propriété » en ce sens auraient été découverts et que l’acquisition des droits sur cette fortune était imminente : un petit effort supplémentaire, un peu plus d’argent. Aujourd’hui, nous savons que ceux qui soutenaient ces revendications de titres légaux étaient des avocats de la province de Québec, des charlatans, voire des escrocs, qui passaient leur temps à raconter des histoires à de nombreuses familles sur de prétendues fortunes et à insuffler de faux espoirs à des personnes aux revenus modestes, qui finirent par se faire duper de leurs maigres ressources.

Mgr Lang lui-même fut sollicité pour les recherches par l’un de ses plus fervents défenseurs : Romuald Lang, de Saint-François, également connu sous le nom de Grand Minal (son fils Romuald était connu sous le nom de Petit Minal). Ils convinrent d’engager un avocat d’Edmundston, Me A. M. Chamberland, pour tenter de découvrir les titres légaux. Ils firent au moins un voyage à Rivière-du-Loup où ils découvrirent quelques documents, mais aucun n’avait de rapport avec la légende de la fortune. Nous pouvons toutefois nous réjouir de ce voyage, car il a permis d’amorcer la recherche d’informations documentaires authentiques sur Philip Long, fondées sur des documents historiques et d’archives plutôt que sur la seule tradition orale. Nos trois « amis » se sont rendus jusqu’aux Archives du Québec lors de ce fameux voyage, mais cette visite n’a rien donné. Mgr Lang raconte cependant comment ils ont discuté de leur quête avec un archiviste âgé, qui les a dissuadés de poursuivre leurs recherches, car beaucoup avaient été tentés par de telles histoires fantaisistes et en avaient perdu la vie. [iii]

Certains événements liés à la légende de la Fortune étaient en réalité assez cocasses. Nous souhaitons citer un épisode tiré de la merveilleuse description que fait Doris Long de la légende (texte intégral en annexe) :

« Durant cette période, toutes sortes d’anecdotes cocasses ont fait surface au sujet du coffre enterré. En voici une qui mérite d’être mentionnée ; elle est basée sur les souvenirs de Lucien Long. L’histoire se déroulerait dans les années 30. Nombreux furent ceux qui participèrent à la recherche de cette prétendue fortune. On consulta même une voyante et une rumeur commença à circuler selon laquelle les recherches devaient débuter à la ferme de Liguori Long, le père de Lucien Long. Cette ferme se situe à Clair. Un beau matin, Liguori découvrit avec surprise 18 trous creusés ici et là sur ses terres. Durant la nuit, les partisans de cette croyance avaient décidé de « régler le mystère » une fois pour toutes et avaient creusé les trous sur les terres de Liguori. On racontait même qu’un coffre avait été trouvé, mais qu’il avait disparu. La raison était étrange et digne des contes irlandais. Si le coffre était retrouvé, personne ne devait en parler sur le moment, sous peine de… » Le coffre disparaissait. Et… c’est ainsi qu’il se perdit dans les brumes du temps !

Voici une autre anecdote, cette fois concernant les titres de propriété au lac Témiscouata. Vers 1949, ma mère, qui habitait alors à Clair, vit deux hommes s’approcher de la maison. Ils frappèrent à la porte. Arrivés de Cabano, élégants et polis, ils demandèrent l’autorisation de procéder à une coupe de bois sur les terres de Philip. La légende avait pris racine au-delà du cercle familial !

En 2006, Benoît Long a pu consulter le fonds de recherche sur Philip Long conservé aux Archives nationales à Ottawa. Ce fonds contient toutes les demandes et toutes les réponses fournies par les Archives nationales à toute personne ayant formulé des demandes d’information sur Philip Long. Tous les noms ont été masqués afin de protéger l’anonymat, mais il est possible, à partir de ce fonds, de reconstituer la chronologie des demandes. Nous présentons ces informations afin de démontrer comment ces avocats peu scrupuleux ont pu obtenir une quantité considérable de renseignements sur Philip Long tout en refusant à toute la famille, sur plusieurs générations, et même à Mgr Long lui-même, l’accès à ces informations qui auraient pu approfondir leur compréhension de Philip Long et de son histoire..:

1933

Les premières demandes consignées concernaient la seigneurie de Madawaska.

Elles indiquaient que Philip Long aurait pu recevoir une concession de terres autour du lac Témiscouata, mais qu’aucun document ne le prouvait.

La question relative à la seigneurie mentionnait également des sources permettant de retracer son histoire et ajoutait le nom de Mary Anne Dupéré, épouse de Jean-Antoine-Nicolas Dandame Danseville, seigneur de l’Étendard, et veuve de Pierre Claverie.

Enfin, il était indiqué que Philip Long figurait également sur la liste des pensionnaires de l’asile de Sorel et qu’il était décédé à l’âge de 74 ans [note : il s’agissait d’un autre Philip Lang ayant servi au 34e Régiment].

Une autre lettre poursuivait les mêmes recherches, mais cette fois, les archivistes avaient mis au jour des documents supplémentaires : la lettre de Cowan à Addison en 1816, celle de 1815 accordant à Philip des vivres supplémentaires après la perte de ses récoltes, et la présence de Philip Long dans le rapport Elliott de 1823 et le recensement des soldats le long du portage de Témiscouata.

1934

Tous les documents connus concernant John, Phillip Lang (ou Long) étaient joints.

Il n’y avait pas de liste, mais il s’agissait des mêmes documents qui seraient renvoyés par les Archives en 1937.

Dans cette lettre, nous apprenons que les mêmes questions avaient été posées en 1932 par un certain M. J.-B. Lavoie, avocat de la Rivière-du-Loup en Bas. L’archiviste s’excuse d’ailleurs de ne pouvoir envoyer de documents plus récents !

L’archiviste réaffirme qu’ils ne possèdent absolument aucun document concernant une prétendue concession de terres autour du lac Témiscouata au messager Lang ou Long.

1936

Autres lettres concernant les seigneuries de Témiscouata et de Madawaska ;

Cette fois, les archivistes transmettent une pétition d’Alexander Fraser datant de 1838 – son contenu reste inconnu ;

Quant à Philip Long, la question des concessions autour du lac est de nouveau posée, mais aucun document n’est trouvé, ce qui est clairement indiqué aux auteurs des lettres ; toutes les informations de 1933 sont répétées ; un fait supplémentaire est ajouté à l’histoire de la seigneurie : elle a été vendue par Marie-Anne Dupéré à James Murray le 20 juillet 1763.

Il semble que deux groupes d’avocats ou de personnes aient écrit aux Archives pour obtenir ces informations, car différentes lettres reprennent les mêmes éléments à plusieurs reprises.

Enfin, les lettres mentionnées précédemment sont non seulement référencées, mais ont également été transcrites directement par les archivistes. Il aurait été très utile aux chercheurs de recevoir ces lettres. Nous supposons qu’elles ont été conservées par les avocats, car rien n’indique que Mgr Lang en ait jamais reçu copie.

1937

Toutes les mêmes références à Philip Long se répètent – ​​on compte maintenant 10 lettres et documents cités – étant donné que certaines personnes n’y ont pas eu accès pendant un certain temps (la plupart ont d’ailleurs été utilisées par Robert Pichette dans son article de 1957 paru dans Le Madawaska), nous estimons utile de reproduire la liste des Archives de 1937 :

Long, Philip, colon. Explication des raisons du retard de son allocation ; un compte sera rendu et le solde sera remis à toute personne autorisée à en prendre la charge. (C.284, p. 84) Québec, 27-3-1811.

Long, Philip, colon, lac Témiscouata, près du Grand Portage. Demande de renouvellement de l’autorisation de versement de sa rente. Québec, le 29 novembre 1811. (C. 284, p. 91).

Long, Phillip, colon, Lac Témiscouata, L.C. Demande que sa pension soit désormais versée à Henry Cowan, maître de poste, Québec. Québec, 31-7-1816 (C. 284, p. 207)

Long, Philip, colon, Lac Témiscouata (ancien messager). Plainte déposée contre lui pour avoir retenu du courrier anglais. Lettre du maître de poste H. Cowan au lieutenant-colonel Addison. Bureau de poste, Québec, 10-10-1816. (C. 284, p. 213)

Long, Philip, colon, Lac Témiscouata. Renouvellement du mandat pour le versement de sa pension; instructions données au commissaire général pour son versement, comme d’habitude, au maître de poste Heriot, en son nom. Québec, 16-12-1811. (C. 1218, p. 98)

Long, Philip, colon, Lac Témiscouata. Proposé comme inspecteur auprès du Grand Voyageur pour la construction d’une route sur le portage, de River-du-Loup au Lac Témiscouata, sur la ligne de communication entre le Bas-Canada et le Nouveau-Brunswick. Joseph Bouchette à Sir G. Prevost. Québec, 30 juin 1814. (C. 621, p. 24)

Long, Philip (ancien soldat et colon du lac Témiscouata) à Sir Gordon Drummond. Demande d’aide suite à la mauvaise récolte habituelle de céréales. Recommandation favorable du général Sir S. Backwith, quartier-maître général de Québec. 18 novembre 1815. (C. 506, p. 82)

Long, Philip, sur la liste des pensionnés. Non considéré comme colon ; inscrit par le directeur général des postes. Lac Témiscouata, 21 septembre 1823. (C. 198, p. 56)

Long, Philip. Sur l’établissement des invalides de Sorel entre le 25 septembre et le 24 décembre 1829. (C. 281, p. 166)

Je trouve personnellement cette liste étonnante. Compte tenu de l’année où il a été mis à la disposition de ceux qui enquêtaient sur la vie de Philip Long, toutes les lettres et tous les documents ont été transcrits par les Archives et joints à celui-ci.

Nous avons reproduit en annexe, dans une excellente traduction de Jeannine Couture, le récit captivant de Doris Long sur la fortune de la famille Long-Lang.

Une transaction foncière bouleverse l’histoire familiale

Les pages suivantes aborderont un pan important de l’histoire de notre famille. Si ce document avait été plus largement connu, la légende de la fortune Long-Lang n’aurait peut-être pas marqué tant de soirées familiales, ni bouleversé tant de vies. Quoi qu’il en soit, la transaction foncière du 31 mars 1818 à Québec représente un véritable tournant dans la fortune de Philip Long. Il en a tiré un profit considérable et a acquis des droits sur d’autres parcelles de terre au sud du lac Témiscouata. Il nous faut cependant tenter de comprendre comment ces trois hommes se sont associés pour conclure une transaction aussi historique.

Avant d’aller plus loin, il est important de souligner le travail de Jean-Claude Massé, professeur de mathématiques à l’Université Laval, qui a mis au jour ce document important dans le cadre de ses recherches pour un ouvrage consacré à la ville de Cabano. Il a trouvé cette transaction et les documents juridiques aux Archives de Québec, et Gilles Paillard en a transcrit une copie. Malheureusement, nous ne possédons pas de photocopie de l’original transcrit par Massé et Paillard.

Les trois hommes se connaissaient manifestement bien. Long était installé à l’extrémité du lac Témiscouata depuis 1809 et y travaillait comme messager depuis plus de vingt ans. Fraser était propriétaire de la seigneurie de la rivière du Loup et de Témiscouata (qui comprenait alors également la seigneurie de Madawaska). Bouchette avait été arpenteur général pendant un certain temps et avait beaucoup voyagé dans la région. Il avait dressé de nombreuses cartes, arpenté chaque rang et fief de la seigneurie, et réalisé de magnifiques gravures, comme celle de la ferme Long et des chutes Grand Falls sur le fleuve Saint-Jean. Mais Fraser et Bouchette projetaient une transformation encore plus ambitieuse pour la région.

Ils avaient élaboré des plans détaillés pour la création d’une ville sur les rives du lac Témiscouata, qui s’appellerait Kent et Strachern. Bouchette, dans son Dictionnaire topographique, lui accordait une importance considérable – sans jamais révéler, bien sûr, qu’il avait un intérêt majeur dans le développement de cette ville, puisqu’il possédait un tiers de la seigneurie au moment où Fraser et lui avaient conclu leurs transactions. Nous appellerions cela aujourd’hui du « marketing intégré » !

D’après le Dictionnaire biographique canadien en ligne et la notice consacrée à Joseph Bouchette, on apprend ce qui suit :

« À Londres, Bouchette publia en 1815 une carte du Bas-Canada à l’échelle de 24 milles par pouce, accompagnée d’un catalogue en français, également paru en anglais sous le titre « A topographical description of the province of Lower Canada ». L’ouvrage fut manifestement bien accueilli dans les milieux scientifiques, puisque le 1er avril 1816, la Société pour l’encouragement des arts, des manufactures et du commerce de Londres lui décerna une médaille d’or. De retour au Bas-Canada, Bouchette reçut une autre marque de reconnaissance, cette fois du seigneur Alexander Fraser, qui, en novembre 1817, lui fit don d’un quart des seigneuries de Madawaska et de Lac Témiscouata. En mars de l’année suivante, Fraser en acquit un douzième en copropriété.»

N’est-ce pas étonnant comme les pièces du puzzle s’assemblent parfois grâce aux bonnes informations sur les bonnes personnes ? Fraser a mis à profit sa relation avec Bouchette pour, pour ainsi dire, faire connaître sa seigneurie. Bouchette est devenu un partenaire et un allié précieux, et compte tenu de son influence, Fraser devait être convaincu que Bouchette pouvait jouer un rôle déterminant dans sa capacité à trouver des colons et à les amener dans sa future ville. D’autres sources nous apprennent qu’Alexander Fraser n’a quitté sa demeure de Rivière-du-Loup pour s’installer au lac Témiscouata qu’en 1814, et qu’il avait alors réussi à y installer quatre familles de colons. En faisant un don à Bouchette en 1817, Fraser espérait accroître considérablement ses chances d’attirer des colons dans sa seigneurie.

C’est là que Philip Long entre en scène. Nous savons que Philip a rencontré d’importantes difficultés pour faire valoir ses droits sur les terres qu’il occupait depuis 1809. La concession accordée à Higginbotham l’avait été « par erreur » [selon Hugh Finlay, puisque Sir James Murray était en réalité propriétaire de la seigneurie en 1784], et nous savons qu’Higginbotham avait tenté de la vendre en 1789. Nous ignorons s’il y est parvenu, mais nous en doutons, car dans les Voyages en Amérique du Nord de Patrick Campbell, nous savons que la maison d’Higginbotham à l’extrémité du lac Témiscouata était habitée en 1791, en ruine mais toujours debout. Il est probable que Higginbotham n’ait jamais pu vendre ses terres pour la même raison que Philip Long n’a pas pu par la suite faire valoir clairement ses droits : ces terres faisaient partie de la seigneurie de Témiscouata, et en 1814, cette seigneurie appartenait manifestement à Alexander Fraser, ancien capitaine du 84e régiment d’infanterie, 1er bataillon, des Royal Highland Emigrants, qui faisait partie du Département du Nord pendant la guerre d’Indépendance américaine. [iv]

L’acte de vente des terres entre Philip Long, Alexander Fraser et Joseph Bouchette est donc d’une grande importance historique pour notre famille.

Premièrement, cette vente confirme que tous les droits acquis par Philip Long sur les terres situées à l’extrémité du lac Témiscouata ont été éteints par ce document. À la lecture de ce texte, on imagine aisément l’impact qu’il a pu avoir sur les membres de notre famille qui ont cru pendant tant d’années à une histoire de fortune miraculeuse, en partie liée à des droits fonciers non éteints aux alentours du lac Témiscouata ou dans la seigneurie de Madawaska.

Les terres situées à l’extrémité du lac Témiscouata avaient appartenu à David Higginbotham, un messager auprès des Amérindiens, témoin principal du mariage de Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després en 1792. On sait aujourd’hui qu’Higginbotham avait reçu les droits sur ces terres du gouverneur Haldimand, à la fois en récompense de ses services de messager durant la guerre d’Indépendance américaine et afin d’établir une liaison postale régulière entre Québec et Halifax, en remplacement de celle interrompue avec New York.

Le texte nous apprend également que :

Philip Long s’était établi à cette extrémité du lac sans titre de propriété incontestable, mais il y avait apporté quelques améliorations au fil des ans.

Alexander Fraser et Joseph Bouchette étaient associés et co-seigneurs dans une nouvelle entreprise : la création d’une nouvelle ville, Kent et Strachern, à l’emplacement même où se trouve aujourd’hui Cabano.

On apprend également le prix exact et les conditions de vente du terrain vendu par Philip Long : quinze livres sterling.

Une concession lui fut accordée, ainsi qu’à ses descendants, pour une superficie située comme suit :

Cent quatre-vingt-quatre pieds (mesures anglaises et perpendiculaires) des lots 1, 2 et 3, délimités par le lac en face, la rue Fraser en arrière, le marché aux poissons d’un côté et le marché local de l’autre. On apprend ici que la maison de Philip Long se trouvait précisément sur le lot 3, comme mentionné précédemment. Ces lots provenaient d’un ensemble de plans déposés au cabinet de l’avocat W.F. Scott.

De plus, Philip Long devait obtenir les droits sur deux lots ou fermes à créer dans la seigneurie, à choisir par lui-même ou ses héritiers, et ce avant que quiconque puisse choisir ses propres terres lors de son installation dans la région. Les titres de propriété seraient assortis des mêmes conditions, à l’exception de l’exemption de la rente foncière.

Fait intéressant : le 12 août 1824, Jean-Baptiste Long et Marguerite Émond (son épouse) vendirent à Alexander Fraser une parcelle de terre de quatre acres de large, d’une profondeur équivalente à une concession complète depuis le lac, située à environ une demi-lieue de la maison de Philip Long. Le plus intéressant est sans doute la note figurant à la fin de l’acte de vente, indiquant que Jean-Baptiste avait obtenu cette terre par concession, mais qu’aucun document ne pouvait le prouver. De toute évidence, l’acte mentionné en 1824 est certainement celui conclu entre Long, Fraser et Bouchette en 1818 !

L’histoire devient peut-être encore plus intéressante. La vente de 1818 accorda deux concessions à Philip, et jusqu’à très récemment, nous n’avions aucune trace de la seconde (si l’on considère, comme il se doit, que la vente de 1824 représentait la première).

Alexander Fraser devait faire don à Joseph Bouchette d’une vaste portion de terre le long de la rivière Madawaska, d’abord en novembre 1817, puis en mars 1818. Bouchette vendrait plus tard ces terres pour financer son second ouvrage majeur, « Les Dominions britanniques en Amérique du Nord ; ou description topographique des provinces du Bas-Canada et du Haut-Canada… » (2 vol., Londres, 1832).

Or, nous avons récemment retrouvé une lettre de Philip Long à Alexander Fraser, datée du 5 janvier 1827, dans laquelle Philip mentionne la vente d’une parcelle de terre pour laquelle il devait être payé sur une période de deux ans. D’après le contenu de cette lettre, il est assez clair que la seconde vente d’une parcelle de terrain, encore non localisée, a bien eu lieu entre 1825 et 1826. Cela signifierait qu’avant de quitter la région du lac Témiscouata, Philip avait vendu tous les terrains qu’il avait aménagés depuis son arrivée en 1809, ou qu’il avait acquis par divers achats.

Nous savons également maintenant que les parcelles de terrain que Philip a obtenues pour lui et sa famille lors de la transaction de 1818 avec Fraser-Bouchette étaient en fait très proches de l’endroit où Alexander Fraser s’était installé, au cœur de sa nouvelle ville de Kent et Strachern. Cette transaction semble donc avoir été avantageuse pour Philip, car la présence de personnalités aussi importantes que Bouchette dans le secteur immobilier autour du lac Témiscouata ne pouvait que favoriser la prospérité de tous – une perspective d’affaires des plus prometteuses !

Nous restons convaincus que cette transaction foncière et l’acte de vente de 1818 revêtent une importance capitale pour la famille Long. Cette importance est d’autant plus grande que, si seulement son existence avait été connue, l’histoire de Fortune aurait pu prendre une tournure inattendue. L’auteur émet l’hypothèse que les avocats qui, au début des années 1930, utilisaient les maigres ressources de nos familles pour « effectuer des recherches » sur les concessions de terres aux alentours du lac Témiscouata, étaient probablement au courant de cette transaction. S’ils ont été prêts à dissimuler à la famille toutes les lettres et tous les documents reçus des Archives pendant près de dix ans, pourquoi auraient-ils hésité à partager d’autres informations susceptibles de mettre un terme aux activités qu’ils semblaient avoir menées à Clair ?

Voici le texte intégral de cet important document.

Accord du 31 mars 1818 Philip Long

et Joseph Bouchette

Le trente et unième jour de mars de l’an de grâce mil huit cent dix-huit, devant nous, les soussignés, notaires publics dûment admis et assermentés pour la province du Bas-Canada et résidant dans la ville de Québec, dans ladite province, se sont présentés en personne Philip Long, de la partie du fief et seigneurie du lac Témiscouata située à l’extrémité du portage, actuellement dans ladite ville de Québec, yeman d’une part, et Joseph Bouchette, écuyer de ladite ville de Québec, arpenteur général de ladite province, agissant pour les effets des présentes pour lui-même et pour Alexander Fraser, de la paroisse de Saint-Patrick, dans la seigneurie de la rivière du Loup, dans le comté de Cornwallis, dans le district de Québec, écuyer, en qualité de coseigneurs dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata d’autre part.

Lesdites parties, en présence de nous, lesdits notaires, ont et déclarent par les présentes, individuellement, reconnu et admis l’engagement, la promesse et le contrat qui s’est formé l’une envers l’autre, comme suit : Attendu que ledit Philip Long s’est établi sur la partie susmentionnée dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata sans aucun titre et y a apporté certaines améliorations ; Attendu que lesdits Joseph Bouchette et Alexander Fraser se proposent de fonder une ville à l’endroit ainsi établi et amélioré par ledit Philip Long, laquelle serait appelée la ville de Kent ; et attendu que ledit Philip Long, pour les considérations ci-après mentionnées, a accepté de céder auxdits Joseph Bouchette et Alexander Fraser la partie dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata qu’il a établie et améliorée comme susmentionné ; Or, les présentes attestent que ledit Philip Long, pour les considérations ci-après mentionnées et la somme de quinze livres, monnaie courante de cette province, lui a été versée par ledit Philip Long avant la signature des présentes par ledit Joseph Bouchette. Reçu dûment acquitté, ledit Philip Long reconnaît et ne quitte pas les lieux – a cédé et cède par les présentes audit Joseph Bouchette et Alexander Fraser, acceptant ledit Joseph Bouchette comme suit, c’est-à-dire – La partie susmentionnée dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata, établie et améliorée par lui-même, ledit Philip Long, comme indiqué ci-dessus, et tous les droits, réclamations et prétentions quelconques de lui-même, ledit Philip Long, sur et hors de ladite propriété, en raison de ladite installation et amélioration ou de toute autre manière.

Pour avoir et détenir la totalité et la totalité desdits lieux ainsi cédés audit Joseph Bouchette et Alexander Fraser, leurs héritiers et ayants droit, à compter de ce jour et à perpétuité. Et en présence de nous, lesdits notaires, ledit Joseph Bouchette, agissant comme susmentionné et en considération supplémentaire de ladite cession ainsi effectuée, a et accorde par les présentes à ledit Philip Long, lequel accepte ce qui suit, à savoir : lui donner immédiatement, ainsi qu’à ses héritiers ou ayants droit, sur le plan d’arpentage et de subdivision de ladite ville de Kent proposée, des titres de concession pour les lots décrits ci-après, dont il conservera la possession, d’une superficie de cent quatre-vingt-dix-huit pieds carrés, soit les lots n° 1, 2 et 3, situés entre le lac à l’avant et la rue Fraser à l’arrière, et le marché aux poissons d’un côté, et la rue séparant lesdits lots de la place du marché de l’autre côté. Sur l’un de ces lots, à savoir le n° 3, adjacent à cette dernière rue, se trouve la maison dudit Philip Long. Située et construite conformément au plan de ladite ville, déposé au bureau de W. F. Scott, l’un des notaires soussignés, pour référence. Accompagnée également de titres de concession pour deux terres ou fermes à aménager dans ledit fief et seigneurie du lac Témiscouata et à choisir par ledit Philip Long, ses héritiers ou ayants droit, avant que toute autre terre ou ferme ne soit concédée à quiconque. Lesdits titres de concession pour les lots et terres de la ville seront assortis des conditions habituelles dans des cas similaires et de celles qui seront accordées aux autres censitaires.

Et pour l’exécution des présentes, lesdites parties élit domicile à leurs résidences actuelles et respectives susmentionnées.

Fait et adopté à Québec,

au bureau de W. F. Scott, l’un des notaires soussignés, le jour et l’an susmentionnés, à midi. En foi et en témoignage de quoi, lesdites parties ont d’abord dûment lu, signé et apposé leurs noms et signatures respectifs en présence de nous, lesdits notaires, également signataires.

Les mots raturés sont nuls.

Les notes marginales approuvées sont valables.

Philip Long

Jos. Bouchette

B. Lelievre

W. F. Scott

1 Mesure anglaise en largeur perpendiculaire

2 Après que lesdits Seigneurs y auront constitué les réserves qu’ils jugeront appropriées

3 mais sans autre rente que les cens

Entre 1818 et 1823, nous n’avons connaissance que de quelques événements familiaux notables. La famille Long, au lac Témiscouata, ne connaît pas de grands bouleversements. Cependant, nous savons que les difficultés persistantes liées au climat, à la pauvreté des sols et à l’isolement pesaient lourdement sur les autres colons, et probablement aussi sur la famille de Philip Long.

Naissance de Michel Long, le 29 septembre 1820

D’après Mgr Lang, Michel est né le 29 septembre 1820. Il a été baptisé à Saint-Basile le 20 août 1821. Michel laissera une très nombreuse descendance. Il a vécu à Clair, au Nouveau-Brunswick, toute sa vie, à notre connaissance. Si l’on considère que Philip Long est né en 1742, il aurait eu 78 ans à la naissance de Michel.

Mariage de Jean-Baptiste Long et de Marguerite Émond, le 20 août 1822.

Voici une copie de l’acte de mariage célébré à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick.

Figure 132 – Acte de mariage entre Jean-Baptiste Long et Marguerite Emond, 1822.

Mariage J Bte Long & Marguerite Emond

Le vingt aout Mil huit cent vingt deux après la publication detrois bans de mariage faits au prone de la paroisse par trois dimanches consécutifs entre Jean Baptiste Lang cultivateur au bod du lac Thémisquata le fils Majeur de Philippe Lang cultivateur du même lieu et de Marie-Couillard Després d’une part et Marguerite Emond Domiciliée de cette paroisse fille mineure de Bernard Emond cultivateur de cette paroisse et de Marie Ange (Anne) Dubé d’autre part nés étant Décourventaire xxxx et mariages, nous soussignés irages et leurs ont donné la Bénidiction par de l’Église en présence de Philippe Lang père… pour soussignes, Honoré Marquis amis de l’épouse de Baptiste Long, père de l’épouse, de Pare Emond oncle de l’épouse, qui ainsi que les les épouses n’ont pu signer, les simples absentes, lecture faite.

Philippe Long

Figure 133 – Signature de Philip Long sur l’acte de mariage de Jena-Baptiste Long, 1822. Philip avait 80 ans.

Si l’on observe attentivement la signature ci-dessus, on constate que la force qu’elle avait en 1784 a complètement disparu. L’auteur de ces lignes estime que cela confirme que Philip Long avait bien 80 ans à la date du mariage de son fils aîné avec sa promise.

John Mann, Voyages en Amérique du Nord – Visite à Long’s Place entre août 1822 et mars 1823.

Ce livre a été une découverte extraordinaire pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la vie familiale à Long’s Farm et qui souhaitent mieux comprendre qui était Philip Long. Ghislain possédait un exemplaire de ce livre, qui trône aujourd’hui sur une de mes étagères, me rappelant les précieuses anecdotes que recèlent les journaux intimes à travers l’histoire. John Mann était un Écossais qui a visité l’Amérique du Nord et qui nous a laissé l’une des descriptions les plus intrigantes et captivantes de notre ancêtre que nous possédions actuellement. Étrange que cette information nous parvienne de cette source plutôt que par la tradition familiale, transmise fidèlement de génération en génération.

Les extraits reproduits ci-dessous sont assurément intéressants, mais le passage le plus important est le suivant :

« Le propriétaire était américain et parlait un anglais correct. La propriétaire était une Française du Bas-Canada, et par conséquent, toute la famille parlait français. Après avoir discuté un peu avec le vieil homme, je suis allé me ​​coucher. »

Il n’est pas surprenant que Philip Long soit décrit par Mann, un Écossais d’Europe, comme un Américain. Cela aurait été tout à fait approprié et exact étant donné que Philip était loyaliste, mais il est important de noter qu’il ne l’a pas décrit par d’autres adjectifs, tels qu’Écossais, Anglais, Britannique, Iris ou autre – ce à quoi on aurait pu s’attendre de la part de quelqu’un rencontrant un homme de la stature et du caractère de Philip en pleine nature. Le choix des mots « pouvait parler anglais avec élégance » est intéressant. L’expression « élégance » est un choix pertinent car elle sous-entend un certain niveau d’éducation et de savoir-vivre. Peut-on déduire quelque chose des origines ethniques de Philip étant donné qu’il parlait un anglais correct ? Difficile à dire.

Quoi qu’il en soit, nous vous invitons à découvrir ce récit captivant et vous encourageons à en savourer chaque passage.

Titre complet : Voyages en Amérique du Nord – Plus particulièrement dans les provinces du Haut et du Bas-Canada, et au Nouveau-Brunswick, ainsi que dans les États du Maine, du Massachusetts et de New York : récit d’aventures et de mésaventures diverses et intéressantes, vécues par l’auteur lors de son voyage parmi les Américains, les Hollandais, les Français et les Amérindiens. Plusieurs interventions remarquables de la divine providence l’ont préservé des dangers, sur terre et sur mer, de 1816 à 1823.

Auteur : John Mann, Glasgow

Imprimeur : Andrew Young, 150, Trongate (1824)

Introduction

… Mann et les passagers du Favorite n’ont rencontré aucun des problèmes que nous venons de décrire, mais il relate ses rencontres avec des personnes qui, elles, les ont rencontrés, comme ces deux Irlandais qu’il a croisés alors qu’ils marchaient de Québec au Nouveau-Brunswick, accompagnés de leurs épouses et de leurs deux jeunes enfants, sans se douter de la distance qu’ils devaient parcourir ni des difficultés qui les attendaient. À cette époque, les gouvernements coloniaux accordaient parfois de petites concessions aux colons installés dans des lieux isolés le long des principaux axes routiers, comme le lac Témisouata et Grand Falls, sur le cours supérieur du fleuve Saint-Jean. Ces concessions visaient à fournir un abri et de la nourriture aux voyageurs, dont beaucoup n’avaient pas les moyens de payer une telle aide. Parmi ces colons, on compte John Long, au lac Témisouata, et Charles Stewart, à Grand Falls, qui, entre août 1822 et mars 1823, ont aidé plus de soixante personnes. Mann décrit ses visites chez certains de ces pionniers courageux, notamment chez John Long, sans toutefois le nommer. (Citation tirée de l’introduction, page VI, par W. A. ​​Spray, Université St. Thomas, Fredericton (N.-B.), 1978, réimprimée par Saint Annes Point Press, C.P. 691, Fredericton (N.-B.) – l’édition originale se trouve chez A. Young, Glasgow (Écosse), en 1824.)

[Note : Étant donné que Spray a utilisé l’Histoire du Madawaska de Thomas Albert dans son introduction, nous pensons que c’est de là qu’il fait référence à John Long plutôt qu’à Philip Long. Éd.]

Autres sections du livre

Voyage de Québec à Fredericton

p. 34-37

« Après avoir voyagé pendant trois jours consécutifs, du lever au coucher du soleil, je suis arrivé au pied du déversoir, à quinze milles en aval de Kammoraskau, où je comptais quitter le fleuve Saint-Laurent.

Le dimanche soir, au moment où j’allais me coucher, dans une auberge de piètre qualité, plusieurs jeunes du voisinage se sont réunis pour boire ; et, étant bien arrosés… » Alors que j’avançais, certaines femmes se mirent à chanter et les autres à danser. Leurs rires m’endormirent, mais je ne le fis pas longtemps car elles me réveillèrent, apportant de l’alcool et me forçant à en boire. Après avoir cédé à leur invitation insistante, je compris à leurs visages et à leurs gestes qu’elles étaient ravies. Elles s’étaient toutes rassemblées pour assister à ce spectacle. Elles continuèrent à danser jusqu’à épuisement, puis se retirèrent. Le lendemain matin, le 10 septembre, je quittai le Saint-Laurent et gravis une hauteur sur la rive sud, où je trouvai une sorte de chemin, tracé à travers les bois, menant à un autre hameau à environ six milles du fleuve. Là, je rencontrai un vieil Indien qui m’informa qu’il se rendait à la taverne que je venais de quitter pour acheter une bouteille de rhum qu’il devait emporter avec lui lors de son voyage au lac Tammisquatta, empruntant le même itinéraire que moi. Je lui dis que je l’attendrais et que sa compagnie me serait agréable, car il Il parlait assez bien anglais. Trois autres Indiens, qui devaient l’accompagner, étaient assis près d’un feu au bord de la route, où ils avaient passé la nuit.

Ils préparaient le petit-déjeuner pendant que leur compagnon allait chercher du rhum. Je me hâtai vers le prochain village pour prendre mon petit-déjeuner et être prêt à partir avec eux. Après m’être rafraîchi, je me reposai jusqu’à leur arrivée. Par chance, je rencontrai une vieille dame (la femme d’un soldat démobilisé) qui m’informa que je devais passer la nuit dans le désert si je voulais poursuivre mon voyage si tard. Entre-temps, les Indiens nous rejoignirent, allumèrent un feu et préparèrent le dîner. L’un d’eux, dès qu’il eut mangé, prit le canoë et se mit en route ; les autres fumaient la pipe. Le vieil Indien qui était allé chercher le rhum en prit généreusement avant de rattraper les autres, ce qui l’empêcha de prendre le canoë à son tour. Cependant, ses compagnons, robustes et agiles, le portèrent à tour de rôle et marchèrent étonnamment bien. Rapidement. Suivant le conseil de la vieille dame, je restai jusqu’au lendemain matin, pensant qu’il ne serait pas difficile de les rattraper le jour suivant.

Me levant tôt, je pris la route, devant parcourir cinquante kilomètres avant de rencontrer la moindre maison. La route était extrêmement pénible, tantôt à travers des marécages, tantôt sur des collines, des rochers et des montagnes, ce qui rendait le voyage très fatigant. J’aperçus au bord de la route des traces de feu non complètement éteint, et j’en conclus que les Indiens y avaient passé la nuit et ne devaient pas être très loin devant moi. Je voyageai d’un pas rapide, désireux de les rattraper, car on m’avait dit qu’il n’y aurait aucune possibilité de me rejoindre, une fois arrivé au lac, sauf dans l’une de leurs pirogues. Dans l’après-midi, je découvris des traces d’un autre feu, où je supposai qu’ils avaient préparé le dîner ; mais j’étais certain qu’il ne pouvait s’agir de ceux que j’avais vus, sinon je les aurais rattrapés depuis longtemps, car leur pirogue était d’un poids et d’une taille considérables. J’ai rencontré trois Irlandais, portant leurs bagages, qui avaient quitté la ville de Saint-Jean et se dirigeaient vers le nord de Can.

Après avoir terminé ma conversation avec les Irlandais, je repris ma route pour rattraper les Indiens, dans l’espoir, si possible, de me faire embarquer dans leur canoë. Vers quatre heures de l’après-midi, je les rejoignis. Ils n’étaient plus qu’un jeune couple et un garçon de seize ans. Leurs bagages se composaient d’un petit canoë, d’une petite hachette, d’une bouilloire en fer-blanc et de quelques harengs. Je souhaitais m’entretenir avec eux, surtout par intérêt personnel, mais ils semblaient distants et indifférents. Ignorant leur façon de porter le canoë, et désireux de leur rendre service, je pris le tomahawk.

Les deux hommes portaient le canoë à tour de rôle, soutenus par une bandoulière placée sur la tête. L’une des traverses reposait sur une planche qui leur descendait dans le dos. Le canoë était à l’envers, une extrémité dépassant de leurs têtes et l’autre touchant parfois le sol. Une fois leur équipement sur le dos, ils pouvaient avancer assez vite, mais ces changements fréquents les retardaient et ralentissaient notre progression. La journée étant déjà bien avancée, je doutais de pouvoir apercevoir le lac ce soir-là. Je repris ma marche et les quittai. Mais après avoir parcouru une certaine distance, je me dis qu’il serait inutile d’emporter la hachette si les Indiens campaient en chemin, à cette altitude, car ils n’en auraient certainement pas besoin. Ne sachant que faire, si je devais revenir avec la hachette ou poursuivre ma marche, je me reposai pour réfléchir à la décision à prendre, me disant qu’ils se montreraient peut-être avant mon départ. Je savais qu’ils n’avaient que peu ou pas de provisions, et je répugnais à les priver de la hachette, dont ils n’auraient certainement pas besoin.

Alors que j’étais assis, j’aperçus par chance des faisans tout près : visant l’un d’eux avec une pierre, je le tuai. Comme les Indiens avaient des feux d’artifice, je pensai pouvoir faire rôtir le faisan pour le souper, et que sa présence sur mon chemin était providentielle. Mais après avoir longtemps attendu, sans voir arriver le groupe, je commençai à m’inquiéter sérieusement et ne savais plus quoi faire. Finalement, me disant que, par crainte d’être malmené par les Indiens, il valait mieux que je poursuive ma route. La nuit étant chaude et sèche, et ayant du faisan, je me dis que je ne risquais rien à passer la nuit dans les buissons, même en mangeant ma venaison crue. Comme il faisait encore jour, je repris ma marche et, peu après, j’atteignis une hauteur d’où je pouvais apercevoir le lac au loin. Ma joie était plus facile à concevoir qu’à exprimer. Je marchai d’un pas rapide et vigoureux, pensant l’atteindre avant la nuit. Après avoir descendu la colline, je traversai une plaine, ce qui donnait l’impression que la nuit approchait.

Après avoir parcouru quelques kilomètres dans cette plaine, je fus de nouveau découragé, croyant n’avoir vu que le ciel bleu au lieu du lac ; mais la hauteur suivante dissipa heureusement mes doutes. Peu après, j’arrivai à une petite maison au bord du lac. À peine avais-je fini de souper que les Indiens arrivèrent avec leur canot. Ils prétendirent se préparer à embarquer le soir même. Voyant cela, je demandai à mon propriétaire s’il était possible de trouver un autre moyen de transport. Il me répondit que les chances étaient minimes, à moins de payer plus que ce que je pouvais me permettre. Je m’adressai donc aussitôt à eux pour obtenir un passage jusqu’à la colonie la plus proche, située à quarante-cinq milles. Je leur demandai combien ils accepteraient pour me transporter sur cette distance ; mais ils refusèrent de s’entendre tant que je ne leur aurais pas versé une certaine somme d’avance. Ils m’expliquèrent qu’ils comptaient camper au bord du lac pour la nuit et qu’ils n’avaient rien à manger, si ce n’est quelques harengs qu’ils avaient rapportés du Saint-Laurent. Ces faisans étaient un peu abîmés, car transportés en fagot sur le dos de la squaw ; la chaleur les rendait immangeables.

Je me trouvai alors face à un dilemme : que faire ? Je craignais qu’en les payant d’avance, ils ne partent tôt le lendemain matin et m’abandonnent. Je leur confiai mes craintes. Ils promirent solennellement de ne pas me tromper. Malgré mes doutes, je ne leur donnai que vingt-cinq cents pour acheter de la farine pour le souper. Je retournai ensuite à la maison chercher le faisan que j’avais chassé ; mais à mon retour, je ne vis ni Indiens, ni canoë, ni rien d’autre. Craignant d’être déçu, je criai. Ils me répondirent, s’étant éloignés un peu de l’endroit où je les avais laissés, vers un endroit plus approprié. Je leur offris le faisan, pour lequel ils me remercièrent chaleureusement, puis je regagnai mon logement.

Le propriétaire était américain et parlait couramment anglais. La logeuse était une Française originaire du Bas-Canada, et par conséquent, toute la famille parlait français. Après avoir bavardé un peu avec le vieux monsieur, je me suis retiré pour me coucher.

Je me suis levé tôt le lendemain matin. J’avais d’ailleurs très peu dormi de la nuit, craignant d’être trompé par les perfides Indiens. Je me suis habillé à la hâte, déterminé à ne pas tarder avant de savoir s’ils étaient partis ou non. Arrivé à l’endroit indiqué, j’ai trouvé le père et la femme d’un côté du feu, sous une couverture et par-dessus eux. Le garçon était de l’autre côté du feu, enroulé dans une vieille couverture en lambeaux. Tous trois dormaient profondément. Le canot était retourné et leurs quelques affaires étaient rangées dessous. Je les ai réveillés et leur ai demandé quand ils comptaient partir. Ils ont répondu immédiatement après le petit-déjeuner. La femme s’est mise à cuisiner. Le père planta deux petits piquets dans le sol, et un troisième en travers, auquel il suspendit la bouilloire. La squaw avait de la farine, dont elle fit une bouillie, coupant les harengs peu appétissants et les mélangeant à la bouillie. Pendant qu’elle cuisinait, d’autres préoccupations m’occupèrent.

Je me disais que si je retournais déjeuner, ils pourraient repartir avant mon retour. Jeûner jusqu’à la prochaine colonie serait dangereux, et je n’avais aucune envie de partager le repas des Indiens, du moins en supposant que je serais bien accueilli. Je restai jusqu’à ce que la bouillie soit prête. Elle était versée dans un plat en écorce. Chacun d’eux avait une cuillère indienne, elle aussi en écorce. Ils m’en offrirent une et m’invitèrent à manger avec eux. Considérant la distance qui me restait à parcourir, et craignant en même temps de les offenser en refusant plutôt que par nécessité, j’acceptai. Nous nous assîmes tous les quatre autour du plat, reconnaissants de ne pas être dans une situation pire. Ce régime alimentaire était une rareté pour moi, et je crois qu’il le serait pour tout Européen. Après le petit-déjeuner, l’un d’eux me fabriqua une pagaie pour les aider. Une fois tout prêt, nous partîmes. Un des Indiens était à l’avant du canoë, et l’autre à l’arrière. Je m’assis près de ce dernier et pagayais, tandis que la femme, assise près du premier, fumait sa pipe. Mon compagnon de l’arrière cassa bientôt sa pagaie, ce qui me soulagea fort agréablement de mon effort, et par la suite, je ne fis plus que spectateur de ce qui se passait.

Figure 134 – John Mann, Travels in North America (couverture)

Des années difficiles le long du portage de Témiscouata

La période de 1818 à 1828 constitue une décennie cruciale pour la famille Long au lac Témiscouata. Elle semble avoir débuté avec l’arrivée d’un nombre croissant de colons venus contribuer à la colonisation de la région, et témoigne assurément d’un regain d’intérêt du gouvernement pour le maintien de cette voie de communication essentielle à la vie de la famille depuis peut-être au moins 1786. Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, le gouvernement a cessé de soutenir les colons en 1819 pour une raison inexpliquée, et de nombreuses familles ont quitté la région définitivement.

Un rapport, rédigé par J. A. Rottenburg et daté du 10 juillet 1819 [v], décrit l’état du portage et ses conditions. Il estime que quelques compagnies de militaires suffiraient à le remettre en état pour permettre un transport convenable. Quelques mois plus tard, un certain André Marquis, messager, fit écho au rapport de Rottenburg et demanda au gouvernement de réparer la route en engageant Joseph Robichaud, un messager réputé, disposé à effectuer les travaux pour la modique somme de deux livres et shillings, deux barils de farine et un de saindoux. [vi] Le gouvernement ne semble pas avoir apporté d’améliorations à la route à ce moment-là, puisque Marquis réitéra ses plaintes en décembre 1820. [vii]

Nive Voisine, dans sa thèse, Le Portage de Témiscouata, a dressé un tableau intéressant des sommes dépensées par le gouvernement au cours des différentes années pour l’entretien de la route. [viii]

1821150 pounds
1823200 pounds
1826500 pounds
1829800 pounds
1833100 pounds

Le gouvernement cherchait constamment une solution au problème de l’entretien du Portage et de son maintien ouvert et sécuritaire pour les voyageurs et les courriers. Il lança une enquête en 1821, confiée à un comité de cinq personnalités. Celle-ci se fondait sur les témoignages de courriers et de quelques usagers, qui tous constataient que la route pouvait être réparée à moindre coût. En 1821, huit employés étaient chargés du transport du courrier entre Québec et Halifax. [ix]

En 1825, un comité plus important fut chargé d’étudier les options pour le Portage. Ce comité, composé du général Smyth, du lieutenant-colonel Hoste et du capitaine Harris, examina trois options : un canal, un chemin de fer et une voie militaire. Seule la voie militaire semblait réalisable, tant sur le plan pratique qu’économique. [x]

Rapport du major Elliott – 1823 [xi]

Ce rapport nous intéresse particulièrement car il nous apporte des informations de première main du major Elliott concernant Philip Long et la perception qu’avait ce dernier des terres qu’il avait habitées pendant si longtemps. Intitulé « État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés », le rapport est daté d’août 1823. Il nous fournit également des renseignements géographiques intéressants qui nous permettent de situer plus précisément la ferme de Long par rapport à la rivière. Cette situation semble très cohérente avec la carte topographique de Bouchette quant à l’emplacement de la ferme de Long par rapport au portage, à la rivière et au lac.

Par ailleurs, outre les notes explicites concernant le lieu de débarquement de Long, le rapport mentionne le dénombrement, effectué par Elliott, du nombre de colons dans la région. Nous savons qu’en 1817, le nombre de vétérans installés de force par le gouvernement lors de deux vagues successives dépassait probablement 19 soldats, 19 épouses et 46 enfants. Nous savons qu’en 1819, lorsque le gouvernement cessa de fournir régulièrement des vivres à ces familles, une quinzaine d’entre elles quittèrent la région. Voici la liste des familles qu’Elliott a recensées le long du Portage en 1823 : [xii]

Rvière du LoupDavid Gardner (anciennement à la Rivière St. François)
Rivière VerteHugh Hogg Richard Slight (anciennement Dégelé) Samuel Payne
Tête du lacLong
Milieu du lacDall
Rivière à la Truite    L. Stripman and F. McDonald

Suite à son rapport de 1823, et se fondant en grande partie sur ses recommandations, l’armée commença à redistribuer des provisions aux soldats le long de la route du Portage. Cependant, cette distribution fut de nouveau interrompue en 1826, date à laquelle la quasi-totalité des colons quittèrent la région. [xiii] Comme nous le verrons plus loin, il s’agit probablement de l’une des nombreuses raisons qui poussèrent Philip Long à quitter cette région désolée avec sa famille pour une nouvelle vie à Clair.

Par ailleurs, des réparations furent entreprises sur le Portage à partir de 1821. Nous avons précédemment indiqué les sommes allouées à ces réparations et à l’entretien du Portage. [xiv]

Mais ces dépenses ne produisirent pas les résultats escomptés par le gouvernement. En fait, au fil des ans, plusieurs études furent menées, la première en 1821, fondée principalement sur les témoignages de courriers et d’usagers de la route, suivie d’une enquête beaucoup plus vaste en 1825. Cette dernière fut réalisée par un comité (composé du général J.C. Smyth, président ; du lieutenant-colonel G. Hoste et du capitaine Harris) qui fut consulté sur l’état des communications entre Fredericton et Québec. Le comité constata également le mauvais état du portage de 58 kilomètres et analysa trois solutions pour remédier au problème : un canal, un chemin de fer et une route militaire. La première fut jugée irréalisable, la seconde non rentable (elle coûterait 3 000 £ par kilomètre de voie ferrée) et la troisième fut la seule solution judicieuse. [xv]

Un autre comité étudia en 1828 les problèmes liés à l’entretien du portage. Le principal témoin, M. A. J. Wolff, qui avait effectué plusieurs réparations en 1826 (également rapportées par Joseph Bouchette dans son Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada, sous la rubrique Chemin du portage de Temiscouata), conclut qu’il serait préférable de réparer le tracé existant du portage plutôt que d’envisager une modification de son itinéraire. Compte tenu de ces recommandations, le gouvernement dépensa les 800 livres en 1829. Wolff changea d’avis la même année et recommanda une modification du portage lui-même. Philip Long se doutait-il que Wolff pourrait changer d’avis ou que le gouvernement pourrait envisager de modifier le tracé du portage ? Cela a-t-il influencé sa décision de déménager sa famille en 1828 ?

Voici le texte du rapport du major Elliott de 1823 qui mentionne explicitement la ferme ou le lieu de débarquement de Long. Le titre de cette partie de son rapport complet est : État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés – août 1823. [xvi]

État des postes occupés par les pensionnés installés sur la ligne de communication entre la rivière du Loup et Madawaska, avec l’état actuel de leurs fermes et de leurs familles, y compris les postes où il est recommandé d’installer des colons supplémentaires.

Québec, le 10 août 1823

Petite rivière du Loup, à 6 milles du fleuve Saint-Laurent

David Gardner

            Age

No. 1    Girl      11

No. 2    Girl      9

No. 3    Boy       6

No. 4    Girl      1 ½                             

À cet endroit, David Gardner s’est établi sur des terres appartenant à la seigneurie de la rivière du Loup. Sa famille se compose de sa femme et de leurs quatre enfants (voir en marge).

Cet homme était initialement en poste à la rivière Saint-François et prospérait grâce à une propriété considérable. Son voisin, Clifford, ayant quitté son poste et n’ayant d’autre maison à proximité que la rivière Verte (à 17 milles d’un côté et à 20 milles de Long de l’autre), préféra défricher une nouvelle ferme plutôt que de rester après la suppression de ses rations. Il vendit donc ses terres à Saint-François.

Gardner a défriché…

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Lac Témiscouata

À l’extrémité orientale du Portage, long d’environ 36 milles et trois quarts anglais, se trouvent les fermes de Long. Cet homme, qui perçoit une pension de 2 livres sterling par jour du gouvernement de Sa Majesté, fut chargé en 1809 par M. Finlay, sous-directeur général des postes du Canada, de s’établir à l’endroit le plus approprié, à l’extrémité du Portage (comme l’atteste une lettre de cette date), afin de faciliter l’acheminement du courrier. C’est pourquoi il s’établit à son domicile actuel. Bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de lui accorder une concession de terre, il affirme que le colonel Fraser, dont il relève de la seigneurie, lui a assuré qu’il ne serait pas dérangé dans la possession de ses terres et qu’il ne lui réclamerait aucun loyer. Toutefois, si

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son fils ou un membre de sa famille demeure sur les lieux, ils devront payer un loyer.

Rivière Cabanot – 5 km de chez Long

Long possède une clairière assez étendue, cultivée, au bord de la rivière Cabanot (appelée Namgamaskatcook par M. Bouchette), à ​​une lieue au sud de sa résidence actuelle. Son gendre en possède une autre sur la rive opposée de la même rivière, qu’il envisage de céder à l’un des fils de Long si celui-ci part pour la rivière Perche.

Sur la rivière Cabanot, la terre est excellente sur environ une demi-lieue en direction de chez Dall.

John Dall

11 km de chez Long

À environ 11 km de chez Long, au bord du lac, je suis allé chez John Dall, un pensionné qui touchait 1 shilling et 9 pence et demi par jour. Sa maison avait été construite pour lui sur ordre du gouvernement de Sa Majesté en 1815. La terre sur laquelle cet homme est installé se trouve à flanc de colline rocheuse abrupte et escarpée, si bien que si toutes les souches étaient enlevées, il me semble impossible d’y labourer, et il n’y a pas un pouce de prairie où pousser. Pour nourrir sa vache, il est donc obligé de se rendre à la rivière Tolado, sur la rive opposée du lac, et à un autre petit endroit situé à mi-chemin de Longs, où il se procure du foin sauvage et des joncs pour son bétail d’hiver.

Page 157

Je me suis installé sur une pointe formée par ce ruisseau se jetant dans la Madawaska, sur la rive droite. Le terrain y est excellent, couvert d’une belle végétation de frênes noirs et d’ormes, et suffisamment élevé pour être à l’abri des crues.

Ce poste est déconseillé si le Degele est occupé, surtout si le sergent Smyth retourne à la rivière White Birch.

Le gendre de Long, Pierre Matelot, accepterait de s’y installer s’il recevait des rations pour lui et sa famille (sa femme et ses trois enfants) pendant trois ans, avec une concession de terres à l’issue de cette période.

La rivière Perche, ou Pole, à son embouchure et sur une certaine distance en amont, semble avoir une largeur d’environ 9 mètres, et la nouvelle route passe près de l’endroit où la maison devrait être construite.

La partie de la seigneurie de Tamisquata qui s’étend des abords de la maison de Long jusqu’au Degele, à l’extrémité sud du lac, et deux lieues en aval sur la rive droite de la Madwaska, incluant Dalls, le Degele et la rivière Perche, appartient à M. de Gaspé, avec lequel il faudrait conclure un accord avant tout établissement ultérieur.

Nous connaissions déjà la date d’arrivée de Philip Long au lac Témiscouata. Mais Elliott indique que Long y fut placé par Finlay, et non par Craig comme le suggérait Heriot dans au moins deux lettres. Ce passage est d’une importance capitale, car il nous apprend que Long s’était vu promettre à plusieurs reprises des concessions de terres au bord du lac, mais qu’il n’avait pu les obtenir. Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, cette incapacité ou ce refus d’accorder à Philip Long des titres de propriété clairs et définitifs pourrait s’expliquer par l’incertitude entourant les concessions accordées à David Higginbotham en 1784. De toute évidence, le colonel Fraser considérait que Philip possédait des terres, probablement en raison des améliorations que Long y avait apportées depuis 1809. Cependant, Fraser refusait que les fils de Long, s’ils s’installaient sur ces terres, y vivent sans payer chaque année le loyer dû au seigneur légitime. En 1823, il semble que Long possédait des terres au sud de sa résidence, au lieu de débarquement, et plus près de la rivière Cabanot. Les terres situées de l’autre côté de la rivière, appartenant à Jean-Baptiste Long et Marguerite Emond, seront vendues à Alexander Fraser en 1824.

Le rapport complet est assez long et contient de nombreux détails intéressants sur les familles et les conditions de vie des colons. Nous espérons le mettre prochainement en ligne.

Une autre section du rapport est reproduite

Après avoir examiné attentivement les environs de la route de portage pendant huit jours, et avoir parcouru entre 50 et 60 milles à travers les bois durant cette période, je suis d’avis, compte tenu de l’étendue des zones marécageuses et des hautes montagnes traversées, qu’il serait préférable de maintenir le tracé actuel de la route plutôt que de lui donner une nouvelle direction.

Je dois toutefois ajouter qu’une fois les arbres dénudés, il sera possible d’éviter bon nombre des passages difficiles, ce qui m’a probablement empêché, faute de visibilité suffisante à plus de quelques mètres.

Moyens de transport pour traverser le portage

De la maison Cotés, sur la rive du Saint-Laurent, jusqu’à la rivière Verte (9 milles et demi), la route est praticable pour des charrettes transportant environ 4 charges. Mais de là jusqu’à Longs, sur 43 kilomètres, le seul moyen de transport est une sorte de traîneau, composé de deux brancards reliés par trois traverses, avec quatre montants pour fixer la charge. Une extrémité de chaque brancard est suspendue au harnais d’un cheval, tandis que l’autre traîne au sol. Sur cette machine, généralement utilisée pour traverser le Portage, une charge de 2 à 2,5 livres de bois est transportée en deux jours, et une autre au retour, pour la somme de 4 à 5 dollars. Il n’y a aucune difficulté à trouver des habitants pour effectuer ce travail, mais ils essaient tout pour arnaquer les étrangers et m’ont demandé 8 à 10 dollars chacun, alors que je n’en ai payé que 5 ; et je les ai retenus sur la route.

La route n’a jamais été ouverte sur plus de 3,5 à 4,5 mètres.

Ayant mesuré la distance en plusieurs endroits entre des arbres se faisant face, d’une hauteur d’environ 18 à 27 mètres ; Il apparaît clairement que, durant toute cette période, cette route n’a jamais été élargie à plus de 3,5 à 4,5 mètres. Son orientation générale étant presque est-sud-est, les rayons du soleil ne peuvent jamais contribuer à son séchage, sauf brièvement le matin, lorsqu’ils sont les moins puissants. De ce fait, les endroits qui seraient secs après quelques heures d’exposition au soleil et au vent restent toujours humides.

Bois dégagé sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres.

18 mètres nécessaires pour se prémunir contre les arbres tombés.

Je recommande donc, comme première étape avant tout autre aménagement, que les broussailles le long du portage soient dégagées sur toute sa longueur sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres, et que tous les efforts soient faits pour drainer l’eau. Par ailleurs, une portion importante de la route repose sur une zone de gravier et de roches qui ne nécessiterait pas plus de 4,5 à… Une largeur supplémentaire peut être accordée aux parties marécageuses qui ne peuvent être drainées, afin de permettre au soleil d’agir pleinement pour les assécher. Il faut toutefois admettre que la largeur proposée ne garantirait pas la route contre les effets des chutes d’arbres, contre lesquels il est impossible de se prémunir autrement qu’en accordant à toute la route une largeur d’au moins 60 pieds.

De Longs à Dégélé – 15 milles

Après avoir examiné attentivement les environs de la route de portage pendant huit jours, et avoir parcouru entre 50 et 60 milles à travers les bois durant cette période, je suis d’avis, compte tenu de l’étendue des zones marécageuses et des hautes montagnes traversées, qu’il serait préférable de maintenir le tracé actuel de la route plutôt que de lui donner une nouvelle direction.

Je dois cependant ajouter qu’une fois les arbres dénudés, il sera possible d’éviter bon nombre des passages difficiles, ce qui m’a probablement empêché, faute de visibilité suffisante à plus de quelques mètres.

Moyens de transport pour traverser le portage

De la maison Cotés, sur la rive du Saint-Laurent, jusqu’à la rivière Verte (9 milles et demi), la route est praticable pour des charrettes transportant environ 4 charges. Mais de là jusqu’à Longs, sur 43 kilomètres, le seul moyen de transport est une sorte de traîneau, composé de deux brancards reliées par trois traverses, avec quatre montants pour fixer la charge. Une extrémité de chaque brancard est suspendue au harnais d’un cheval, tandis que l’autre traîne au sol. Sur cette machine, généralement utilisée pour traverser le Portage, une charge de 2 à 2,5 livres de bois est transportée en deux jours, et une autre au retour, pour la somme de 4 à 5 dollars. Il n’y a aucune difficulté à trouver des habitants pour effectuer ce travail, mais ils essaient tout pour arnaquer les étrangers et m’ont demandé 8 à 10 dollars chacun, alors que je n’en ai payé que 5 ; et je les ai retenus sur la route.

La route n’a jamais été ouverte sur plus de 3,5 à 4,5 mètres.

Ayant mesuré la distance en plusieurs endroits entre des arbres se faisant face, d’une hauteur d’environ 18 à 27 mètres ; Il apparaît clairement que, durant toute cette période, cette route n’a jamais été élargie à plus de 3,5 à 4,5 mètres. Son orientation générale étant presque est-sud-est, les rayons du soleil ne peuvent jamais contribuer à son séchage, sauf le matin, lorsqu’ils sont les moins puissants. De ce fait, les endroits qui seraient secs après quelques heures d’exposition au soleil et au vent restent toujours humides.

Bois dégagé sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres.

18 mètres nécessaires pour se prémunir contre les arbres tombés.

Je recommande donc, comme première étape avant tout autre aménagement, que les broussailles le long du portage soient dégagées sur toute sa longueur sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres, et que tous les efforts soient faits pour drainer l’eau. Par ailleurs, une portion importante de la route repose sur une zone de gravier et de roches qui ne nécessiterait pas plus de 4,5 à… Une largeur supplémentaire peut être accordée aux parties marécageuses qui ne peuvent être drainées, afin de permettre au soleil d’agir pleinement pour les assécher. Il faut toutefois admettre que la largeur proposée ne garantirait pas la route contre les effets des chutes d’arbres, contre lesquels il est impossible de se prémunir autrement qu’en accord avec toute la route une largeur d’au moins 60 pieds.

De Longs à Dégele – 15 milles

Figure 135 – Major A. E. Elliott, État actuel du portage de Témisquata et méthode proposée pour son amélioration, Québec, le 10 août 1823.

Québec, le 10 août 1823

Monsieur le Juge,

Conformément aux instructions de Votre Seigneurie contenues dans la lettre du colonel Darling du 23 juin, je me suis rendu le 2 juillet pour examiner la voie de communication entre le fleuve Saint-Laurent et la colonie de Madawaska. Afin d’examiner le territoire de part et d’autre de la route actuelle, j’ai réalisé un croquis du portage au fur et à mesure de mon passage. J’ai l’honneur de vous le faire parvenir ci-joint, accompagné d’un rapport sur son état général et de quelques suggestions quant aux améliorations à apporter.

Au lac Témisquata, j’ai rencontré le colonel Fraser, propriétaire de cette seigneurie ainsi que de celle de la rivière du Loup. Après avoir traversé ensemble une partie du portage de cinq lieues, ce monsieur s’est installé dans une maison près de Longs, où il envisage de consolider sa seigneurie. Considérant son caractère et ses biens dans cette région, et sachant qu’il est naturellement très intéressé par l’amélioration des communications, j’ai pensé qu’il serait la personne la plus à même de répondre aux attentes de Votre Excellence. J’ai fait part à Votre Seigneurie de son désir de communiquer avec lui, et il m’a répondu qu’il serait ravi de pouvoir nous être utile.

De Longs, je me suis rendu à la colonie de Madawaska, où j’ai examiné la situation des pensionnés se trouvant encore sur la partie intermédiaire des communications de cet État, ainsi que celle de ceux qui se trouvaient encore sur le portage. J’ai l’honneur de vous transmettre un rapport séparé.

À Madawaska, j’ai rendu visite à M. Duquette, le curé, un homme d’excellente réputation, qui s’est proposé de superviser tous les achats nécessaires dans les environs et de fournir à Votre Seigneurie toute information qu’il pourrait obtenir à ce sujet. Il a ajouté qu’il serait à Québec soit à la fin du mois, soit au début de septembre, où il viendrait me voir pour recevoir vos instructions. En cas d’absence de ma part, il rendrait visite au colonel Darling. À mon retour, j’ai parlé à M. Amable Dionne, un marchand résidant à Madawaska, qui s’est également proposé de m’apporter toute l’aide possible. Ce monsieur est magistrat et a souvent eu à recueillir les déclarations sous serment des pensionnés du Portage. Vu sa réputation dans cette région, j’ai toutes les raisons d’espérer qu’il me sera utile.

J’ai l’honneur de vous faire parvenir ci-joint un relevé des sommes versées pour les instruments et des dépenses engagées dans le cadre de cette mission. et concernant ce dernier compte rendu. Votre Seigneurie voudra bien autoriser le versement d’une indemnité à deux soldats du 68e régiment que j’ai emmenés avec moi, afin de les indemniser des dommages causés à leurs manteaux.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Juge,

Votre très humble et obéissant serviteur.

A. Eliot

B. Major, 68e Régiment

À Son Excellence le comte de Dalhousie

Texte du rapport

Compte rendu des dépenses engagées par le major Eliot, du 68e Régiment, pendant sa mission, sur ordre de Son Excellence le Gouverneur général, d’esquisser et d’explorer le Portage de Témisquata.

Québec, le 12 août 1823                                                                                    

  £sa
ToCarriage of Provisions to the Boat at Quebec016
« Boat and Calache to end of Portage276
« Two Horses and Machines acrofs the Portage at 1/5 £ Each2100
« Canoe from Longs to Madawaska and back again1100
« Pierre Mettot as Guide & axe man 8 Days at 5s per day200
« Baptiste Long          Do               10 Do      Do2100
« Col. Frasers man Conveying the Baggage acrofs the Portage   
 » 2 days at 2/6 £ per day250
« Carriage of Baggage & Provisions to Schooner226
« Schooner to Quebec2100
« Calache from Perrous to Quebec250
 » Carriage of Provisions from Schooner to Store213
 » John Mullan 68th Regiment 26 days at     per day   
 » Thomas Montgomery Do        Do              Do   

G.A. Eliot

B Major dans le 68ième rég.                                                                                                     

Figure 136 – Lettre du major Elliott au gouverneur Dalhousie pour faire rapport sur l’avancement de l’évaluation du portage de Témiscouata. 10 août 1823. Source : Archives nationales du Canada.

Nous avons toujours trouvé ces informations particulièrement intéressantes. Ce n’est peut-être pas de la grande histoire, mais c’est notre histoire !

La visite et les rapports du major Elliott ont certainement retenu l’attention du gouvernement, qui a repris l’approvisionnement des colons à l’automne. Une série de lettres et de correspondance de John Dall fait partie de la même collection à Bibliothèque et Archives Canada. Nous en présentons ici quelques extraits à titre d’information, mais aussi pour illustrer les difficultés constantes auxquelles les colons étaient confrontés en raison de l’isolement et du relief accidenté.

Lettre de John Dall, Portage de Témiscouata, 26 mai 1823, au colonel Robert Darling, secrétaire militaire, Québec. RG8, série C, vol. 628, p. 75-75A.

Dall accuse réception des lettres qu’il a reçues concernant les provisions et les vêtements, mais sollicite une aide particulière en raison de sa situation précaire. Réponse de Darling le 2 juin 1823.

Lettre de John Dall, Lac Témisquata, 5 juillet 1823, au colonel Robert Darling, secrétaire militaire, Québec. RG8, série C, volume 628, p. 110-112A.

Il accuse réception de tous les vêtements envoyés par le messager, demande s’il recevra d’autres rations et précise que la farine est le principal produit dont il a besoin.

Lettre d’Amable Dionne, Kamouraska, datée du 23 décembre 1823, à un destinataire inconnu. RG8, série C, volume 628, p. 191-193.

Cette lettre est incluse uniquement parce qu’elle montre que l’histoire est parfois bien banale. Le mauvais temps a empêché la livraison de vêtements et autres provisions à David Gardner ; il s’agit essentiellement d’une lettre explicative.

Il existe une lettre, accompagnée de documents, particulièrement émouvante : il s’agit d’une lettre écrite par le major Elliott au nom de la veuve de Samuel Payne, qui occupait un rôle similaire à celui de Philip Long sur la route. Dans cette lettre, Elliott compare la vie de Payne à celle de Philip Long, qu’il juge « misérable ». Un constat peu réjouissant, mais néanmoins juste. Ce document recommande que la veuve de Samuel Payne, de Green River, reçoive sa pension.

Alexander Fraser écrit au major Elliott.

Dans cette lettre, Alexander Fraser accepte les recommandations du major Elliott et renonce à ses droits sur 100 acres de terre destinés aux colons afin de faciliter le travail des courriers.

Alexander Fraser écrit au colonel Darling.

Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, datée du 25 septembre 1823, à Québec.[xix]

Nous tenons à remercier Carmen Long pour la transcription de cette lettre et sa sœur Doris Long, qui nous a aidés à préparer le document pour publication.

Monsieur,

J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre du 10 de ce mois, datée du 14, dans laquelle vous m’informez que Son Excellence le Commandant en chef a souhaité que les colons militaires installés sur les lignes de communication entre le Saint-Laurent et Madawaska reçoivent leurs pensions par mon intermédiaire. Je serai très heureux de pouvoir aider ces hommes et leurs familles, car je suis convaincu qu’ils ont beaucoup souffert, à différentes reprises, des mauvaises récoltes.

William Clifford était ici mercredi. J’ai lu le paragraphe de votre lettre l’autorisant à commencer la construction de sa maison près du pont de la Grande Fourche demain. Il a une femme et trois enfants. Sa pension est d’un shilling par mois. Il y a un pensionné à la rivière Trout, près de Madawaska, qui, je suppose par inadvertance, a été omis de la liste des pensionnés que vous avez eu l’amabilité de m’envoyer. Il s’appelle Louis Stripman. Il a une femme. Sa solde est de six pence par mois. Philip Long (et non Luke Long) n’est, je suppose, pas considéré comme un colon. Il est placé ici par le directeur général des postes.

Le transport des provisions pour les (?) à Green River se fera à peu de frais. À seulement neuf milles de (Saint-Louis ?) se trouvaient (?) les colons. Dale McDonald et (?) ont reçu la valeur de leurs rations en espèces. Je doute fort que je les (?) surenchérisse, car ils auraient eu le pouvoir de négocier eux-mêmes.

Avec tout mon respect, j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissant.

Alex Fraser

P.-S. : Le messager est parti tôt lundi matin, ce qui m’a empêché de répondre à votre lettre.

Lac Témisquata, 21 septembre 1823

Au colonel Darling

p.d.m. signifie « par jour »

Les dernières années au lac Témiscouata

Vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long et Alexander Fraser en 1824 – Mariage de Jean-Baptiste Long avec Marguerite Émond en 1822 – Dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière – Second mariage de Constance Long-Beaudry avec Antoine Arton en 1827

Vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long et Alexander Fraser en 1824

Acte de vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long, son épouse Marguerite Émond et Alexander Fraser, daté du 12 août 1824, devant le notaire Louis Amiot à Rivière-du-Loup. Témoins : Pierre Charon et André Marquis.

Source : Ghislain Long

12 août 1824 Vente de Terre par Jean Baptiste Long à Alexandre Fraser Écuier

Pardevant Le Notaire Public

Pour la provincial Empechemens Généralement Quelconques, Ont ce jour reconnu & confefsé avoir vendu, cédé, quitté, délaifsé et Transporté des maintenant & à toujours a Alexandre Fraser Écuier Seigneur de la rivière du loup & autres Lieux à ce faisant et acceptant acquéreur et ce locataire pour lui Ses biens & ayant causes à l’avenir Savoir quatre arpents de Terre de front Sur la profondeur d’une concefsion prenante Son front a Lac Thimisquata et a peu prets d’une demi Lieue distance Nord du chemin chemin (ce mot est rayé) du portage ou de la Maison du Sieur courant Philip Long Sans batives defsus construites et dailleurs avec toutes leurs appartenances et dépendances quelconques que le dit acquéreur déclare connaître & Savoir pour Avoir vu et visité et En Etre Content & Satisfait.

Provenant ce que defsus vendu au dit vendeur par Concefsion de largeur lequel acte na pu nous Etre Exibé mais déclare l’acquéreur En être (ces deux derniers mots sont rayés) En avait pris Suffisantes connaifsance dont quittances.

La Sus dite vente faite Sans aucune Réserves ni Exception quelconques mais à charge par l’acquéreur de payeur à l’avenir, les Cens & droits Seigneuriaux Envers qui ils sont dus (les quatre derniers mots sont rayés) quitte de ceux du pape.

Et en outre faite pour & éventuellement Le prix &Somme de Vingt Livres Courant Sur lequel Somme les dits vendeurs déclarent avoir Eu Et reçu celle de Sept Livres cinq chelins même cours dont quittance d’autant et quant à la Somme de douze Livres quinze chelins aufsi même cours de parfait paiement payable dans le cours du mois d’octobre Mil huit cent vingt cinq pour tous délais et sans intérêt.

Et Au moyen de quoi les dits vendeurs Se défsaisifsant de tous ce que depuis vendu et En Saifsifsent L’acquéreur pour qu’il En jouifse fafse & dispose dès ce jour et a l’avenir ainsi que Ses avoirs & ayans causes comme ils aviseront et comme de leur propre bien vraie et Loyal acquet En Vertu des présentes Car & ainsi & Promettant & obligeant & Renoncant & fait & pafsé a la dite Rivière du loup le douze Août Mil huit Cent vingt quatre En présence des Sieurs Pierre Charon et André Marquis du Lac Simon et lecture faite requis de Signer eux Le Sachant faire & ont fait auci Le dit Notaire les autres ont déclaré ne le savoir deux renvois bons dix mots (ces deux mots sont rayés) quinze mots rayés nuls

Jean Bte X Long marque pierre charon Marg X Emond André X Marquis marque marque Alexander Fraser D. Amiot notaire.

Figure 137 – Acte de vente entre Jean-Baptiste Long et Alexander Fraser – 1824

Recensement de 1825 de Témiscouata et Kamouraska

Ce recensement indique que Philip et sa famille résident toujours aux alentours du lac Témiscouata. Nous avons obtenu cette copie grâce à Chip Gagnon, que nous remercions chaleureusement pour son aide précieuse. D’après les résultats, nous pouvons déduire que les personnes suivantes composaient le foyer Long :

Neuf personnes au total ont été recensées dans le foyer :

Philippe Lang, 60 ans et plus (marié) (Philip est le seul mentionné)

Marie-Julie, 60 ans et plus (mariée)

Trois enfants de moins de six ans

Suzanne Long, 12 ans

Michel Long, 5 ans

Deux enfants âgés de plus de 14 ans et de moins de 18 ans

(Probablement) George Long, 16 ans au moment de l’enquête

(Probablement) Romain Long, 14 ans au moment de l’enquête

Un homme âgé de plus de 18 ans et de moins de 25 ans (marié)

(Probablement) Jean-Baptiste Long, né en 1800, avait donc exactement 25 ans au moment de l’enquête.

Une fille âgée de plus de 18 ans et de moins de 45 ans (mariée)

(probablement) Marguerite Emond – épouse de Jean-Baptiste Long

Dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière

Lettre de Philip Long au colonel Alexander Fraser, datée du 5 janvier 1827, envoyée de l’extrémité du lac Témiscouata.[xx]

Colonel Fraser

Monsieur,

Je dois à Joseph Michaud, porteur de cette lettre, la somme de 14 livres sterling, pour laquelle il m’a fortement pressé de le payer immédiatement. Je lui ai expliqué que je vous avais vendu ma propriété et que je devais être payé dans un délai de deux ans. Par conséquent, je ne pouvais lui promettre un paiement plus rapide. Il m’a toutefois prié de vous écrire afin de savoir si vous pouviez lui donner un ordre de paiement auprès de certains marchands du Canada pour le montant susmentionné.

Monsieur, si vous le jugez opportun, vous pouvez le faire, mais je ne peux m’en assurer avant l’échéance. Si toutefois vous souhaitez bien donner cet ordre de paiement, veuillez le déposer sur mon compte.

Monsieur, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mon respect.

Dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière

Lettre de Philip Long au colonel Alexander Fraser, datée du 5 janvier 1827, envoyée de l’extrémité du lac Témiscouata.[xx]

Colonel Fraser

Monsieur,

Je dois à Joseph Michaud, porteur de cette lettre, la somme de 14 livres sterling, pour laquelle il m’a fortement pressé de le payer immédiatement. Je lui ai expliqué que je vous avais vendu ma propriété et que je devais être payé dans un délai de deux ans. Par conséquent, je ne pouvais lui promettre un paiement plus rapide. Il m’a toutefois prié de vous écrire afin de savoir si vous pouviez lui donner un ordre de paiement auprès de certains marchands du Canada pour le montant évoqué.

Monsieur, si vous le jugez opportun, vous pouvez le faire, mais je ne peux m’en assurer avant l’échéance. Si toutefois vous souhaitez bien donner cet ordre de paiement, veuillez le déposer sur mon compte.

Monsieur, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mon respect.

Philippe Long

Figure 138 – Lettre de Peter Durquand, commissaire général, datée du 16 janvier 1826, à Québec, au colonel Darling, secrétaire militaire. (Couverture)

Figure 139 – Lettre de Peter Durquand, commissaire général, datée du 16 janvier 1826, Québec, au colonel Darling, secrétaire militaire.

Second mariage de Constance Long-Beaudry avec Antoine Arton en 1827.

Rapport du major G. E. Elliott sur les relais le long du portage de Témiscouata en 1829. [xxii]

Nous tenons à remercier Carmen Long pour son travail exemplaire de transcription du texte original à partir des photocopies. Un effort remarquable !

Ce rapport du major Elliott présente un grand intérêt pour notre famille. Il contient une liste détaillée des relais le long du portage, ainsi que des informations très intéressantes concernant la ferme Long. Nous y découvrons les faits suivants :

La ferme Long se situait probablement à environ 60 kilomètres d’un lieu-dit appelé La Savane, sur les rives du Saint-Laurent.

Elliott confirme que Long recevait un salaire de deux shillings par jour, et ce depuis 1809 [cette information concorde avec la correspondance de Robinson de 1811].

La ferme de Long, comme de nombreuses autres stations, se situait dans les limites de la seigneurie de Témiscouata, ce qui compliquait la situation des postiers : ils étaient régulièrement convoqués par le seigneur pour payer les loyers annuels, et parfois même les loyers accumulés des terres qu’ils occupaient. Elliott considérait cela comme un obstacle majeur à l’établissement permanent dans la région et à la fluidité des communications le long du Portage, et recommandait l’octroi de concessions de terres aux personnes installées sur ces terrains.

Nous savons bien sûr que Philip a vendu une grande partie de ses parts dans les terres bordant le lac en 1817 à Joseph Bouchette et Alexander Fraser, et que Jean-Baptiste Long possédait une concession autour du lac, également vendue en 1824. Il est possible qu’il ait aussi vendu d’autres propriétés entre 1825 et 1826. L’ensemble de ces propriétés représentait probablement la totalité des terres que les Long possédaient dans la région. Cependant, et c’est un point crucial, Long s’est vu promettre des terres au sud de la seigneurie lorsqu’il a vendu ses parts à Bouchette et Fraser. Où se situent exactement ces parcelles ? Voilà une excellente question !

Énoncé des postes de ravitaillement sur le portage de Temisquata, à l’extrémité du lac et sur la rivière Madawaska, où il est recommandé de distribuer des rations de farine aux colons, qui pourraient accepter de maintenir la route ouverte et d’empêcher les courriers. Québec, 10 septembre 1829   Numéro des stations   Noms des chefs de famille   Distance en milles de La Savane Distance de la dernière station 1 Green River Richard (?) 9 9  2 St. Francis River  – – – – – – – – – – – – – – – – – – 16 ½ 7 ½   3 Petite Fourche – – – – – – – – – – – – – – – – – – 23 ½ 7  4 Montagne Buard – – – – – – – – – – – – – – – – – – 30 6 ½     Long’s Farm Lake Temisquata  À cette station, une allocation permanente de 2 shillings. Un jour a été accordé depuis l’an 1809 37 7 5 Bas (?) le lac Témisquata John Dall 44 ½ 7 ½ 6 Dégelé Un des fils de Dall 52 7 ½ 7 Rivière White Bird La veuve de feu (?) Smyth ou un de ses fils 56 6 8 Île (?) Fils de (?) McDonald ou un des fils de John Dall 65 7 9 Rivière Trout (?) McDonald 73 8 En référence à mon croquis du portage et au tracé de la carte de M. Bouchette qui accompagnent cette déclaration des positions respectives des stations recommandées, on pourra voir. G. A. Eliot Numéro Stations Remarques 1 Rivière Green Cette station a été occupée sur ordre du gouvernement de Sa Majesté en l’an 1815; Mais comme il se trouve sur la seigneurie de la rivière du Loup, cet homme peut être sommé de payer un loyer pour toute la période où il y a séjourné, ou être expulsé sans aucune rémunération pour son travail. Bien que les colons aient été assurés qu’ils se trouvaient sur des terres gouvernementales, j’imagine qu’ils ont pu obtenir les concessions habituelles. 4. Ferme Long. Cette station se trouve sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant au colonel Fraser ; elle est également soumise aux inconvénients mentionnés ci-dessus. 5. 6. 7. Lac Témisquata inférieur. Dégelé. Rivière White Bird. Les deux premières, sinon la totalité de ces trois stations, sont également soumises aux mêmes inconvénients que celles mentionnées ci-dessus, étant situées sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant à la famille De Gaspé.

Figure 140 – Rapport du major Elliot sur le portage et ses stations – 1829 – Rapport de dépenses.

Figure 141 – Extrait du rapport Elliott – Cette partie concerne la ferme de Long et contient des détails intéressants

Figure 141 – Extrait du rapport Elliott – Cette partie concerne la ferme de Long et contient des détails intéressants9

Figure 143 – Extrait du rapport Elliott – « Ce poste se trouve sur la portion de la seigneurie de Timiscouata appartenant au colonel Fraser et est également sujet aux inconvénients mentionnés ci-dessus. »

Les deux rapports du major Elliott, en 1823 puis en 1829, fournissent des informations cruciales sur les voies de communication et la vie des familles qui ont colonisé la région au début du XIXe siècle. Elles l’ont fait à l’instigation du gouvernement, pour un salaire modeste et sans gloire.

Chapitre 9 – Dénouement au lac Témiscouata (1818-1827)

[i] Rapport du major A. E. Elliott, 1829.

[ii] Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, secrétaire militaire, datée de xxxx, 1823. PAC.

[iii] Mgr Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, pages 37-38.

[iv] Mary Beacock Fryer et le lieutenant-colonel William A. Smy, C.D., Rolls of the Provincial (Loyalist) Corps, Canadian Command American Revolutionary Period, Dundurn Press Limited, Dundurn Canadian Historical, Document Series : Publication n° 1, Toronto et Charlottetown, 1981, page 12.

[v] Rapport de J. A. Rottenburg, 10 juillet 1819, BAC, Q 167-B, page 15.

[vi] Pétition d’André Marquis à James Monk, administrateur, datée du 17 novembre 1819, dans l’annexe du volume XXX des Journaux de l’Assemblée législative du Bas-Canada.

[vii] Pétition d’André Marquis à James Monk, administrateur, datée de décembre 1820, dans l’annexe du volume XXX des Journaux de l’Assemblée législative du Bas-Canada.

[viii] Nive Voisne, Thèse, Le Portage de Témiscouata, page 52.

[ix] Dixième rapport du Comité spécial sur la harangue du Gouverneur, 4 février 1824, Appendices des Journaux de l’Assemblée du Bas-Canada, XXXIII (1823-24), R: 65.

[x] Copie d’un rapport à Son Excellence le duc de Wellington relatif aux provinces nord-américaines de Sa Majesté, 1825, BAC, Q 175-A : 162-177.

[xi] Major A. E. Elliott, État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés, daté d’août 1823. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume ?. Recherche : Benoît Long. Transcription : Carmen Long. Copie photographique : Ghislain Long.

[xii] Nive Voisine, op. cit., page 48, citant l’état des lieux du major Elliott (1823) concernant les postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et les postes supplémentaires recommandés.

[xiii] Lettre de Kempt à Murray, 29 novembre 1828, PAC, Q 123-1 : 236s.

[xiv] Nive Voisnes, op. cit., page 52.

[xv] Nive Voisne, op. cit., page 53.

[xvi] Rapport du major Elliott au gouverneur général, comte de Dalhousie, daté du 23 août 1823 et signé à Québec. État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communications vers Madwaska et postes supplémentaires recommandés – août 1823.

[xvii] Rapport du major Elliott, État actuel du portage de Témisquata et méthode proposée pour son amélioration, Québec, 10 août 1823. Archives nationales du Canada, RG8, Série « C », volume 628. Transcription : Carmen Long.

[xviii] Lettre du major Elliott au gouverneur général, le comte de Dalhousie, datée du 10 août 1823, Québec. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.

[xix] Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, datée du 25 septembre 1823, à Québec. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.

[xx] Source : Archives nationales du Canada (Québec). Recherche et transcription du texte original : Jean-Claude Massé. Madawaska, 5 janvier 1827.

[xxi] Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 136. Copie photographique : Ghislain Long ; Recherche : Benoit Long.

[xxii] Major G. E. Elliott, Rapport sur les postes le long du portage de Témiscouata en 1829. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.