Découpe des rapides en toute sécurité (1814-1817)

Ces années allaient être cruciales pour Philip Long et sa famille. Elles débutèrent par une marche historique à travers leur ferme, puis l’établissement de plusieurs casernes de vétérans le long du parcours, offrant ainsi à la famille ses premiers véritables voisins depuis son installation à Témiscouata. S’ensuivit une année 1815 très difficile en raison des mauvaises récoltes et, plus éprouvant encore, une série d’accusations qui laissèrent sans doute Philip ruminer sur sa situation, lui qui avait tant donné à son roi.

104e Régiment – ​​Une marche historique pour sauver une guerre !

Début mars 1813, le 104e Régiment effectua une marche historique entre Fredericton et Québec, puis atteignit Kingston, en Ontario, en un temps record de 29 jours, au cœur d’un hiver extrêmement rigoureux – un exploit d’autant plus remarquable qu’aucun homme ne périt durant la marche. Le journal de John Le Couteur, qui relate cette marche célèbre, est passionnant. Nous avons mis en évidence pour le lecteur le passage décrivant le trajet du régiment du Haut-Saint-Jean jusqu’au lieu de débarquement.

Les cœurs joyeux rendent les jours légers : Journal de guerre du lieutenant John Le Couteur, 104e régiment d’infanterie.

Page 99 – Traversée terrestre vers le Haut-Canada

Le 4 mars, le froid s’intensifiait progressivement et une tempête de neige incessante, recouvrant rapidement la piste, rendait le transport des traîneaux extrêmement pénible, d’autant plus que nous devions parfois quitter la rivière Madawaska à cause des rapides non gelés, de l’épaisseur des broussailles et du givre sur ses berges. À la fin de notre marche quotidienne, le froid était si intense que les hommes pouvaient à peine se servir de leurs doigts pour fendre du bois ou construire des cabanes, et la nuit était tombée avant que nous puissions commencer à cuisiner. On pourrait qualifier ainsi le fait de fixer un morceau de lard salé au bout d’une brindille et de le faire brûler.

Le matin du 5 mars 1813, le froid s’était considérablement intensifié, accompagné d’une tempête, un vent du nord-ouest qui nous fouettait le visage et nous coupait presque le souffle. L’intensité du froid était indescriptible. Le capitaine de la compagnie, anticipant ses effets, partit avec un officier et quelques hommes pour aménager les baraquements et préparer des feux pour notre accueil.

Page 100

Vers midi, au détour d’un chemin le long de la rivière, je fus surpris de constater que la tête de la compagnie s’était arrêtée, ce qui entraîna l’arrêt du centre et de l’arrière-garde qui arrivaient en même temps. Connaissant les conséquences dangereuses qu’aurait pu entraîner un arrêt prolongé dans un froid aussi extrême, je me hâtai dans la neige profonde jusqu’à la tête du groupe. En chemin, je constatai que presque tous les hommes étaient déjà plus ou moins gelés et s’efforçaient de se frotter les joues, le nez, ou les deux, avec de la neige. Moi aussi, le froid me gagna au nez et, lorsque j’arrivai au détour de la rivière, je crus vraiment ne plus pouvoir avancer : le vent glacial semblait me transpercer malgré mes vêtements de flanelle et de fourrure.

Je pressai néanmoins les hommes de continuer, après avoir pris le temps d’allonger un pauvre homme, entièrement gelé, sur un traîneau et de le couvrir de couvertures. En changeant de file toutes les quatre ou cinq minutes, nous atteignîmes enfin les cabanes, avec environ 90 hommes sur 105 plus ou moins gelés ce jour-là.

À notre arrivée aux cabanes, nous avons constaté que la compagnie qui aurait dû nous devancer d’une journée de marche était encore à l’abri. Ils avaient tenté de traverser le lac Temisquata le matin, mais le vent glacial qui soufflait était si violent qu’il avait gelé nombre de ses hommes. Le capitaine avait fait demi-tour et était retourné aux cabanes. Il m’était impossible de me réchauffer cette nuit-là ; un officier, soucieux de garder ses pieds au chaud, s’était littéralement brûlé les mocassins en dormant.

Le lendemain matin, le vent s’étant calmé, les deux compagnies traversèrent le lac. La marche de ce jour-là fut extrêmement difficile, plus difficile que tout ce que nous avions connu jusqu’alors. Le soleil, commençant à avoir un peu d’effet sur la neige, avait fait fondre sa surface, qui regela pendant la nuit, formant une fine couche de glace suffisamment solide pour supporter le poids d’une personne légère, mais un homme corpulent la traversait fréquemment et s’enfonçait dans la neige jusqu’à ce que la glace ferme du lac l’en empêche. Ce travail était pénible et ardu, mais ceux qui avaient gardé leurs raquettes l’évitaient et marchaient d’un bon pas sur la glace. La marche durait dix-huit milles et nous fûmes ravis d’atteindre une habitation en bordure du portage.

Nous avons dû laisser le pauvre Rogers, gravement gelé depuis le 5, sous la garde d’un caporal, avec le bûcheron du portage, qui promit de le soigner rapidement grâce à des remèdes simples et des herbes, bien que sa vie nous semblât en danger. Il était dans un état lamentable, une masse ulcérée de la tête aux pieds, comme ébouillanté. Il nous rejoignit cependant à Kingston six semaines plus tard, parfaitement rétabli.

Le lendemain, nous traversâmes une région montagneuse appelée le « Grand Portage ». Certaines parties de la pinède que nous traversions avaient été brûlées pour défricher le terrain, offrant un spectacle étrange. Les pins noirs et hauts, austères, dressant leurs cimes écorchées vers le ciel, semblaient les fantômes, ou plutôt les squelettes, des nobles formes qu’ils avaient jadis arborées, et contrastaient étrangement avec la neige vierge sur laquelle ils paraissaient se dresser. La marche fut des plus pénibles et mornes, car la neige atteignait par endroits trois à quatre mètres de profondeur, et les montées et descentes incessantes rendaient la tâche extrêmement fatigante pour les lugeurs.

La descente des collines était encore plus dangereuse que la montée, car si une luge prenait un bon élan, elle dévalait la pente à une vitesse fulgurante, telle une voiture dévalant une montagne russe, sauf lorsque le pilote était maladroit. Il en résultait plusieurs chutes, au grand amusement de ceux qui s’en sortaient indemnes. Il fallut rapidement mettre un terme à cette pratique, car certains lugeurs se blessaient et, cette fois-ci, retardaient l’arrière du convoi.

Visite du gouverneur George Prévost à Long’s Farm en avril 1815

Le gouverneur général, Sir George Prévost, fit une halte à Long’s Farm au début d’avril 1814, alors qu’il voyageait entre Québec et Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Il se rendait à Londres pour se défendre contre des accusations portées contre lui. Il serait remplacé l’année suivante par un nouveau gouverneur général. Le père de Prévost était un protestant suisse francophone, tout comme le révérend de Montmollin qui avait célébré le mariage de Philip Long en 1792.

Nous n’avons trouvé aucune trace de son passage à Long’s Farm, mais nous savons qu’il s’y est arrêté pour rendre visite à Mgr. Extrait du livre de Lang : [traduction libre]

« Un autre événement notable survenu à la résidence de notre célèbre courrier fut la visite du gouverneur général, Sir George Prevost, en route vers le port de Saint John, au Nouveau-Brunswick, pour embarquer sur un navire à destination de l’Angleterre. C’est par une froide soirée d’avril 1814 que le gouverneur et son groupe d’assistants firent halte chez l’ancien serviteur du gouvernement. La nuit suivante, il logea chez le père Marcoux de Saint-Basile.»[ii]

Note : Le texte de Mgr Lang comporte une erreur ; il s’agit de l’année 1815 et non 1814. Sa source est l’Histoire du Madawaska d’Albert.

Le départ et le remplacement de Prevost furent dus en partie au fait qu’il s’était rendu impopulaire auprès de certains officiers de l’armée sous son commandement, en raison de sa prudence excessive perçue, de son insistance sur le port d’un uniforme correct et de son incapacité apparente à récompenser comme il se devait plusieurs officiers méritants. Il fut relevé de ses fonctions et temporairement remplacé par le lieutenant-général George Murray, par une étrange coïncidence, un jour ou deux seulement après avoir appris la fin de la guerre. À son retour en Angleterre, l’Assemblée de Québec lui adressa des remerciements à la hâte. Le 25 août 1815, Prevost, sa famille et son personnel embarquèrent à bord de la frégate HMS Melampus (36 canons), accompagnée du HMS Rattler (16 canons). [iii] Il mourut avant le début de sa cour martiale en Angleterre.

Lord Sherbrooke – Sir John Coape, duc de Richmond

Sir George Prevost fut remplacé par un militaire chevronné, Sir John Coape, lord Sherbrooke et duc de Richmond. John Coape Sherbrooke commença sa carrière dans l’armée britannique le 7 décembre 1780, lorsqu’il fut nommé enseigne au 4e régiment d’infanterie. Il fut promu lieutenant le 22 décembre 1781 et devint capitaine du 85e régiment d’infanterie en mars 1783, mais ce régiment fut dissous plus tard dans l’année. Le 23 juin 1784, il obtint une compagnie au sein du 33e régiment d’infanterie, alors en service en Nouvelle-Écosse. Le 4 juin 1811, il fut promu lieutenant-général et, le mois suivant, nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse ; sa commission fut datée du 19 août. Prenant le temps de se marier, il quitta Portsmouth le 8 septembre avec sa nouvelle épouse et sa belle-sœur et arriva à Halifax le 16 octobre pour assumer ses fonctions de gouverneur et ses responsabilités de commandant des forces dans les provinces de l’Atlantique. Le 10 avril 1816, Sherbrooke fut nommé gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique.

Quittant Halifax le 27 juin, il arriva à Québec le 12 juillet pour prendre ses nouvelles fonctions. Le 6 février 1818, il fut victime d’une grave attaque cérébrale et démissionna aussitôt, recommandant Dalhousie comme successeur. Le 30 juillet, il confia l’administration au duc de Richmond [Lennox*], beau-frère de Bathurst, et le mois suivant, il partit pour l’Angleterre.

Philip Long connaissait cet homme – il le mentionne d’ailleurs dans sa lettre de 1816 où il écrit : « Nombreuses sont les personnes respectables qui savent combien j’ai fait et souffert depuis 1775 pour mon roi et ma patrie, ce qui m’a conduit à la situation actuelle, trop longue pour être détaillée ici. J’espère toutefois que Votre Excellence me considérera comme un homme que je connais depuis 26 ou 30 ans, et que ma conduite sera jugée sur mon compte. Quant au courrier resté chez moi, c’est faux ; je peux prouver qu’il n’y est jamais resté un seul jour. J’ai reçu l’ordre et j’ai le devoir de le prendre en charge et de le faire parvenir, que ce soit en amont ou en aval, ce que j’ai assurément fait.»

Notre meilleure hypothèse quant à la façon dont ces deux hommes se sont rencontrés repose sur la période de 30 ans. Coape était un soldat britannique en poste en Nouvelle-Écosse en 1784-1785, et il est fort possible que Philip l’ait rencontré à cette époque. Les rencontres entre les deux au cours de cette période de 26 ans sont plus difficiles à expliquer puisque Coape était en poste à l’étranger à ce moment-là, il ne pouvait donc s’agir que d’une rencontre fortuite.

Joseph Bouchette et Le Portage du Canada

C’est une incroyable conjonction de circonstances, de lieux et de personnes qui a permis à Joseph Bouchette et Philip Long de se rencontrer et, selon toute vraisemblance, de devenir amis. Nous avons inclus une biographie de Joseph Bouchette, car nous croyons que l’avenir de notre ancêtre était inextricablement lié au sien. Sa carrière d’arpenteur général nous intéresse particulièrement, car c’est probablement ainsi que Bouchette et Long se sont rencontrés : l’un parcourant le pays d’une mission d’arpentage à l’autre, tandis que Long se trouvait à un endroit d’une importance capitale, au bord d’un lac isolé, au milieu de nulle part. Nous examinerons une série de documents et d’ouvrages de Bouchette dans la section suivante.

Tout d’abord, son rapport de 1814 à Prevost, rédigé lors de l’installation des vétérans le long de la route du Portage. Nous savons qu’après ce rapport, Bouchette se rendit à l’Assemblée, lança une souscription pour une nouvelle carte qu’il avait commencée à préparer, puis alla en Angleterre pour faire publier cette fameuse carte en 1815. Il est donc probable que ses visites à Long’s Farm en 1814 aient inspiré le célèbre tableau de ce lieu pastoral.

Deuxièmement, nous examinerons sa description de Long’s Farm tirée de son recueil de cartes topographiques.

Troisièmement, nous étudierons son dessin de Long’s Farm et présenterons plusieurs exemples de cette œuvre remarquable.

Quatrièmement, nous examinerons sa description du portage de Témiscouata.

Cinquièmement, nous étudierons le travail de Bouchette concernant l’établissement des limites frontalières entre le Maine, le Bas-Canada et le Nouveau-Brunswick.

Enfin, nous passerons brièvement en revue ses descriptions des seigneuries de Témiscouata et de Madawaska [elles sont traitées en détail dans l’annexe].

Ces derniers éléments sont importants pour notre histoire, car Alexander Fraser fit don à Bouchette d’une part importante de sa seigneurie de Témiscouata, tout en mettant fin aux droits de Philip Long sur les terres bordant le lac.

Rapport de Bouchette sur le portage de Témiscouata et l’établissement des vétérans le long du portage

Ce document et sa place dans la vie et l’histoire de notre ancêtre sont intéressants à plusieurs égards. Son titre complet est « Rapport de l’arpenteur général à son retour de l’établissement des vétérans et de leurs familles sur le portage entre le Bas-Canada et le Nouveau-Brunswick, le 30 juin 1814 », et son existence est connue des chercheurs des Archives nationales depuis plus de soixante-dix ans. [iv] Il fut remis à Sir George Prevost, qui, malheureusement, était parti en Angleterre pour régler ses propres problèmes.

Ce rapport est connu de la famille depuis un certain temps, car il figure dans le fichier de la bibliothèque des Archives nationales. Cet index recense toutes les informations connues (du moins aux Archives nationales) concernant Philip Long. Jusqu’à récemment, le contenu du rapport restait flou, car Mgr Lang ne l’avait pas mentionné directement. Mgr Lang s’était basé sur les documents fournis par les chercheurs lorsqu’il avait écrit aux Archives en 1975, et, inexplicablement, ce document n’avait pas été inclus dans leur bibliographie. Or, je sais pertinemment qu’il figure dans leurs archives, ayant reçu une copie du fonds complet relatif aux recherches sur Philip Long au printemps 2006. Récemment, une recension du livre de John Lang a mis en lumière certains passages de ce rapport ; il n’était donc pas totalement inconnu de la famille !

Figure 107 – Dessin de Joseph Bouchette, Esq. à Rousses Point. Source : BAC.

De plus, la mention de Philip Long comme possible « inspecteur » sous l’autorité du Grand Voyer pour la réparation et l’entretien de la route du Portage témoigne de la confiance totale que le gouvernement et les chefs militaires de l’époque lui accordaient. En 1815, une loi autorisait le Grand Voyer à nommer des « commissaires » locaux chargés de superviser les travaux d’entretien des routes principales. Les recherches se poursuivent afin de déterminer qui a occupé cette fonction dans la région de Rivière-du-Loup, Témiscouata et Madawaska. Patricia Kennedy, archiviste aux Archives nationales avec qui j’ai eu une longue conversation récemment, a indiqué qu’à son avis, la fidélité, la fiabilité et la capacité d’écrire faisaient de Philip Long un choix exceptionnel pour le rôle que Murray et Finlay lui ont finalement confié, ainsi qu’à sa famille.

On trouve quelques autres mentions de Long et de sa ferme. Dans son œuvre, on peut imaginer que Bouchette développait un attachement pour la région qui le conduirait à acquérir près d’un quart de la seigneurie d’Alexander Fraser et à planifier la création d’une nouvelle ville, « Kent et Strachern », précisément sur les rives du lac, à proximité de la ferme et de l’hôtel de Long.

D’après Bouchette, Esq.

Rapport de l’arpenteur général à son retour de l’installation des vétérans et de leurs familles sur le Portage, entre le Bas-Canada et le Nouveau-Brunswick, le 30 juin 1814.

À Son Excellence Sir George Prevost, baronnet, capitaine général et gouverneur en chef de la province du Haut-Canada, du Bas-Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick et de leurs dépendances, vice-amiral de la même province, etc., etc., etc.

Rapport

Conformément aux ordres de Votre Excellence, transmis par le secrétaire militaire « Brenton » dans sa lettre du 5 mai dernier, je me suis rendu sur la route reliant Escoumins à Frederikton, au Nouveau-Brunswick, afin d’établir des points de débarquement et de délimiter les terres des colons du 10e Bataillon royal, alors établi sur le Portage, dans le but de maintenir cette voie de communication.

Dans le cadre de l’exécution de ce service, j’ai jugé opportun, pour l’information de Votre Excellence et pour le bénéfice du gouvernement provincial de Sa Majesté, de m’appliquer autant que les circonstances le permettaient à l’élaboration de plans améliorés pour l’ensemble de cette voie de communication, notamment en ce qui concerne la rivière Salmon sur le fleuve Saint-Jean. Grâce à des levés topographiques antérieurs et à des arrangements postaux, j’ai pu, avec huit colons de la Côte, les accompagner. Je suis donc en mesure de soumettre à Votre Excellence les plans ci-joints au rapport.

Le 18 juin, j’embarquai à bord de la goélette du gouvernement et arrivai le 21 à la rivière du Loup. J’effectuai quelques observations concernant la navigation sur la rivière en descendant et acquéra une connaissance assez précise de la portion du Rocher qui nous est propre. Si Sir George Prevost s’était échoué l’année précédente, on ignorait son emplacement exact, mais on le connaissait par ce Rocher. Sir George Prevost se trouvait à l’extrémité est de la rive centrale, en face de Brandy Pott et… à environ 5,5 km à marée basse, à Ebb Lake, il n’y a que 2,4 m d’eau au-dessus du niveau du lac. Par conséquent, mon rôle de bouée serait de déterminer avec précision son emplacement à cet endroit, après l’avoir clairement indiqué sur la carte de la province.

Avant d’entamer le portage, je rendis visite à Alexander Fraser, écuyer, seigneur de la rivière du Loup, et interrogeai ses colons afin de déterminer la profondeur exacte de sa seigneurie. Je suis entré dans le Portage le 25 et j’ai atteint la rivière Saint-François tôt le lendemain. J’ai choisi mon porteur pour le détachement sous la responsabilité du capitaine Bejan et j’ai délimité les terres pour les colons qui étaient avec moi à ce moment-là. Le 27 après-midi, je suis parti pour Longs Place au lac Témiscouata, sauf le sergent Smith, ou plutôt son… comme il en avait reçu l’ordre. J’étais responsable des provisions à l’entrée du Portage. J’ai atteint White le 31 et, après avoir délimité les terres, j’ai continué sur la rivière Salmon, laissant derrière moi les colons et une partie de l’équipe d’arpentage. Nous avons dépassé la colonie de Madawaska, qui s’étend de l’embouchure de la rivière Madawaska jusqu’à la rivière Saint-Jean sur environ 30 milles. Colons…

De chaque côté de la rivière, les colonies ressemblaient exactement aux colonies canadiennes de cette province. Arrivé au poste militaire des Grandes Chutes, j’ai mesuré la distance à travers le Portage, puis je me suis immédiatement rendu à la rivière Salmon, endroit que j’ai trouvé très avantageux pour les colons, avec un défrichement convenable qui, par chance, est revenu à ses familles nombreuses, alors qu’elles étaient très démunies. Concernant ce défrichement (dont de plus amples détails figurent dans mes rapports d’arpentage), il est nécessaire de préciser respectueusement à Votre Excellence qu’il provenait d’un vieux Canadien qui s’y était autrefois installé et qui, par la suite, a appris l’existence de ce défrichement par un homme du nom de King, lequel… avait l’habitude de… pour cet endroit chaque année et dont j’ai découvert, lors de mes recherches, qu’il détenait une sorte de titre de propriété.

Après avoir exposé les plans accompagnant le rapport, les références et… concernant l’ensemble des communications depuis l’entrée du portage jusqu’au lac Témiscouata, puis jusqu’à Frederiktion, je limiterai ce rapport à quelques observations générales relatives aux améliorations de cette route.

La longueur du portage est de 36 ¾ milles, dont un quart de la distance totale peut être considéré comme praticable pour les canots. Un Canadien du nom de Coté a déjà établi un établissement à cet endroit, au-delà de la rivière du Loup. Un pont pourrait y être construit, un peu en amont de sa maison, en face d’une petite île. Ce pont n’est pas immédiatement nécessaire au bord de la route, car lorsque le niveau de l’eau est bas en été, un canot peut traverser la rivière à pied, tandis qu’au printemps et à l’automne, lorsque le niveau est haut, Coté doit être attaché. Il serait judicieux d’en prévoir un sur les canots pour la commodité des voyageurs, surtout s’ils reçoivent des allocations gouvernementales. Par conséquent, je suis d’avis que le Grand Voyageur (souscrit… ayant une… du Portage) avec trois… Inspecteurs compétents, dont l’un pourrait être Long, un homme très utile, et cent vingt Canadiens, pourrait rendre la route du Portage très bonne et praticable pour les véhicules à roues en moins d’un mois. Il convient de noter que le territoire de la montagne de… Canadien est particulièrement bien adapté aux colons ; il se situe à mi-chemin environ entre la rivière Francis et le lac Témiscouata.

En raison de la crue extraordinaire de la rivière Madawaska au printemps et à l’automne, et de l’impossibilité de franchir les rapides actuels, qui s’ajoutent aux difficultés que le Cau… rencontre chaque année juste après la débâcle printanière, il serait très nécessaire de faire tracer et ouvrir au plus vite une route depuis la propriété de Long jusqu’à la rivière Ristook, où deux familles pourraient être installées avantageusement, et à une grande distance de la rivière… On m’a informé que cette route proposée pourrait être facilement construite en suivant les crêtes des montagnes qui s’étendent jusqu’à l’entrée du lac.

Le tout est respectueusement soumis,

Jos. Bouchette

Arpenteur général

Bureau de l’arpenteur général

Québec, le 30 juin 1814.

Transcipiation : Benoît Long

[Note : De nombreux passages sont illisibles et nous nous excusons pour les approximations qui peuvent entraîner des inexactitudes. Nous espérons améliorer le texte grâce à des efforts accrus et à de meilleures copies.]

Figure 108 – Lettre et rapport de Bouchette à Prévost, gouverneur général – 1814, page 24. Source : Benoît Long, d’après des photocopies de BAC.

Bouchette installa lui-même quelques vétérans du 10e Bataillon royal, mais ils étaient peu nombreux à cette époque. Clifford et Gardner se trouvaient sur la rivière Saint-François, les sergents Smith et Simpson sur la rivière Birch. Long y était déjà en poste depuis 1809. Entre ces différents endroits, on trouvait des abris permettant aux voyageurs de se mettre à l’abri par mauvais temps. En 1817, le colonel MacPherson dressa la liste complète des hommes et des familles installés le long du Portage ; cette liste comptait alors vingt-deux personnes. Ce fut l’apogée de la colonisation pendant quarante ans.

Joseph Bouchette publie sa carte topographique (1815)

Afin d’expliquer l’importance de cette carte topographique dans l’histoire de l’époque, nous citons ici de larges extraits du Dictionnaire biographique du Canada, Bibliothèque et Archives Canada, concernant Joseph Bouchette :

Le 18 février 1814, Bouchette présenta à l’Assemblée législative son projet de réalisation d’une carte à grande échelle du Bas-Canada, accompagnée d’un dictionnaire topographique. L’Assemblée le renvoya à un comité spécial qui présenta un rapport favorable le 23 février. Réunie en comité plénier, l’Assemblée décida de mettre 1 500 £ à la disposition de Bouchette. Une souscription publique fut également lancée, au prix de cinq guinées payables à la réception de la carte. La majorité des souscripteurs étaient anglophones, ce qui témoigne des liens privilégiés unissant Bouchette à cette communauté. Fort de l’assurance du soutien de l’Assemblée, Bouchette partit pour l’Angleterre en août 1814 afin d’organiser la publication de son ouvrage. Il comptait sur le soutien du gouverneur et des hauts fonctionnaires, ainsi que sur l’amitié de quelques personnalités influentes, dont le duc de Kent.

À Londres, Bouchette publia en 1815 une carte du Bas-Canada à l’échelle de 24 milles par pouce, accompagnée d’un catalogue en français, également paru en anglais sous le titre « Description topographique de la province du Bas-Canada ». L’ouvrage fut manifestement bien accueilli dans les milieux scientifiques, puisque le 1er avril 1816, la Société pour l’encouragement des arts, des manufactures et du commerce de Londres lui décerna une médaille d’or. De retour au Bas-Canada, Bouchette reçut une autre marque d’appréciation, cette fois du seigneur Alexander Fraser, qui, en novembre 1817, lui fit don d’un quart des seigneuries de Madawaska et de Lac Témiscouata. En mars de l’année suivante, Fraser en ajouta un douzième en copropriété.

Durant son séjour à Londres, Bouchette avait été nommé arpenteur spécial du roi, chargé de la mise en œuvre de l’article 5 du traité de Gand, qui prévoyait la création de commissions pour régler le différend frontalier entre le Nouveau-Brunswick et les États-Unis [voir Thomas Henry Barclay*]. Soucieux de bien accomplir sa mission, il avait suivi des cours d’astronomie à ses propres frais avant de retourner en Amérique du Nord. Il débarqua à Halifax en septembre 1816 et, deux mois plus tard, se trouvait à Québec, où il prépara un plan qu’il soumettrait personnellement aux arbitres britanniques.

Au printemps 1817, Bouchette se rendit avec des arpenteurs américains à la source de la rivière Sainte-Croix. La frontière entre le Nouveau-Brunswick et le Maine devait être tracée à partir de ce point. Il remit ensuite aux commissaires un rapport volumineux qui lui valut de nombreux éloges. Il partit aussitôt pour Burlington, au Vermont, où il organisa une expédition pour cartographier le 45e parallèle. Mais il fut pris de « fièvre du lac Champlain » ; Gravement malade, il fut rapatrié à Montréal et, en 1818, remplacé par l’arpenteur William Franklin Odell.

Déterminer la frontière n’était pas le seul problème auquel Bouchette devait faire face à cette époque. Il devait également fixer les limites entre les terres de la Couronne et les seigneuries. À cette fin, il demanda à tous les seigneurs une copie de leurs titres de propriété afin de pouvoir diriger le travail de ses équipes d’arpenteurs. De plus, son bureau était submergé de demandes d’hommes qui, ayant servi pendant la guerre, avaient reçu des concessions de terres de la Couronne et souhaitaient les faire arpenter. La situation était si confuse qu’en 1820, le gouverneur, Lord Dalhousie Ramsay, demanda à Bouchette d’enquêter sur la situation dans la région située entre le lac Champlain, la frontière américaine et le fleuve Saint-Laurent. Il était nécessaire de déterminer quelles terres occupées avaient été arpentées et lesquelles ne l’avaient pas été. L’année suivante, Bouchette se remit à l’œuvre pour tracer la frontière et soumit un rapport exposant les problèmes rencontrés. Par la suite, il dirigea les travaux sur un grand nombre de dossiers relatifs à l’arpentage des terres de la Couronne au Bas-Canada. En raison de la grande confusion qui régnait encore concernant les concessions accordées aux militaires, Lord Dalhousie demanda en 1824 à Bouchette d’effectuer une tournée des différents cantons où elles étaient domiciliées. À la suite de son inspection, Bouchette publia un rapport.

Figure 109 – Portrait miniature de Joseph Bouchette, écuyer.

Les deux portraits suivants sont présentés pour leur intérêt historique.

Figure 110 – Dessin de Joseph Bouchette, Esq (reproduction d’une miniature)

Le cœur de son ouvrage est une description des différentes seigneuries alors existantes et une histoire détaillée de chacune d’elles. Ce livre s’est révélé une source d’information inestimable pour de nombreux chercheurs au fil des décennies. Le premier passage qui nous intéresse particulièrement est la description de la Ferme de Long, extraite du commentaire sur la Seigneurie de Rivière du Loup :

« À la ferme de Long, les voyageurs ne peuvent manquer d’être charmés par la vue magnifique et pittoresque du lac de Timiscouata, long de trente-cinq kilomètres et large en moyenne de deux kilomètres, entouré de toutes parts par de hautes montagnes couvertes d’une épaisse forêt presque jusqu’à ses rives : plusieurs grands fleuves, grâce à leurs puissants courants, gonflent les eaux de cette étendue romantique et isolée. En ce lieu, si éloigné des habitations humaines et des plaisirs de la société, la ferme, pourtant modeste, devient un objet d’un intérêt considérable ; Il ne s’agit que d’une chaumière, d’une grange et de deux ou trois petites dépendances, entourées de quelques champs cultivés et d’un jardin. En été, le paysage environnant est varié et d’une beauté rare, mais il ne saurait compenser la solitude morne de l’hiver. Long, le propriétaire, a une famille nombreuse : lui et ses fils sont les passeurs du lac et ont toujours des canots d’écorce prêts à transporter les passagers d’une rive à l’autre. De cet endroit, la distance jusqu’à l’embouchure de la rivière Madawaska est de quinze milles ; et cinq milles plus loin se trouve la rivière Birch où vivent deux autres colons du Bataillon des Vétérans (le sergent Smith et Simpson) ; vingt-trois milles plus loin se trouvent les chutes de Saint-Jean. (Traduction de John Lang)

Bouchette a dû trouver cette scène particulièrement agréable et bucolique puisqu’il l’a reproduite sous forme de gravure dans son livre, une magnifique aquatinte qui a traversé près de deux siècles pour le plus grand plaisir des générations de membres des familles Long et Lang. La couverture de ce livre présente une version colorisée conservée aux Archives nationales à Ottawa. À partir de cette impression numérique haute résolution, nous souhaitons mettre en valeur quelques extraits pour votre plus grand plaisir :

Nous souhaitons examiner plusieurs autres reproductions de Long’s Farm.

La première est une reproduction, une lithographie de l’original tiré d’un des livres, achetée par mon frère Ghislain Long au début des années 1980.

Figure 111 – Lithographie n° 27 du dessin original du capitaine Joseph Bouchette intitulé « La ferme Long sur le lac Témiscouata, à l’extrémité du Portage ».

Note : Initialement gravée à l’eau-forte, cette lithographie a ensuite été reproduite à l’aquatinte en noir et blanc, puis coloriée par d’autres spécialistes souhaitant lui donner plus de réalisme pour des livres et des reproductions. Cette lithographie en noir et blanc a été achetée par Ghislain Long auprès d’un marchand de cartes anciennes de Floride, le capitaine Knapp. Benoît Long a consulté et obtenu des reproductions des originaux aux Archives nationales d’Ottawa, mais aucune n’atteint la qualité de cette lithographie. Cependant, comme le montre la couverture du livre, la plus belle version demeure la version coloriée, conservée dans la collection Peter Winkworth de Collections Canada.

L’image suivante est une reproduction de la ferme Long pour un ouvrage allemand (les forges de Saint-Maurice sont également représentées sur la même page de l’original). Elle est très différente et pourtant si reconnaissable !

Figure 112 – Dessin d’après l’aquatinte originale de Joseph Bouchette représentant la Ferme Long – Livre allemand. Collection Peter Winkworth.

La photographie suivante a été réalisée par Julian Long pour la couverture de son ouvrage sur la famille Long, intitulé « Descendants de John Philip Long et Marie Josephte Couillard Després ». Il s’agit d’une magnifique reproduction de la « sculpture » ​​originale de la Ferme Long, œuvre d’Henri Nadeau de Saint-François, commandée par Ghislain Long. L’œuvre originale, d’une grande beauté, mesure environ 1,50 mètre de large sur 90 centimètres de haut. Elle appartient aujourd’hui à Jack Alexander Long et est accrochée chez ses grands-parents, Lucien et Blanche Long, à Clair, au Nouveau-Brunswick.

Figure 113 – Photographie de la Ferme Long, sculptée par Henri Nadeau pour Ghislain Long. Photo : Julian Long.

Cette version présente également un intérêt particulier (du moins pour l’auteur), puisqu’il s’agit d’une photographie prise par Benoît Long lors d’un voyage avec Ghislain au Fort Ingall, à Cabano. Cette reproduction a été découverte dans le grenier de l’ancien Fort Ingall, avant toute restauration, simplement appuyée contre un pilier en bois. L’éclairage était assuré par une simple ampoule suspendue dans le grenier, et 30 à 40 photographies ont été prises. Ghislain en a ensuite fait réaliser des centaines de répliques qu’il distribuait à qui le souhaitait. Il en a même tiré un calendrier orné du logo du Garage Lucien L. Long.

La version finale présentée ici est une véritable œuvre d’art, réalisée par un artiste reconnu, David W. Jones, d’Ottawa, grand ami de Benoît et Andrea. Paysagiste de talent, il a été peintre de guerre officiel du Canada pendant un an. Andrea a commandé cette toile à David d’après une photographie prise en famille lors de vacances où nous avions fait une halte au fort Ingalls (Cabano). Comme chacun peut le constater, les vues diffèrent, en partie à cause du point de vue précis que Bouchette souhaitait peindre, mais aussi parce que les lieux n’étaient pas exactement les mêmes ! Le tableau mesure environ 1,20 mètre sur 60 centimètres.

Dans les pages suivantes, nous reproduisons quelques autres peintures extraites de l’ouvrage de Bouchette intitulé « Descriptions topographiques du Canada », notamment « Les Grandes Chutes sur la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick » et « Mars Hill ». Ces deux reproductions ont été obtenues sous forme numérique auprès des Archives nationales afin de pouvoir être reproduites ici dans leur meilleure qualité possible.

Figure 114 – Dessin de Joseph Bouchette, Esq. pour son ouvrage « Descriptions topographiques du Canada » – Les Grandes Chutes sur la rivière Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, vers 1815

Le tableau des Grandes Chutes est d’une beauté saisissante et j’ai eu l’occasion d’en faire réaliser des reproductions ; l’une d’elles orne notre salon à Mississauga. Le lecteur se souviendra que John Mann, dans son récit de voyage en Amérique du Nord, avait décrit sa visite chez Philip Long en termes élogieux. Cependant, lorsqu’il visita les Grandes Chutes après son séjour au village indien de Petit-Sault, il fut loin d’être impressionné :

« J’ai traversé la rivière et suis arrivé chez un Français, chez une vieille dame et ses trois filles, dont aucune ne parlait un mot d’anglais. À ma grande surprise et pour mon plus grand bonheur, j’ai vite compris qu’elle était la mère d’un jeune homme qui avait accompagné l’arpenteur général la même année où j’avais participé à l’expédition. Il entra bientôt dans la maison et je le connaissais parfaitement. À ce moment-là, il parlait assez bien anglais, ce qui me le rendit sympathique, comme un proche parent. Je suis resté avec lui toute la journée. Le lendemain matin, j’ai acheté un petit canot pour un dollar : il était resté si longtemps inutilisé et exposé au soleil qu’il y avait des trous dans le fond, que j’ai colmatés avec de la râteau. Je l’ai mis à l’eau pour voir comment il se comporterait, mais comme il était très léger et sans lest, il a chaviré. » Le canoë a basculé dans la rivière. Je l’ai ensuite tiré sur la rive, j’y ai mis des pierres pour le lest et, pour éviter qu’il ne chavire à nouveau, j’ai attaché mon paquet à une petite corde fixée à l’avant. Le Français m’a fabriqué une petite pagaie, et je suis reparti. Le vent soufflant droit dans le courant, je n’avais guère d’autre choix que de diriger. J’ai atteint le portage vers midi, à vingt-quatre milles de mon point de départ du matin. J’ai payé un quart de dollar pour avoir tiré le canoë à travers le portage, qui fait trois quarts de mille. Je suis allé voir les chutes ;* (*Les grandes chutes de la rivière Saint-Jean), mais ayant déjà vu les chutes du Niagara, elles m’ont paru si insignifiantes que je suis revenu sans rien remarquer de particulier.[v]

Le tableau de Mars Hill est fort intéressant car il revêt une importance historique considérable. Bouchette considérait Mars Hill comme la limite supérieure de la frontière américaine, or aujourd’hui, cette colline se trouve entièrement dans le comté d’Aroostook, au nord du Maine. Comme chacun le sait désormais, les limites ont été fixées au niveau du fleuve Saint-Jean.

Figure 115 – Dessin de Joseph Bouchette, Esq. pour son ouvrage topographique – Mars Hill, vers 1815

Enfin, Bouchette a inclus une carte d’une précision remarquable dans sa Description topographique du Bas-Canada. Cette carte illustre la route entre Rivière du Loup et Halifax ; l’original est conservé aux Archives nationales d’Ottawa. Nous avons obtenu une version haute résolution de cette carte pour les générations futures de chercheurs de Long et Lang. Vous remarquerez dans l’encart que la propriété de Long y est clairement indiquée.

Nous présentons d’abord cet encart de la carte complète pour mettre en évidence l’itinéraire entre Grand Falls, la colonie de Madawaska, le lac Témiscouata et enfin le port complet jusqu’au Saint-Laurent.

Figure 116 – Joseph Bouchette – Plan de l’itinéraire d’Halifax à la rivière du Loup sur le Saint-Laurent – ​​1815. Tiré de son livre Topographical Descriptions (1815).

Bouchette et sa description du chemin de portage de Témiscouata

Voici la description que Joseph Bouchette a donnée de cette fameuse route dans son Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada :

« À environ 7,5 km à l’est de la rivière des Caps, commence cette importante voie de communication qui, étant la seule route terrestre reliant Québec à Halifax, soit 1 010 km, revêt une grande importance. Elle fut ouverte pour la première fois en 1783 par le général Haldimand, alors gouverneur de la province : le courrier britannique y est toujours acheminé, lorsqu’il est débarqué du paquebot à Halifax. De la route principale du Saint-Laurent, où bifurque le chemin de portage, se trouve la ferme Long, sur la rive du lac Témiscouata, à une distance de 58 km et 6,5 hectares. La direction générale de la route est vers l’est, mais elle comporte de nombreux virages et lacets pour éviter plusieurs collines très élevées et escarpées, ou de profonds marécages. » En l’état, environ 24 milles de la distance se font sur une succession de montagnes, dont plusieurs sont accidentées et très abruptes : cette route pourrait être rendue aussi bonne et pratique pour voyager que l’on peut raisonnablement l’espérer dans un pays sauvage et peu peuplé. De la rive du Saint-Laurent, jusqu’au traversier de Coté, sur la rivière du Loup, sur environ cinq milles, la route est aussi bonne qu’on puisse le souhaiter, et par laquelle les voitures des frères peuvent se rendre au traversier, ou aux moulins de Ballentine, un peu à gauche : le reste du chemin jusqu’au lac Témiscouata a été grandement amélioré. Plusieurs soldats, avec leurs familles, ont été installés en 1814 sur des terres attribuées à intervalles convenables, sous la direction personnelle de l’arpenteur général de la province. Ces quelques colons ne suffisent toutefois pas à atteindre pleinement l’objectif visé, et il est fort probable que d’autres seront installés ultérieurement à des endroits appropriés, dont plusieurs se trouvent là où il y a de vastes étendues de bonnes terres et de grands pâturages, qui pourraient être rapidement rendus moyennement fertiles. Ce portage regorge de matériaux nécessaires à la construction de routes, soit selon l’ancien plan du pays, soit selon le système de McAdam, et a été grandement amélioré grâce aux fonds alloués par la Législature. L’été, on ne circulait habituellement sur cette route qu’à l’aide de chariots. Les améliorations actuelles permettent désormais à des véhicules à neuf roues de la parcourir sur toute sa longueur ; et, sur une route vallonnée, on a trouvé une caisse de vitres dans l’une des charrettes sans qu’une seule vitre ne soit brisée. Il ne fait aucun doute, cependant, que la réparation permanente du portage de Témiscouata et l’ouverture du prolongement de la route postale jusqu’à Fredericton et Saint-Louis sont des étapes cruciales. Le développement de la route de John dépendait en grande partie des efforts des colons des établissements situés à l’extrémité lacustre du corridor des douze lieues, ce qui permettrait d’améliorer la voie de communication, de faciliter les échanges et d’assurer un meilleur entretien des routes. À cette extrémité du corridor, sur la rive ouest du lac Témiscouata, se trouve le village de Kent et Strathern, ainsi nommé en l’honneur du défunt duc de Kent. Sur un petit cours d’eau, appelé la Petite Rivière, le colonel Fraser a construit des moulins à maïs et des scieries qui offrent de nombreux avantages.[vi]

En 1814, des tentatives sont entreprises pour réparer la route. Suite aux plaintes de George Heriot, sous-directeur général des postes, et d’un certain Philippe Leroy, le Grand Voyageur de l’époque décide d’entreprendre des réparations. Mais la route s’avère en très mauvais état, très difficile à parcourir et, sans drainage adéquat, difficile à entretenir.[vii] Quel témoignage pour notre ancêtre qu’il ait continué à vivre dans cette région, tirant le meilleur parti de ce qui semblait être une situation impossible ! Un messager nommé André Paradis, « Messager entre Québec et Fredericton pour la route du lac Témiscouata », corrobore le témoignage de Rottenburg en disant que « les routes entre le Portage et la rivière des Caps jusqu’au lac Témiscouata sont impraticables… et qu’à de nombreux endroits, des ponts… ont été incendiés par les Indiens ».[viii] Paradis propose que Joseph Robichaud, « ancien messager qui a toujours été employé dans le dit chemin », répare la route ! Marquis et Robichaud étaient certainement des connaissances proches de Philip Long. Peu de réparations semblent avoir été effectuées depuis que le marquis a réitéré ses plaintes en 1820, sans succès.

Figure 117 – Portage du Temiscouata – Nive Voisine.

Bouchette et les seigneuries de Madawaska et de Témiscouata

Joseph Bouchette a utilisé le système seigneurial comme base de sa Description topographique du Canada. En conciliant le système seigneurial et le nouveau système de cantonnement britannique, il espérait les faire converger afin d’obtenir une description géographique faisant autorité et qui deviendrait la norme. Il y est parvenu en grande partie. Dans sa Description topographique, Bouchette a inclus une longue description de la rivière du Loup, reproduite ci-dessous. Plus tard, Bouchette a publié en 1832 un Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada[ix], qui, avec un grand succès, fournissait de nombreux détails sur les seigneuries, leur histoire, les principaux changements qu’elles ont subis au fil du temps et les routes importantes (comme le portage de Témiscouata). Nous reproduisons en annexe le texte de deux de ces descriptions : les seigneuries de Madawaska et de Témiscouata, ainsi que la route du portage de Témiscouata. Nous espérons que le lecteur appréciera la valeur historique et l’intérêt que ces deux descriptions revêtent pour notre famille. La description des seigneuries est probablement importante pour comprendre la suite du parcours de notre ancêtre, notamment en ce qui concerne la légende de la Longue Fortune.

Mariage de Marie-Judith Long et Jacques Bezeau, le 9 mai 1815

Nous apprenons que Marie-Judith a épousé Jacques Bezeau à la cathédrale Notre-Dame de Québec le 9 mai 1815. Nous ne savons que peu de choses sur Marie-Judith, fille aînée de Philip et Marie-Julie Long. Dans l’un des derniers chapitres de cet ouvrage, nous aborderons des informations généalogiques initialement développées par Mgr Lang, puis par Jean-Guy Poitras, mais uniquement pour la deuxième génération de l’union Long-Bezeau.

Philip Long sollicite l’aide d’urgence du gouverneur

L’année 1815 restera gravée dans les mémoires, tant pour la famille Long que pour le monde entier. John Lang a rédigé un excellent résumé des événements mondiaux qui ont pu inciter Philip à demander une aide d’urgence au gouverneur. Voici ce que John Lang a écrit à ce sujet :

« En avril 1815, le volcan Tambora, situé à 380 km à l’est de Java, entra en éruption. Il projeta 100 km³ de cendres dans l’atmosphère, provoquant une obscurité totale pendant trois jours dans un rayon de 480 km. Le nuage de cendres se dispersa sur la terre, refroidissant le climat et causant de grandes difficultés. L’année suivante, il neigea en juin au Nouveau-Brunswick et il gela chaque mois de l’année. De toute évidence, le mauvais temps commença tôt pour Philip Long et sa famille, car ses récoltes furent entièrement détruites par un gel à l’automne 1815, comme il l’indique dans sa lettre au gouverneur général, Sir George Drummond, datée du 10 novembre 1815. » [x]

Il s’agit d’un document historique important pour la famille. Cette lettre nous révèle la signature la plus lisible de Philip Long à cette époque de sa vie, mais aussi l’humanité de notre ancêtre et les conditions de vie extrêmement difficiles qu’il a connues, marquées par des famines apparemment récurrentes. Elle montre également que Philip disposait des moyens nécessaires pour solliciter l’aide d’une personnalité aussi importante que le Gouverneur général, ce qui équivaudrait aujourd’hui à écrire au Premier ministre du Canada et à obtenir une réponse favorable !

Nous reproduisons ici le texte intégral de sa lettre ainsi qu’une photographie de très haute qualité de la lettre originale, obtenue par Ghislain Long il y a une trentaine d’années. [xi]

« À Son Excellence Sir Gordon Drummond

Pétition de Philip Long, du lac Témisquata

Exposé humblement :

Que la famille du pétitionnaire est dans une grande détresse en cette saison, car toutes les récoltes de céréales et de céréales de la région ont été détruites par le gel. Aussi, le pétitionnaire prie-t-il humblement Votre Excellence de bien vouloir prendre sa cause en considération et de lui accorder l’aide que Votre Excellence jugera appropriée.

Philip Long

Québec

10 novembre 1815

Cette requête est soumise à l’appréciation favorable de Son Excellence le Commandant des Forces.

1 baril de porc

1 baril de fleurs

Sidney Beckwith, secrétaire militaire » [xii]

Transscription : Carmen et Doris Long.

Couverture – Philip Long, pétitionnaire, Lac Tamiscouta, sollicite de l’aide, 18 novembre 1815. Lettre au commissaire général du 20 novembre 1815.

En réponse à la lettre de Philip Long, des militaires clés furent mobilisés après l’approbation par le gouverneur général d’une aide à Philip Long. Charles Foster, secrétaire militaire, écrivit le même jour à William Henry Robinson, commissaire général, pour lui faire part du désir du gouverneur d’aider Philip et sa famille. [xiii] Nous reproduisons ici le texte et l’image de la lettre originale.

Québec, le 20 novembre 1815

À Monsieur Robinson

Commissaire général

Monsieur,

En raison de l’extrême indigence et du besoin (dû à la mauvaise récolte de céréales) de Philip Long, ancien soldat et colon du lac Témisquata, dont la cause a été favorablement recommandée au lieutenant-général Sir Gordon Drummond. J’ai reçu pour instruction de Son Excellence de vous demander de bien vouloir remettre audit Philip Long un baril de porc et un baril de farine.

J’ai l’honneur de…

(Signé) C. Foster

Secrétaire militaire

Figure 118 – Pétition de Philip Long à Sir Gordon Drummond, Gouverneur général, demandant un soutien d’urgence pour sa famille – 1815. Source : Ghislain Long.

Figure 119 – Lettre de C. Foster, secrétaire militaire, à William Henry Robinson, écuyer, commissaire général, le 20 novembre 1815, Québec.

Cette réponse est d’autant plus intéressante que Foster reprend une expression importante à propos de Long : « un vieux soldat et colon », pour décrire Philip. Nous savons qu’une lettre antérieure d’Heriot à Prevost utilisait également l’expression « vieux serviteur du gouvernement ». Comme nous l’avons souligné dans le chapitre sur les origines, nous pensons que cela confirme un âge beaucoup plus avancé pour Philip Long que celui que nous avons admis au cours des dernières décennies.

Nous ne possédons aucun autre document ni fait concernant la vie de Philip Long en 1814 et 1815. Mais il s’agissait d’une période remarquable pour notre ancêtre. Un résultat évident de cette période fut une prise de conscience accrue, et par conséquent un soutien plus important de la part du gouvernement, à la voie de communication entre Québec et Halifax, à la fois comme voie postale et comme voie militaire stratégique.

Comme Nive Voisine le mentionne à plusieurs reprises dans ses écrits, l’histoire du Portage a été marquée par une succession de périodes de négligence, suivies de nouvelles périodes d’abandon dues à des obligations militaires ou civiles. La vie de la famille de Philip a ainsi connu des hauts et des bas.

1816 – Une année extraordinaire

Cette année marque un véritable tournant dans la vie de Philip Long. On découvre des aspects étonnants de sa personnalité et on assiste à une intrigue majeure, faite d’accusations et de contre-accusations qui auraient pu ruiner sa carrière. Pourtant, Philip terminera l’année plus fort que jamais et sa réputation intacte. On ignore si des tensions ont persisté entre les courriers et Philip Long, mais il est fort probable que leurs relations n’aient plus jamais été les mêmes.

Heriot recommande le maintien de la pension ou de la rente de Long

Cette lettre de George Heriot revêt une réelle valeur historique. Elle révèle de nouveaux éléments concernant Philip Long, notamment un handicap physique. Heriot avait déjà évoqué ce problème de vision dans une lettre à Freer en 1811, mais cette lettre nous apprend que Philip avait en réalité « perdu un œil ». Voici les conclusions que nous pouvons tirer de la lecture de ces deux lettres :

Philip a perdu l’usage d’un œil. Nous ne pouvons établir avec certitude si cela s’est produit pendant son service militaire ou lorsqu’il était messager entre Québec et Halifax. Cependant, il est fort probable que ce soit pendant son service de messager, car il s’agit d’une expression courante et d’une référence dans le contexte d’une phrase qui commence par « Il a été pendant de nombreuses années messager à la Poste ». Il semble donc logique que Heriot fasse référence au service postal de Philip et non à son service militaire.

Nous savons que Philip aurait « failli perdre la vue » grâce à une lettre d’Heriot à Freer datée du 12 décembre 1811. Voici l’extrait clé : « … la situation de Long, qui avait failli perdre la vue, et le caractère aride, inhospitalier et isolé de la région où il était stationné, ont incité Sir James Craig à autoriser son paiement sur la caisse militaire… ». La lettre d’Heriot écrite en 1816 nous apprend que Philip avait en réalité perdu un œil ! Les circonstances de cet accident ne sont pas mentionnées et nous n’avons pas pu les déterminer à partir d’autres documents.

Dans cette même lettre de 1816, Heriot mentionne également qu’il considérait Philip comme une personne « sérieuse et travailleuse ». George Heriot (1759-1839) était un fonctionnaire britannique d’origine écossaise, qui fut ministre adjoint des Postes en Amérique du Nord britannique de 1799 à 1816. Il retourna en Grande-Bretagne quelques mois après avoir écrit cette lettre. Il est réputé pour ses aquarelles. Il est ironique, bien sûr, qu’Heriot ait pu attribuer ces qualités à Addison, étant donné qu’en mars 1811, il avait en fait retenu le paiement de la pension de Philip, car il estimait que l’argent « … et qu’il y a entre ses mains un solde dû à Long de sept livres et shillings qu’il a retenu parce qu’il a constaté que l’argent n’avait pas été dépensé par cette personne de la manière la plus avantageuse pour sa nombreuse famille. » Heriot était en réalité prêt à envoyer de la nourriture à Madawaska plutôt que de verser directement de l’argent à Long.

Les autorités britanniques manifestèrent à plusieurs reprises un vif intérêt pour le salaire versé à Philip. Sir James Craig, commandant des forces, autorisa le versement de deux shillings sterling par jour, prélevés directement sur le budget militaire. La lettre d’Heriot à Freer, datée de 1811, nous apprend que Philip Long fut « installé au débarcadère du lac Témiscouata, près de l’entrée du grand portage sur la route entre Québec et Fredericton, par ordre de Son Excellence Sir James Craig, ancien commandant des forces ». Ce salaire était versé sur le budget militaire car le commandant considérait ce poste, situé sur la route entre Québec et Fredericton, comme revêtant une importance stratégique particulière. Compte tenu des difficultés de colonisation de cette région, cela permettait de garantir que quiconque s’y installerait et l’entretiendrait serait correctement pris en charge. La lettre d’Heriot à Freer de 1811 nous apprend également que la prise en compte de son handicap fut un facteur déterminant : « La circonstance » Le fait que Long ait presque perdu la vue et que la région où il était stationné soit aride, inhospitalière et isolée de tout autre habitant incita Sir James à autoriser le versement, sur la caisse militaire, d’une allocation de deux shillings par jour pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Il semble y avoir eu une relation entre Craig et Philip Long. Tous deux étaient militaires, et c’est Craig qui choisit Long pour s’installer au lac Témiscouata. Nous pensons que Craig connaissait déjà Philip, car ce dernier était messager entre Québec et Fredericton. Existait-il d’autres liens entre ces deux hommes ? Cela pourrait constituer une piste de recherche intéressante pour les membres de la famille.

Figure 120 – Extrait de la lettre de George Heriot, sous-ministre des Postes, au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire, datée du 31 juillet 1816 à Québec.

« Il a été pendant de nombreuses années courrier pour les Postes et a perdu un œil dans l’exercice de ses fonctions. C’est un homme sobre et travailleur, et je le considère digne de la protection continue du gouvernement. »

Québec, le 31 juillet 1816

Monsieur,

Lorsque feu Sir James Craig accorda à Philip Long, un ancien fonctionnaire, une pension de deux shillings sterling par jour en lieu et place de rations ou de toute autre indemnité, Son Excellence m’a demandé de recevoir cette pension du Commissaire général en son nom.

Ceci a été fait jusqu’à présent, mais comme je m’apprête à embarquer pour l’Angleterre, j’espère que Son Excellence Sir John Sherbrooke permettra que la somme soit versée à M. Henry Cowan, Premier ministre de Québec, qui, j’en suis certain, effectuera les versements à M. Long sans délai.

Le destinataire de cette lettre est établi sur les rives du lac Témiscouata, à l’extrémité du Grand Portage. Il a toujours été d’une grande utilité aux courriers, aux voyageurs et aux troupes lors de leur marche entre le Nouveau-Brunswick et le Canada. Il a été pendant de nombreuses années courrier pour le bureau de poste et y a perdu un œil. C’est un homme sobre et travailleur, et je le considère digne du maintien de la protection du gouvernement. Il a une épouse et plusieurs enfants qui vivent avec lui à la colonie.

J’ai l’honneur d’être :

Monsieur,

Votre très humble serviteur,

George Heriot

En 1816, la famille Long du lac Témiscouata, mentionnée dans la lettre de Heriot, était composée des personnes suivantes :

Philip Long, 74 ans ; Marie Julie, 40 ans ; Marie Judith, 21 ans ; Constance, 18 ans ; Jean Baptiste, 16 ans ; Philip II, 10 ans ; George, 7 ans ; Romain, 5 ans ; Suzanne, 3 ans.

Seul Michel naîtra plus tard, en 1820 – le dernier enfant de la première génération.

Accusations – 1816

Les circonstances entourant les accusations portées contre Philip Long durant l’été et l’automne 1816 doivent être reconstituées à partir des divers documents en notre possession. Cette affaire n’a pas été jugée par un tribunal, mais traitée sommairement par les autorités sur la base de dépositions, d’affidavits, de mémoires et de jugements concernant le caractère de Philip et son bilan au service du gouvernement. Nous avons tenté, au mieux, de reconstituer les événements de cette année. Le tableau ci-dessous présente les points saillants de chaque lettre et offre au lecteur une meilleure vue d’ensemble des plaintes et des enquêtes.

Date : 4 septembre 1816 – Lac Témisquata. Document : Lettre de Philip Long à Sir John Coape, Lord Sherbrooke, gouverneur général du Bas-Canada. Long se défend des accusations de James Hincks, du 4e Bataillon royal des vétérans, selon lesquelles il aurait refusé de transporter le courrier. Explication : les dommages subis par son canot ne permettaient pas de transporter le courrier en toute sécurité à travers le lac. 23 septembre 1816, rivière Saint-Jean – rivière Grand en aval de Madawaska. Déclaration d’Henry Tardie concernant les accusations portées contre Philip Long au sujet du retard du courrier anglais, le 23 septembre 1816, à Rivière du Loup. Témoin : Louis M. Mercure. …au printemps dernier, alors que j’étais à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, j’ai été employé par le maître de poste pour accompagner le courrier anglais au mois de mai, en remontant la rivière Saint-Jean en direction de Québec. Arrivé à environ une demi-lieue de la rivière White Birch, sur la rivière Madawaska, j’ai rencontré Charles Bowlieu, le messager habituel, qui revenait de Québec avec le courrier provincial. Il était accompagné de M. Long et de son gendre. J’ai alors remis le courrier anglais à Charles Bowlieu, le messager habituel, afin qu’il reparte avec le courrier vers Québec et plus loin. J’ai entendu Charles Bowlieu demander l’aide de M. Long pour traverser le portage avec le courrier, qui se composait de trois sacs. M. Long a refusé de revenir, affirmant qu’il n’y avait aucune chance que Charles Bowlieu retourne à la rivière Trout, où il espérait trouver de l’aide. De retour à la rivière Trout, M. Long, après un très court arrêt, a repris sa route sans attendre de savoir si le courrier anglais serait finalement pris en charge. « N’importe lequel des soldats ou non. » 23 septembre 1816, rivière Saint-Jean – Grand Isle en aval de Madawaska. Déclaration de Charles Beaulieu contre Philip Long concernant le retard du courrier anglais, datée du 23 septembre 1816, à Rivière du Loup. Témoin : Louis M. Mercure. …alors que je voyageais avec le courrier provincial en provenance de Québec au mois de mai dernier, j’ai été rencontré sur la rivière Madawaska par Henry Tardie, qui transportait le courrier anglais de Fredericton. M. Long et son gendre m’accompagnaient sur la rivière. Lorsque j’ai pris en charge ledit courrier anglais auprès d’Henry Tardie, j’ai demandé à M. Long et à son gendre de revenir avec moi pour m’aider à traverser le portage, car il y avait trois sacs. M. Long et son gendre ont refusé à plusieurs reprises de le faire, M. Long suggérant que je puisse ramener le courrier anglais jusqu’à la rivière Trout où je pourrais obtenir de l’aide. Lors de ma traversée vers la rivière Trout, M. Long ne s’est arrêté que brièvement et a poursuivi son chemin sans conclure d’accord pour la poursuite dudit courrier anglais. » 29 septembre 1816, rivière du Loup. Déclaration de François Robichaud concernant les accusations portées contre Philip Long pour le retard du courrier anglais, datée du 29 septembre 1816, à Rivière du Loup. Loup. Témoin Joseph Robichaud. « … alors qu’ils étaient chargés de transporter les provisions par le Portage jusqu’aux (?) établissements du Nouveau-Brunswick, M. Long et son gendre ont refusé, au mois de juillet dernier, de transporter quelques barils de provisions depuis l’extrémité du lac Témisquaire jusqu’aux colons, bien que M. Long sût parfaitement que la farine était périssable, ayant été mouillée pendant le transport – et que lesdites provisions se trouvaient là, et que ni M. Long ni son gendre ne voulaient les transporter, malgré les demandes répétées du lieutenant James Hinks, qui leur réclamait un paiement. » Lettre de H. Cowan, Esquire, maître de poste de Québec, au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire, le 10 octobre 1816, à Québec. … une compensation pour ses services antérieurs, mais surtout pour l’aide ponctuelle qu’il a apportée à l’acheminement du service public, et plus particulièrement du courrier anglais ; a-t-il la possibilité de démontrer de façon plus convaincante que par une simple négation des accusations portées contre lui… » Lettre d’Andrew Phair, maître de poste du Nouveau-Brunswick, à H. Y. Cowan, maître de poste de Québec, le 31 octobre 1816 à Fredericton, Nouveau-Brunswick. « Connaissant P. Long depuis de nombreuses années, je ne crois pas qu’il soit coupable des accusations portées contre lui, en particulier… »

D’après nos connaissances actuelles, l’incident s’est produit au cours du mois de mai 1816, mais la date exacte demeure incertaine. Les trois déclarations des courriers et l’accusation du lieutenant James Hink convergent sur le fait que Philip Long et son gendre (sans aucun doute Pierre Methot dit Matelot) refusaient de transporter le courrier et les provisions à travers le lac. Il s’agissait d’une infraction grave qui aurait pu entraîner la perte de la rente de Philip Long, versée par la caisse militaire, voire pire. Les retards du courrier étaient préoccupants, car les délais d’acheminement du courrier d’été étaient fixés à quinze jours entre Québec et Fredericton, et les sanctions, comme le non-paiement, auraient constitué le minimum. L’explication de Philip était simple et claire : il revenait d’un voyage éprouvant avec des provisions pour sa famille, et son canot avait eu un problème. Dans sa lettre, il ne nie pas avoir retardé le courrier, mais précise qu’il n’a pas agi par malice ou par paresse, mais en réaction à des circonstances atténuantes que toute personne raisonnable considérerait comme telles. Il appartiendrait désormais aux autorités de déterminer les faits et la marche à suivre.

Le point de départ est la lettre de Philip Long au gouverneur général du Canada, Lord Sherbrooke, dans laquelle il se défend des accusations de retenue du courrier royal en 1816. [xiv]

Figure 121 – Portrait du lieutenant-général Sir John Coape, lord Sherbrooke et gouverneur

Head of Lake Tamasquatha, 4 septembre 1816

Excellence,

Je me permets de m’adresser à vous, car j’ai été informé par une source fiable que le lieutenant James Hincks du 4e bataillon royal de vétérans a porté de graves accusations à mon encontre. Je peux le prouver par des preuves solides et j’espère, à votre satisfaction et à celle de tous mes interlocuteurs, que ces accusations sont totalement infondées, si ce n’est par malveillance.

La seule raison valable pour laquelle il pourrait se plaindre de moi est la suivante : lorsqu’il est arrivé au lac avec des provisions pour les colons, il m’a demandé d’en transporter une partie jusqu’à Salmon River. Or, je venais d’arriver de Frederikton avec des provisions pour ma famille et j’avais tellement endommagé mon canoë que je ne pouvais me fier ni à moi-même ni aux biens du roi. J’aurais été prêt à le faire si cela avait été en mon pouvoir, mais n’importe quel homme sensé m’aurait excusé.

Il est bien connu de nombreuses personnes respectables combien j’ai fait et souffert depuis 1775 pour mon Roi et ma Patrie, ce qui m’a conduit à la situation où je me trouve actuellement. Cette situation est trop longue pour être détaillée dans une lettre, mais j’espère que Votre Excellence me considérera comme un homme que je connais depuis 26 ou 30 ans, et que ma conduite sera jugée en conséquence. Quant au courrier resté chez moi, c’est faux : je peux prouver qu’il n’y est jamais resté un seul jour. J’ai toujours eu l’ordre et le devoir de prendre en charge le courrier et de le transmettre, ce que j’ai fait sans faute.

Votre très humble et obéissant serviteur,

Philip Long

Transcription : Benoît Long

Figure 122 – Lettre de Philip Long à Lord Sherbrooke, datée du 4 septembre 1816 et écrite à l’extrémité du lac Témiscouata.

La plainte

Nous examinerons en détail la plainte déposée par Hinks ainsi que les déclarations de chacun des courriers, en fournissant à la fois les images des affidavits originaux et le texte intégral (tel que transcrit par Doris et Carmen Long).

Nous n’avons pas retrouvé le texte exact de la plainte déposée par le lieutenant James Hinks du 4e Bataillon royal. Nous pouvons reconstituer l’essentiel de la plainte à partir du texte de la défense de Philip, mais le libellé exact reste introuvable dans la correspondance entre les principaux protagonistes de cette affaire. Hinks semble clairement avoir estimé que Long aurait dû être apte à transporter le courrier lorsqu’on le lui a demandé. Étant donné que le courrier était soumis à un horaire strict, tout retard délibéré était extrêmement mal vu, et Hincks semble avoir nié que la décision de Long de ne pas transporter le courrier à ce moment précis constituait un retard inacceptable, sans tenir compte des raisons qu’« un homme raisonnable aurait excusées ».

Les déclarations des courriers sont relativement similaires et nous n’avons relevé aucune incohérence significative entre elles. Deux ont été signées sur le fleuve Saint-Jean, soit à Grand Isle, soit à Grande River, en aval de la colonie de Madawaska, et une à River du Loup. Elles datent du 23 au 29 septembre 1816. Deux de ces déclarations ont été attestées par Louis Mercure, figure acadienne imposante de l’époque, homme d’une grande intelligence et respecté comme courrier et fondateur de la colonie de Madawaska. Ce témoignage a certainement contribué à renforcer la crédibilité des courriers acadiens qui appuyaient la plainte du lieutenant Hink.

Déclaration de Charles Beaulieu   [xv]

Rivière Saint-Jean – Grand Isle

en aval de la Madawaska, le 23 septembre 1816

Je soussigné, Charles Beaulieu, déclare qu’en mai dernier, alors que je transportais le courrier provincial en provenance de Québec, j’ai été rencontré sur la rivière Madawaska par Henry Tardie, qui ramenait le courrier anglais de Fredericton. M. Long et son gendre m’accompagnaient sur la rivière. Après avoir pris en charge ledit courrier anglais auprès de Henry Tardie, j’ai demandé à M. Long et à son gendre de m’accompagner pour m’aider à traverser le portage, car il y avait trois sacs. M. Long et son gendre ont refusé à plusieurs reprises de le faire, M. Long suggérant que je puisse ramener le courrier anglais jusqu’à la rivière Trout où je pourrais obtenir de l’aide. Lors de ma traversée vers la rivière Trout, M. Long ne s’est arrêté que brièvement et a poursuivi son chemin sans prendre la peine de conclure un quelconque accord pour la poursuite dudit courrier anglais.

Figure 123 – Déclaration de Charles Beaulieu contre Philip Long concernant le retard du courrier anglais, datée du 23 septembre 1816, à Rivière-du-Loup. Témoin : Louis M. Mercure.

Déclaration de François Robichaud [xvi]

Figure 124 – Déclaration de François Robichaud concernant les accusations portées contre Philip Long pour le retard du courrier anglais, datée du 23 septembre 1816, à Rivière-du-Loup. Témoin : Joseph Robichaud.

Rivière-du-Loup, le 29 septembre 1816

Moi, François Robichaud, déclare par les présentes que, dans l’exercice de mes fonctions de conducteur pour l’acheminement des provisions à travers le Portage vers les établissements du Nouveau-Brunswick, M. Long et son gendre ont refusé, au mois de juillet dernier, de transporter quelques barils de provisions depuis l’extrémité du lac Témisquiata jusqu’aux colons, alors que M. Long savait pertinemment que la farine était périssable, ayant été mouillée durant le transport. Ces provisions se trouvaient sur place, et ni M. Long ni son gendre n’ont voulu les transporter, malgré les demandes répétées du lieutenant James Hinks, moyennant rémunération.

Témoin                                      François X  Robichaud

Joseph Robichaud                                             marque

[L’orthographe originale a été conservée.]

Transcription : Doris et Carmen Long

Déclaration d’Henry Tardie [xvii]Témoin

Figure 125 – Déclaration d’Henry Tardie concernant les accusations portées contre Philip Long au sujet du retard du courrier anglais, le 23 septembre 1816, à Rivière-du-Loup. Témoin : Louis M. Mercure.

Rivière Saint-Jean, près de la rivière Grand

En aval de la rivière Madawaska, le 23 septembre 1816

Moi, Henry Tardie, déclare par les présentes qu’au printemps dernier, alors que j’étais à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, j’ai été employé par le maître de poste pour transporter le courrier anglais au mois de mai, en remontant la rivière Saint-Jean en direction de Québec. À mon arrivée, à environ une demi-lieue de la rivière White Birch, sur la rivière Madawaska, j’ai rencontré Charles Bowlieu, le messager habituel, qui revenait de Québec avec le courrier provincial. Il était accompagné de M. Long et de son gendre. J’ai alors remis le courrier anglais à Charles Bowlieu, le messager habituel, afin qu’il reparte avec le courrier vers Québec et plus loin. J’ai ensuite entendu Charles Bowlieu demander l’aide de M. Long pour traverser le portage avec le courrier, lequel se composait de trois sacs. M. Long a refusé de revenir et a déclaré qu’il n’y avait aucun mal à ce que Charles Bowlieu retourne à la rivière Trout, où il pourrait trouver quelqu’un pour l’aider. De retour à la rivière Trout, M. Long, après ce très court arrêt, reprit sa route sans attendre de savoir si le courrier anglais serait acheminé grâce à l’aide d’un soldat ou non.

                                                                           son

Témoin                                                  Henry  X  Tardie

Louis M. Mercure

[L’orthographe originale a été conservée.]

Transcription : Doris et Carmen Long

Les directeurs de poste de Québec et de Fredericton enquêtent

La suite de notre histoire se déroule lorsque les directeurs de poste de Québec et de Fredericton mènent une enquête et échangent de la correspondance au sujet de la plainte du lieutenant James Hincks. Cet échange de correspondance est intéressant car il révèle le sous-texte de l’enquête, qui oppose un fonctionnaire loyal au ministère des courriers acadiens. Il est important de se rappeler le contexte de l’époque pour apprécier la gravité de cette faute. La première étape fut une lettre de Heny Cowan, Esquire, maître de poste de Québec, au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire, le 21 novembre 1816, à Québec.[xviii]

Bureau de poste de Québec, le 10 octobre 1816

Monsieur,

J’ai l’honneur d’accuser réception de votre lettre d’hier, à laquelle sont joints certains documents relatifs à une plainte déposée contre P. Long, de Lake Temisquata, pour avoir retenu du courrier anglais. J’en transmettrai des copies à M. Phair, maître de poste de Frederickton, afin de le prier de vérifier si les faits relatés dans les certificats d’Henri Tardie et de Ch. Beaulieu, de la rivière Saint-Jean, peuvent être corroborés par leurs déclarations sous serment ou autrement. D’après les registres de ce bureau, il semblerait que M. Long ait été employé pendant plus de 20 ans comme messager sur la route du Nouveau-Brunswick et que, durant cette période, sa conduite ait été telle qu’il ait été fortement recommandé par M. Heriot, ancien sous-maître général des postes, pour l’allocation de 2 shillings par jour qui lui a été accordée par la Caisse militaire, non pas à titre de compensation pour ses services antérieurs, mais bien pour l’aide ponctuelle qu’il a apportée à l’acheminement du service public, et plus particulièrement du courrier anglais. J’espère donc que M. Long est en mesure de démontrer, autrement qu’en niant simplement la véracité des accusations portées contre lui, qu’il mérite toujours l’allocation qui lui a été accordée. Dès réception des communications de M. Phair à ce sujet, je vous les transmettrai à Son Excellence le Commandant en chef.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur,

votre très humble serviteur,

Henry Cowen

Au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire

Figure 126 – Lettre de H. Cowan, Esquire, maître de poste de Québec, au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire, le 10 octobre 1816, à Québec. (Page 1)

Figure 127 – Lettre de H. Cowan, Esquire, maître de poste de Québec, au lieutenant-colonel Addison, secrétaire militaire, en date du 10 octobre 1816, à Québec. (Page 2)

Après ces lettres, une correspondance fut échangée entre Andrew Phair, maître de poste du Nouveau-Brunswick, et Henry Y. Cowan, maître de poste de Québec, datée du 31 octobre 1816, à Fredericton (Nouveau-Brunswick).[xix]

Les plus hautes autorités échangeaient alors des lettres pour partager les informations et les opinions qu’elles avaient recueillies sur la question. De toute évidence, la réponse de Phair n’apportait aucune information substantielle sur l’incident ; elle reposait plutôt sur une réponse très bien formulée, quoique bureaucratique, qui témoignait d’un attachement à la loyauté et à la réputation de Long, à son service et à l’opinion du personnel militaire, une opinion qui ne manquerait pas d’impressionner Cowan, tout en restant évasive sur le fond des allégations. Il a utilisé une combinaison classique : (1) le retard pris dans le traitement de l’allégation a rendu difficile l’obtention d’informations correctes ; (2) la solide réputation de Long – tant de la part de Phair lui-même, qui connaissait l’opinion d’Heriot à son sujet, que de celle d’autres personnalités militaires importantes – notez que Phair ne prend jamais position lui-même sur la question ; (3) le fait qu’il connaisse peu les personnes qui ont formulé les allégations… et pourtant, il annonce qu’il emploie les deux courriers !; et, le coup de grâce, (4) il introduit la note personnelle, en post-scriptum qui plus est, que le supérieur direct d’Addison à Fredericton avait une très haute opinion de Long, le protégeant ainsi d’une solide adhésion et mobilisant les forces de défense (pour ainsi dire). Cette approche bureaucratique classique a épargné à notre ancêtre d’avoir à, comme Cowan l’avait indiqué dans sa propre lettre, « j’espère donc que M. Long est en mesure de démontrer de manière plus satisfaisante que par la simple négation du bien-fondé des accusations portées contre lui… ». En réalité, Phair avait fourni à Cowan les éléments nécessaires pour disculper Long de tout méfait, sans que notre ancêtre ait à apporter de précisions ou de déclarations supplémentaires à celles qu’il avait déjà écrites à Lord Sherbrooke en septembre 1816.

Lettre de Andrew Phair à Henry Cowan

Figure 128 – Lettre d’Andrew Phair, maître de poste du Nouveau-Brunswick, à H. Y. Cowan, maître de poste du Québec, le 31 octobre 1816, à Fredericton, Nouveau-Brunswick.

Figure 129 – Lettre d’Andrew Phair, maître de poste du Nouveau-Brunswick, à H. Y. Cowan, maître de poste de Québec, le 31 octobre 1816, à Fredericton, Nouveau-Brunswick (Page 2)

Bureau de poste de Fredericton

31 octobre 1816

Monsieur,

J’ai reçu aujourd’hui à midi votre lettre du 22 septembre, accompagnée des documents relatifs à une plainte déposée contre Philip Long, de Lake Temisquata, pour avoir retenu du courrier anglais en mai dernier, etc. – et, en réponse, je dois vous informer que, connaissant P. Long depuis de nombreuses années, je ne crois pas qu’il soit coupable des accusations portées contre lui, en particulier celle de rétention de courrier. J’ai eu de nombreuses raisons de supposer que feu le maître de poste… Monsieur le Général était parfaitement satisfait de sa conduite concernant le courrier, car plusieurs militaires canadiens ont séjourné chez moi et j’ai entendu dire qu’ils avaient bénéficié de l’aide de M. Long. S’il avait été coupable de l’accusation relative au courrier en mai dernier, cela aurait dû être immédiatement signalé à la Poste centrale, ce qui aurait permis une enquête rapide, au lieu de laisser traîner les choses jusqu’en septembre, période durant laquelle les circonstances n’auraient pas pu être examinées aussi minutieusement. Je ne connais ni M. Beaulieu ni M. Tardie, si ce n’est que le premier a été employé par la Poste centrale et le second par moi-même pendant quelques hivers pour l’acheminement du courrier en question. Je regrette de ne pouvoir me procurer les moyens de vérifier l’exactitude de leurs déclarations à l’attention de Son Excellence le Gouverneur en chef.

Je vous retourne les différents documents.

J’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre très humble serviteur,

Andrew Phair, Premier ministre

P.S.

Après avoir mentionné au lieutenant-colonel Hailes les plaintes déposées par le lieutenant Hinks contre P. Long, il m’autorisa à dire qu’en 1810, lors de son voyage au Canada et à son retour, il avait trouvé Long très attentif à ses besoins et qu’il avait toujours su que le public était pleinement satisfait de sa conduite.

Phair

Cette lettre mit un terme à l’enquête et la dernière étape consista à clore l’affaire.

Philip Long innocenté

La lettre suivante et dernière de cette série disculpe complètement notre ancêtre de tout méfait. Il est clair que les raisons invoquées par Philip furent acceptables par les autorités, principalement grâce à sa réputation personnelle et à ses longs et loyaux services au gouvernement. Il est difficile d’imaginer comment ces hommes, Philip et les courriers acadiens qu’il connaissait si bien, purent jamais se réconcilier après cet incident. Le groupe de courriers qui effectuait des voyages réguliers entre Québec et le lac Témiscouata, puis du lac Témiscouata à Fredericton, était très restreint et dominé par les Acadiens pendant la majeure partie de la période allant de 1783 aux années 1830. Se pourrait-il que ces accusations aient été portées dans le but de destituer Philip Long ? Se pourrait-il que l’état-major ait protégé l’un des siens, notamment contre les courriers acadiens qui avaient la réputation, du moins auprès des hauts gradés militaires – et ce depuis l’époque d’Haldimand qui affirmait qu’ils exigeaient des prix exorbitants pour leurs services ? Ce sont là des questions intéressantes et nous laissons le soin au lecteur de se faire sa propre opinion sur ces hypothèses. [xx]

Voici la dernière lettre qui clôt ce chapitre difficile, mais néanmoins instructif, de l’histoire de notre ancêtre.

Lettre d’Henry Cowan au lieutenant-colonel Addison

L’explication a paru satisfaisante à Son Excellence

Bureau de poste

Québec, le 21 novembre 1816

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint une lettre de M. Phair, maître de poste à Fredericton, à qui j’avais remis les documents relatifs à une plainte déposée contre P. Long, de Lake Temisquata, pour avoir retenu du courrier anglais, etc. Je regrette que M. Phair n’ait pas eu les moyens de vérifier de façon satisfaisante la véracité des déclarations de M. Beaulieu et de M. Tardie.

M. Phair a eu l’occasion d’observer la conduite de M. Long pendant de nombreuses années et j’espère que la bonne opinion qu’il a de lui incitera Son Excellence le gouverneur en chef à considérer que P. Long mérite toujours l’allocation de 2 shillings par jour qui lui est accordée par la Caisse militaire.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble serviteur.

Henry Cowan, Premier ministre

Lieutenant-colonel Addison

Secrétaire militaire

&ca &ca &ca

Objet : De la part de M. Cowan, maître de poste

Québec, le 21 novembre 1816

À l’attention de Philip Long, du lac Témisquata

Philip Long est sorti relativement indemne de ces épreuves. Robert Pichette a écrit un article remarquable dans Le Madawaska qui relate toute cette histoire. Cet article, en français, est reproduit en annexe.

La vie sur le Portage – Épreuves, famines et isolement

La vie le long du Portage de Témiscouata représentait un véritable défi pour nos ancêtres. Isolée et reculée, la région était peu peuplée, ce qui atténuait la monotonie des courtes saisons, hormis les hivers exceptionnellement froids et dangereux. Nous avons décrit comment, en 1814, un certain nombre de colons, tous soldats du 4e Bataillon royal des vétérans, s’y installèrent afin de soutenir la colonisation et d’assurer la régularité de l’ouverture de la voie. Ils étaient également là pour aider les voyageurs et les courriers. Parmi ces quelques colons, on trouve Clifford et Gardner sur la rivière Saint-François, ainsi que les sergents Smith et Simpson sur la rivière Birch. Long était déjà en poste à l’extrémité du lac Témiscouata depuis 1809. Entre ces différents lieux, on trouve des abris permettant aux voyageurs de se mettre à l’abri en cas d’intempéries.

Bien sûr, un certain nombre de « Canadiens » étaient déjà établis à l’entrée du Portage, jusqu’aux endroits où la rivière du Loup le traversait. Nous ne possédons pas de liste exhaustive des colons installés le long du Portage ; ils étaient probablement peu nombreux et se déplaçaient sans cesse au gré des aléas climatiques et géographiques.

En 1815, Lord Drummond augmenta le nombre de soldats stationnés le long du Portage de seize familles supplémentaires. Un capitaine fut nommé pour superviser le groupe, qui recevait un salaire (deux shillings par jour) et des provisions pour un an : bœuf et prok salé, farine, biscuits, pain et rhum. [xxi]

Un rapport important fut remis par le lieutenant-colonel Don Macpherson, du 4e Bataillon royal uni, au lieutenant-colonel Robert Addison, secrétaire militaire, le 29 avril 1817, depuis Québec. L’objet de la lettre était d’informer Addison de la situation désespérée et du grand besoin auquel étaient confrontés les anciens membres du 4e Bataillon royal, installés à Grand Portage depuis leur placement par le gouvernement. Macpherson espérait pouvoir aider les colons en leur fournissant des plants de pommes de terre et des vêtements. Philip Long n’est pas mentionné nommément, mais sa ferme figure sur la liste des habitations. Michael Gillaway et John Peters, ainsi que leurs familles, seraient tous deux installés à Head Lake (chez Long).

En 1817, selon le rapport de Macpherson, voici la liste complète des soldats installés aux alentours de Portage [xxii] :

Lieu
Noms
Épouse
Enfants
Green River
Hugh Hogg S. Payne
1 1
3 1
Rivière Saint-François
William Clifford * David Gardner *
1 1
2 2
Montagne Paradis
James Bannan Charles Rugg
1 1
1 1
Small Fork
Thomas McLeod I. Vanderdiskin
1 1
1 3
Head of the Lake
M. Gillaway I. Peters
1 1
2 2
Middle of the Lake
J. Dall James Henry
1 1
2 6
At the Degele
Sergent Joseph Jones Richard Slight
1 1
3 3
Birch River
Sergent W. Smith * James Simpson *
1 1
4 4
Trout River
Lance-Serg. F. McDonald Lewis Stripman Richard Fotton

1 1 1

4 1 1

  • Remarque : Ces vétérans avaient été installés dès 1814. Les autres ont été installés à partir de 1815 par Lord Drummond.
LocationNamesWifeChildren
Green RiverHugh Hogg S. Payne1 13 1
River St. FrancoisWilliam Clifford * David Gardner *1 12 2
Montagne ParadisJames Bannan Charles Rugg1 11 1
Small ForkThomas McLeod I. Vanderdiskin1 11 3
Head of the LakeM. Gillaway I. Peters1 12 2
Middle of the LakeJ. Dall James Henry1 12 6
At the DegeleSergent Joseph Jones Richard Slight1 13 3
Birch RiverSergent W. Smith * James Simpson *1 14 4
Trout RiverLance-Serg. F. McDonald Lewis Stripman Richard Fotton1 1 14 1 1
* Note : These Veterans had been settled as early as 1814. The rest were settled starting in 1815 by Lord Drummond.

Long ne figure pas sur cette liste car il n’était pas considéré comme soldat à cette époque, mais plutôt comme ayant été placé là par l’ancien commandant en chef, James Craig, et le sous-directeur général des postes, Hugh Finaly, en 1809. Ce regain d’intérêt de la part des militaires et du gouvernement était une conséquence directe du fait que, durant la guerre de 1812-1814 contre les États-Unis, il était devenu évident que le manque d’entretien régulier de cette voie de communication stratégique avait failli avoir des conséquences désastreuses. La marche forcée du 104e régiment de Fredericton à Kingston s’était déroulée presque miraculeusement et le gouvernement semblait déterminé à tout mettre en œuvre, à ce moment-là et non plus, pour maintenir cette voie en y installant des colons et en encourageant la colonisation.

Tout semble avoir bien fonctionné pour le Portage tant que les militaires fournissaient des rations aux familles.

En 1818, nous avons découvert une lettre qui montre que la détresse faisait partie des souffrances quotidiennes de tous les colons du Bas-Canada et du Haut-Canada. Dans une lettre du lieutenant-colonel Cockburn à Son Excellence Sir John Coape, Lord Sherbrooke, commandant des forces, datée du 4 juillet 1818, nous constatons la détresse générale des colons dans les différentes colonies en raison des intempéries. Cockburn demande des provisions supplémentaires et une certaine latitude pour les répartir afin de venir en aide aux plus démunis. [xxiii]

D’après Nive Voisine, la distribution des rations a cessé en 1819 et une quinzaine de familles ont quitté leurs postes. [xxiv] Comme nous le verrons plus loin dans le chapitre suivant, le major Elliott ne trouvera que huit familles encore sur place en 1823.

Figure 130 – Lettre du colonel MacPherson au colonel Darling, Liste nominative des sous-officiers et des soldats installés sur la route du portage de Témiscouata – 1817. Source : BAC.


Découpe des rapides en toute sécurité (1815-1817)

[i] Citations tirées de John Lang, Finding Philip Long (1757?-1832), pages 34-35. Original dans W. Austin Squires, The 104th Regiment of Foot: (The New Brunswick Regiment) 1803-1817., Brunswick Press, Fredericton, 1962, pages 127-129.

[ii] Mgr Ernest Lang, Mon Ancêtre Philip Long, p. 59.

[iii] http://www.biographies.com. Sir George Prevost.

[iv] Lettre et rapport de Joseph Bouchette, écuyer, arpenteur général du Haut et du Bas-Canada, à Sir Georges Prévost, gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique et commandant en chef de toutes les forces, à Québec, daté du 30 juin 1814. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, série C, volume 621, pages 18-25, microfilm C 3158. Photocopie et transcription : Benoît Long.

[v] John Mann, Voyages en Amérique du Nord, pages 40-41. John Lang a également noté le manque d’enthousiasme de Mann pour les chutes Grand dans son ouvrage À la recherche de Philip Long (1757?-1832).

[vi] Joseph Bouchette, Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada, Londres, Longman, Rees, Orme, Brown, Green et Longman, 1832. Pages sous « Routes » : Chemin de portage de Témiscouata.

[vii] Rapport de J. A. de Rottenburg, 10 juillet 1819, PAC., Q 167-B : 15.

[viii] Nive Voisine, Le Portage de Témiscouata, page 51.

[ix] Joseph Bouchette, Esq., Arpenteur général de Sa Majesté pour le Bas-Canada, Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada, publié par Longman, Rees, Orme, Brown, Green et Longman, Paternoster-row, Londres, 1832, 358 pages.

[x] John Lang, Finding Philip Long (1757?-1832), page 41.

[xi] Lettre de Philip Long, pétitionnaire et résident du lac Témiscouata, au gouverneur Drummond, datée du 18 novembre 1815. Source : RG8, volume C. 506, page 82, bobine C-3043 ; volume C. 1232, page 102, bobine C-3528. Copie photographique : Ghislain Long.

[xii] Archives nationales du Canada, RG8, volume 506, bobine C-3043. Source : Ghislain Long a obtenu une copie photographique à grands frais, espérant un jour créer une exposition spéciale sur Philip Long au Musée historique de Clari.

[xiii] Lettre de C. Foster, secrétaire militaire, à William Henry Robinson, écuyer, commissaire général, le 20 novembre 1815, Québec. Source : Ghislain Long, Archives nationales du Canada, RG8, série C, volume 1232, microfilm C-3528.

[xiv] Lettre de Philip Long au gouverneur général du Canada, Lord Sherbrooke, se défendant contre les accusations de retenue du courrier royal, datée du 4 septembre 1816, à Head of Lake Tamasquatha. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 622. Recherche : Monseigneur Ernest Lang ; copie photographique : Ghislain Long.

[xv] Déclaration de Charles Beaulieu contre Philip Long concernant le retard du courrier anglais, datée du 23 septembre 1816, sur la rivière Saint-Jean, à Grand Isle, en aval de Madawaska. Témoin : Louis M. Mercure. Source : Archives publiques du Canada, RG8, série C, vol. 622, page 168, bobine C-3158. Photocopie : Ghislain Long ; image : Benoît Long.

[xvi] Déclaration de François Robichaud concernant les accusations portées contre Philip Long pour le retard du courrier anglais, datée du 29 septembre 1816, à Rivière-du-Loup. Témoin : Joseph Robichaud. Source : Archives publiques du Canada, RG8, série C, vol.622, page 166, bobine C-3158. Photocopie du microfilm : Ghislain Long ; image : Benoît Long.

[xvii] Déclaration d’Henry Tardie concernant les accusations portées contre Philip Long pour le retard du courrier anglais, le 23 septembre 1816, à Rivière-du-Loup. Témoin : Louis M. Mercure. Source : Archives publiques du Canada, RG8, série C, vol.622, page 167, bobine C-3158. Photocopie : Ghislain Long.

[xviii] Source : APC, RG8, série C, vol. [xix] Lettre d’Andrew Phair, maître de poste du Nouveau-Brunswick, à H. Y. Cowan, maître de poste de Québec, le 31 octobre 1816 à Fredericton (Nouveau-Brunswick). Source : ANC, RG8, série C, vol. 622, pages 171 et 172, bobine C-3158. Copie photographique : Ghislain Long ; Recherche : Benoît Long.

[xx] Cette information est mentionnée dans l’ouvrage de William Smith, The History of the Post Officer in British North America, et dans les Thèses de Nive Voisine, The Portage de Témiscouata.

[xxi] Lettre de Drummond à Bathurst, 15 mai 1815. Archives nationales à Ottawa, CAP Q132 : 54.

[xxii] MacPherson, Liste nominative des officiers et hommes nouvellement nommés d’un détachement de l’ancien 10e Bataillon royal, établi sur la ligne de communication vers le Nouveau-Brunswick, avec le nombre de leurs familles et leurs rations, 3 mai 1817, CAP, C623 : 50.

[xxiii] Lettre du lieutenant-colonel Cockburn à Son Excellence Sir J.C. Sherbrooke, commandant des Forces, datée du 4 juillet 1818. Série C, vol. 624, p. 78-79-79A.

[xxiv] Lettre de Kempt à Murray, 29 novembre 1828, CAP Q 183-1 : 235.